Qu’est-ce qui vous a motivé à briguer un second mandat ?

Mathieu Klein : « Vraiment l’envie de poursuivre le travail qui a été engagé. Mon premier mandat a été singulier à bien des égards ; pendant presque deux ans, il a été entravé par la crise sanitaire. Je sortais de la présidence du Département où j’avais géré le début du Covid et j’ai enchaîné sur la Ville et la Métropole. Il a fallu mener l’alternance, engager le projet et surtout gérer la crise. Puis il y a eu l’inflation, la crise de l’énergie, la guerre en Ukraine, avec toutes les conséquences économiques sur le prix des matériaux. Malgré toutes ces difficultés, nous avons réveillé cette belle endormie qu’était Nancy – où rien ne s’était passé depuis 15 ans – effectué des transformations profondes, et aujourd’hui, j’ai vraiment le souhait, l’envie de poursuivre cet élan. Ce mandat n’a pas vraiment duré six ans, mais plutôt quatre ans et demi, il a permis d’engager des choses, mais il reste du travail et je sais qu’il y a des attentes fortes. »

N’avez-vous jamais envisagé de renoncer ?

« Non… forcément il y a des moments plus agréables que d’autres, comme dans toute aventure humaine. L’action publique, l’engagement, j’ai ça dans la peau. Je ne suis pas du genre à me décourager. La difficulté fait partie de ce qu’il y a de passionnant dans ce type de responsabilités. C’est aussi pour ça que j’ai envie de continuer, parce que rien dans le mandat de maire et de président du Grand Nancy ne m’a ennuyé ou déçu, même quand c’était difficile, et j’ai autant de plaisir à m’occuper du quotidien et des choses qui peuvent, pour certains, paraître un peu triviales que des grands sujets stratégiques. Et je crois que quand on a plaisir à marcher sur ces deux jambes-là, c’est qu’on ne doit pas être complètement loin de ce pour quoi on est fait.

« Je conduirai la même campagne, quel que soit l’adversaire. »

Mathieu Klein, candidat aux élections municipales à Nancy.

Concilier vie personnelle et rôle de maire nécessite une organisation très rigoureuse. J’ai la chance d’avoir un mari, des enfants et une famille qui jouent le jeu. J’étais impatient de commencer cette nouvelle campagne, de pouvoir présenter notre bilan, de défendre nos idées et de mettre le débat sur la table, parce qu’une élection municipale, c’est un moment de débat démocratique, on partage des projets, les gens choisissent ensuite le destin de leur cité. »

Parmi les projets menés, y en a-t-il un dont vous êtes particulièrement fier ?

« Il n’y en a pas qu’un évidemment. Le trolley et la piétonnisation sont pour moi un marqueur du volontarisme avec lequel nous avons engagé le projet. Ces transformations ont permis de retrouver une forme d’émerveillement, de révéler l’extraordinaire patrimoine urbain et naturel dans lequel les Nancéiens évoluent tous les jours. »

Avez-vous des regrets, ou des décisions que vous prendriez différemment si c’était à refaire ?

« Je ne vis pas trop dans le rétroviseur et je ne suis pas du style à avoir des regrets… Au début du mandat, nous avions lancé des bons d’achat bonifiés dans les commerces locaux. C’était très complexe, très technocratique et cela n’a pas rencontré le succès escompté. Nous avons accompagné le pouvoir d’achat de différentes manières – par la gratuité des transports, les fournitures scolaires pour les familles –, mais je souhaite que l’on retravaille ce dispositif pour les commerces locaux de façon simple. »

Sur la question du commerce, comment analysez-vous la situation du centre-ville aujourd’hui ?

« Il y a dix ans la question était encore le centre-ville versus la périphérie. Aujourd’hui, il faut y ajouter l’achat en ligne qui s’est massifié à partir du Covid et qui n’a fait que s’amplifier depuis. Il faut faire en sorte que l’acte d’achat soit lié aussi à une qualité de service, et un plaisir d’être dans la ville. Ce plaisir est pour moi un facteur de commercialité. Je voudrais qu’on arrête de se couvrir la tête de cendres et que l’on soit fier de ce que nous faisons. Nous avons quand même ouvert le plus grand Monsieur Bricolage de centre-ville de France et avons réussi à déménager, dans d’excellentes conditions, avec un fort soutien des acteurs publics, la plus grande librairie indépendante de la ville.

