Rebondir dans une autre école, récupérer les sommes engagées : ces enjeux étaient au cœur des discussions, hier, dans les locaux d’Airways Aviation, l’ex-Esma, sur le site de l’aéroport de Fréjorgues près de Montpellier.

Après le coup de massue de la mise en liquidation judiciaire, annoncée vendredi 16 janvier, les étudiants d’Aiways Aviation (ex-Esma, près de l’aéroport de Montpellier), s’organisent et se soutiennent, entourés par l’équipe pédagogique. Ceux qui étaient sur le point de valider une phase de formation, achèvent leurs cours. D’autres ont déjà pris contact avec des écoles aéronautiques pour continuer leurs cursus ailleurs.

Des offres de poursuites d’études ailleurs

« Sept ou huit écoles se sont proposées pour accueillir des élèves rapidement et à dans de bonnes conditions financières. Cela nous redonne un peu de lumière », expliquait hier Axel, un élève pilote à l’initiative d’un collectif d’étudiants face à cette situation de crise. Lui, devait terminer son parcours « d’ici fin avril-début mai ». Il explique que des contacts ont été pris avec l’Association des professionnels navigants de l’aviation et le Syndicat national des pilotes de ligne, « qui se sont proposés pour nous aider juridiquement sur nos clauses de contrat. Le monde de l’aéronautique peut être solidaire », souligne-t-il.

La question des frais considérables engagés par ces élèves pilotes est évidemment sur toutes les lèvres. « Dans mon cas, j’ai payé 70 000 € et “consommé” pour 60 000 € de formation. Les plus impactés sont ceux qui débutaient leur formation », poursuit Axel. Les chances de récupérer leur argent ? « On est dans le flou. Sur la liste des créanciers, les élèves seraient très bas. Il ne faut pas attendre d’être remboursé pour continuer nos études ».

Renommée internationale

Hier matin, à l’Esma, les discussions portaient aussi sur ce qui a conduit à la liquidation de cette institution de la formation aéronautique, implantée depuis des décennies à Fréjorgues et à la renommée internationale. « On a eu des élèves dans le monde entier. On a formé des cadets vietnamiens, chinois, l’armée allemande », rappelle Sandrine Pisciotta, responsable administrative de la formation des pilotes. On apprend que ces derniers temps, des jeunes originaires d’outre-mer, de l’île Maurice ou de l’Équateur étaient venus se former à Airways Aviation.

Le lourd préjudice de l’incendie criminel qui a détruit plusieurs avions, en mai dernier, et sur lequel l’enquête se poursuit, est évoqué comme un tournant. « Si on avait eu ces avions, on aurait eu des repreneurs. On espère tous que les responsables soient identifiés », note Sandrine Pisciotta. Des étudiants disent avoir observé de mauvais signaux, à la suite de ces faits. « Des instructeurs partaient dans des écoles concurrentes », « on commençait à apprendre que l’école avait peut-être des difficultés financières », « quelques élèves ont aussi quitté l’école ». Malgré la mise en redressement judiciaire, l’école avait poursuivi son activité, « avec la validation du tribunal de commerce », insiste l’équipe pédagogique.

Mais au-delà des conséquences de l’incendie, ils étaient plusieurs, hier, à s’interroger, voire à mettre en cause des choix de gestion d’Aviation Airways. Une position que le président du groupe, Mauro Calvano, dément vigoureusement, en mettant au contraire en avant les efforts financiers déployés en faveur de l’établissement héraultais.

« Je savais qu’on allait droit dans le mur »

De leur côté, un élève et sa mère témoignent de graves difficultés survenues au cours de la formation, bien avant l’incendie de mai 2025. « Des heures de vol retardées », « il fallait se battre pour avancer », « pour les plannings de formation, c’était l’enfer », affirment-ils. « Moi, en tant que maman, je savais qu’on allait droit dans le mur, avec un crédit de 100 000 euros sur le dos ».

Au-delà des raisons de cette mise en liquidation, d’autres attendent des soutiens au niveau des élus et de l’État. « Il faut sensibiliser le pouvoir législatif, ministériel », appelle Meriem Ouzani, ex-élève de l’établissement, aujourd’hui formatrice d’hôtesses et stewards après une carrière à l’étranger. « J’ai contacté les députés de l’Hérault, mais aussi Carole Delga, ainsi que M. Djebbari, ancien ministre des transports et lui-même ancien pilote », confie Ludwig, un élève qui souhaite que la liquidation d’Airways Aviation soit abordée dans le cadre des questions au gouvernement, à l’Assemblée nationale.

Ce mercredi 21 janvier, les députés Manon Bouquin (RN) et Charles Alloncle (UDR) ont fait savoir qu’ils avaient saisi le ministre des transports, Philippe Tabarot, sur « la situation extrêmement préoccupante » des élèves de l’école Airways Aviation à Mauguio. Ils demandent une intervention de l’État pour que ces derniers ne se retrouvent pas « dans une impasse professionnelle et financière ».