Outre-Manche, des dizaines de nids de faucons pèlerins ont été pillés, un phénomène mettant en danger cette espèce pourtant protégée. Malheureusement, la demande pour ces « rapaces d’élite » est grandissante depuis plusieurs années, particulièrement dans les pays du Golfe persique. Cette exportation illégale touche principalement les « gyr-pèlerins », un hybride très recherché.
Les Émirats Arabes Unis, principaux clients du trafic
Rappelons tout d’abord que le faucon pèlerin (Falco peregrinus) est l’oiseau le plus rapide du monde, capable de chasser d’autres volatiles avec des piqués à une vitesse de plus de 300 km/h. Regroupant une vingtaine de sous-espèces, le faucon pèlerin vit à l’année dans de nombreuses zones aux quatre coins du monde, notamment en Europe. Comme le révélait le quotidien The Guardian dans un article du 5 janvier 2026, le Royaume-Uni fait face à une situation difficile, à savoir une baisse de sa population de faucons.
Aux Émirats Arabes Unis, où les faucons sauvages passent parfois l’hiver, la fauconnerie était jadis une pratique culturelle. Malheureusement, il s’agit aujourd’hui d’une véritable industrie de luxe, dans laquelle les « rapaces d’élite » sont très prisés. Or, sur fond de demande grandissante depuis plusieurs années, cette industrie alimente désormais des trafics illégaux, notamment au Royaume-Uni.
Pour preuve, la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB) a déclaré pas moins de 126 pillages de nids entre 2014 et 2023, dont 21 avec preuves matérielles. Pourtant, ces mêmes nids sont généralement difficiles d’accès, dans les zones rurales et souvent, sur les falaises isolées. Selon les observateurs, ces disparitions peuvent entrainer des déséquilibres au niveau de la chaine alimentaire. De plus, le faucon pèlerin est protégé au Royaume-Uni. Ce trafic exerce donc une importante pression sur l’espèce.
Crédit : Falcoperegrinus / WikipediaDes centaines de faucons pèlerins disparaissent chaque année, selon la Royal Society for the Protection of Birds (RSPB).
Des hybrides recherchés pour leurs performances
Le constat st sans appel : des centaines de faucons disparaissent chaque année. Le nombre d’oiseaux exportés au Moyen-Orient est passé de 4 000 à 5 000 entre 2024 et 2025, dont la plupart vers les seuls Émirats Arabes Unis. La faute à certains fauconniers cherchant des spécimens pour participer à des courses mais également, aux élevages en constante recherche de reproducteurs pour alimenter le marché des hybrides. Il faut dire que les faucons les plus demandés – en raison de leur force et leurs performances en course – sont les « gyr-pèlerins », provenant d’un croisement entre une femelle faucon pèlerin et un mâle faucon gerfaut (Falco rusticolus). Dans la mesure où les femelles issues de ces croisements sont très souvent stériles, la demande de femelles faucon pèlerin augmente.
Par ailleurs, l’explosion des exportations vers le Moyen-Orient va de paire avec une multiplication des élevages. Au royaume-Uni, il y en aurait environ 160 aujourd’hui, contre une trentaine seulement dans les années 1980. De plus, chacune de ces entités entretien des liens avec les pays du Golfe tandis qu’au même moment, les autorités compétentes – la National Wildlife Crime Unit (NWCU) éprouve des difficultés à endiguer le problème. Entre 2023 et 2024, cette unité a effectué seulement 27 inspections révélant une quinzaine de faucons détenus de manière illégale.
Enfin, les professionnels du secteur ont tendance à minimiser la situation, évoquant une exagération du phénomène. Pour ces derniers, les prélèvements illégaux concerneraient seulement quelques oiseaux chaque année. Cependant, lorsque l’on sait que certains spécimens peuvent se négocier pour environ 80 000 euros, il n’est pas vraiment étonnant d’observer l’essor d’un tel trafic sur fond d’omerta.