CRITIQUE – Disponible aujourd’hui sur Disney+, la dernière folie sérielle du prolifique Ryan Murphy pour la chaîne spécialisée du réseau Disney FX, interroge le culte de la beauté par ce qu’elle a de plus hideux.
Ce que le scénariste, réalisateur et génial producteur américain Ryan Murphy (Nip/Tuck, American Horror Story, Grotesquerie…) apporte de plus remarquable à l’univers sériel ? Sa manière si outrancière de portraiturer la femme et comment il la place dans la petite et la grande Histoire du monde.
Sous sa plume, elle est sorcière, vampire, mère porteuse, abusive ou supérieure, douloureuse, maudite, victimaire, narcissique, sacrificielle et puissante. Autant d’égéries spectaculaires de peintures sociales ébouriffantes dont il se plaît, d’année en d’année et de plateforme en plateforme, à explorer les vicissitudes, fascinantes extrapolations autour des péchés capitaux.
Kim Kardashian dans All’s Fair sur Disney+ : le destin d’une bimbo devenue star
Hautement pathogène
N’en déplaise à la presse, parfois virulente – la récente All’s Fair, avec, entre autres, Glenn Close et Kim Kardashian, a été éreintée –, ses créations nourrissent l’imaginaire, subliment le fatum et en disent long sur le monde contemporain. The Beauty, dernière-née de ses folies, adaptée du comic book du même nom, creuse encore la veine.
Un entrepreneur milliardaire peu scrupuleux met au point un « virus » capable de transformer les gens les plus laids en top-modèles. Le problème, ce sont les effets secondaires : mutation, neurodégénérescence, transmission par voie sexuelle, démence, violences extrêmes, souffrances atroces, soif inextinguible et, pour finir, mort par combustion interne. Une enquête est ouverte par le FBI, en collaboration avec Interpol et d’autres services, qui revêt bientôt une ampleur internationale. En attendant, c’est l’hécatombe.
Ariana Grande, Angela Bassett… Casting extravagant pour American Horror Story
La série ouvre sur un défilé de mode, à Paris. Les mannequins, vêtues de cuir rouge par le couturier Balenciaga, arpentent le podium. Monticules de terre savamment agencés, boue, bande-son assourdissante. L’une d’elles (incarnée par Bella Hadid) sort soudain de la ligne et tue à tout va, à mains nues. Suit une course folle à moto dans les rues de la capitale, qui prend fin dans les toilettes d’un bistro gastronomique, en mode Apocalypse Now. Le ton est donné.
Celui d’une parabole magnifique. Elle emprunte au mythe faustien, rappelle les ravages du sida, questionne les cultes de la jeunesse éternelle et de la beauté par le biais de ce que leurs diktats imposent aux «laids» de définitif et d’humiliant, invoque le potentiel délétère de l’ARN et les prospectives financières d’une poignée d’escrocs pharmaceutiques, et dénonce, comme toujours, la manipulation, la faiblesse, la détresse et la vanité.
La mise en scène est farceusement gore. Elle percute, transporte et flatte, en mode « Dubaï style ». Au mépris, peut-être, du postulat de départ. Elle n’en est pas moins redoutablement efficace. Et c’est au fond un excellent thriller. Avec Ashton Kutcher et une pléiade de guests, dont Amelia Gray Hamlin, Ari Graynor, Ben Platt, Bella Hadid, Isabella Rossellini, Peter Gallagher et Vincent D’Onofrio, que l’on se réjouit de retrouver.
On se souvient de Nip/Tuck, lancée en 2003 sur la même chaîne FX, centrée sur les chirurgiens sans foi ni lois d’une clinique de chirurgie esthétique. The Beauty, va tellement plus loin. Sa prochaine série sera une adaptation des Éclats, de Bret Easton Ellis. On va bien rigoler…