« Nous allons mettre en place la gratuité des transports en commun pour les personnes à mobilité réduite. »

Mathieu Klein, candidat aux élections municipales à Nancy.

Je prends ces deux exemples, je pourrais les multiplier, il y a plus d’ouvertures en 2025 que de fermetures et plus d’ouvertures qu’en 2024. Pour que la dynamique commerciale soit vraiment exploitée pleinement, il faut continuer à transformer la ville. Je mesure les craintes que cela suscite. Je sais que les projets que j’ai annoncés sur Saint-Dizier et Stanislas posent question, et c’est normal. Et ce sera fait dans le dialogue, dans la concertation et nous accompagnerons les commerçants. Je ne veux pas reculer sur cette ambition-là, parce que, sinon, Nancy ne va pas prolonger cette belle dynamique. »

La campagne municipale a officiellement démarré, craignez-vous qu’elle soit parasitée par des enjeux nationaux ?

« J’espère que ce sera un moment d’apaisement. Le débat national et international est aujourd’hui suffisamment anxiogène et clivant pour que, à l’échelle locale, nous essayions de rester sur des propositions, de montrer que, même si nous ne sommes pas d’accord, on peut travailler les uns avec les autres, comme c’est le cas à la Métropole. »

La sécurité sera-t-elle un sujet central ?

« Oui. La question du narcotrafic a pris une place infiniment plus importante qu’il y a six ans. L’exigence de lutter efficacement contre ce fléau, y compris très en aval dans une ville, en démontant des points de deal, est aujourd’hui un sujet prégnant. Nous avons consacré des moyens inédits : plus de 50 % d’augmentation des effectifs de la sécurité municipale à Nancy. Je ne connais pas beaucoup de maires qui peuvent en dire autant. La sécurité, c’est aussi la lutte contre les incivilités : les trottinettes sur les trottoirs, les mauvais comportements dans l’espace public. Là-dessus, il faut être vigilant et intransigeant. »

« Protéger, transformer, ce sont les deux mots d’ordre. Il y a également un fort enjeu lié au vieillissement de la population, qui va devoir faire l’objet d’une attention encore plus importante. Se posera aussi la question du logement : il y a aujourd’hui 9 000 logements vacants à Nancy, pour continuer à mettre de nouveaux logements sur le marché, il faudra accélérer la rénovation du parc ancien, accompagner les propriétaires, d’abord dans le dialogue, et avec un peu plus de coercition si besoin est.

« Il faut continuer à transformer la ville. »

Mathieu Klein, candidat aux élections municipales à Nancy.

Mon objectif est que les familles s’installent et s’agrandissent en ville. Côté transports, je serais favorable à la gratuité pour tous, mais c’est malheureusement financièrement inaccessible parce que j’ai aussi un devoir de gestion rigoureuse de la Ville et de la Métropole. Mais nous allons mettre en place la gratuité pour les personnes à mobilité réduite, et pour tout le monde les jours fériés, comme le week-end. »

Vous présenterez vos colistiers ce week-end, verra-t-on de nouveaux visages ?

« Le renouvellement est un impératif. J’ai la chance d’avoir pu m’appuyer durant ce mandat sur une majorité très solide, qui est restée unie d’un bout à l’autre, avec des élus très engagés. J’ai souhaité engager un dialogue avec chaque composante politique de la majorité, qui s’est élargie à Place publique et au Parti radical de gauche, en conservant le socle PS-PC-Verts. L’essentiel de la liste sera composé de personnes issues de la société civile, qui viennent parce qu’elles partagent des valeurs et un projet. Tenir compte des attentes des partis politiques, de la volonté de renouvellement et de l’ancrage local implique de faire des choix parfois difficiles, humainement parfois très difficiles. »

Rejouer le match face au même opposant — Laurent Hénart, même s’il n’est pas encore officiellement déclaré — ça change quelque chose ?

« Honnêtement, je conduirai la même campagne et je défendrai le même projet, quel que soit l’adversaire. Ça ne changera rien pour moi. La personnalité qui mènera la liste à droite, c’est leur choix. Ce choix n’a pas l’air facile à faire d’après ce que je perçois, mais il n’aura aucun impact sur notre campagne. J’attends une campagne de projets et de valeurs, y compris de mes opposants. Mes seuls arbitres seront les électeurs. »