Son objectif est « d’épauler les producteurs d’énergie renouvelables indépendants face au fonctionnement du marché de l’énergie ». La plateforme d’agrégation multiénergies (photovoltaïque, éolien, hydroélectricité, etc.) toulousaine Bohr Energie, née en 2023, serait « en hypercroissance » face à des besoins très importants dans le secteur du renouvelable. « Historiquement, les énergies renouvelables (EnR) ont été développées par la subvention publique, orientée vers le déploiement d’infrastructures pour atteindre une part plus importante des EnR dans le mix énergétique. Cependant, ces politiques ont leurs limites. La fin progressive des subventions à un tel niveau est annoncée. Des initiatives telles que la nôtre ont vocation à prendre le relais, pour développer des logiciels de monétisation et aider les producteurs indépendants à aller chercher la performance économique sur le marché pour pérenniser leur activité », explique Julien Haure, un des cofondateurs de Bohr Energie. Pour accompagner ses clients, il dispose des accréditations nécessaires de la Bourse européenne de l’énergie, du Réseau de Transport d’Électricité (RTE) et d’Enedis, le distributeur d’électricité français.


L’agrégateur énergétique s’adresse à des clients de taille intermédiaire, spécialisés dans le BtoB, ayant entre 100 kilowatts (kW) et 30 MégaWatts (MW) de puissance installée [1]. Il revendique cinquante-cinq clients [2], soit une centaine d’actifs financiers dans son portefeuille. Fin 2025, il communiquait ainsi sur 200 MW déjà installés et 700 MW contractualisés répartis sur plus d’une cinquantaine de sites et annonçait sa volonté d’atteindre plus de 1 GW sous gestion à la fin de l’année.

Des ambitions européennes

Pour se démarquer, Bohr Energie a plusieurs atouts dans sa manche. « Mes associés et moi avons une expérience conséquente dans la finance et l’énergie. J’ai travaillé, par exemple, au sein d’EDF trading, la filiale négoce du groupe EDF. Notre expertise large peut permettre un service très complet (marché de gros de l’électricité, boucle autoconsommation, divers mécanismes de flexibilité énergétique, etc.). Nous développons nos solutions logicielles en interne, ce qui assure une meilleure maîtrise de l’aspect cybersécurité sur des données sensibles », considère le dirigeant toulousain.

Au programme, dans les mois qui viennent, l’entreprise prévoit l’embauche de nouveaux collaborateurs pour renforcer tant l’équipe commerciale que trading. De vingt-deux collaborateurs actuellement, les effectifs pourraient grimper jusqu’à quarante en fin d’année. Il est aussi prévu de sortir une nouvelle solution logicielle pour « mieux gérer les fluctuations de production de chaque producteur ».


L’entreprise énergétique a réalisé, à l’été 2024, une levée de fonds de 4 millions d’euros. Fin 2025, elle revendiquait un chiffre d’affaires opérationnel de l’ordre de 7 millions d’euros et voudrait dépasser les 20 millions à la fin 2026. Et ce, tout en continuant à rester fidèle à la philosophie de celui dont elle tire son nom. « David Bohr était un physicien danois avec une vision très démocratique des sciences. Il avait l’idée que la science devait pouvoir bénéficier à tous. Nous, nous voulons transmettre notre savoir avec des producteurs de taille moyenne qui se bagarrent pour la souveraineté énergétique de notre pays », confie Julien Haure. Après avoir « stabilisé son portefeuille » en France, l’agrégateur toulousain aimerait toutefois se développer à l’échelle européenne (Espagne, Italie, Benelux, Allemagne, Angleterre, etc.). « Les challenges relevés en France pour développer les EnR sont similaires dans d’autres pays européens », estime le cofondateur de Bohr Energie.

Matthias Hardoy

Sur la photo : Julien Haure, cofondateur de Bohr Energie. Avec Luis Urday, ils apportent leur expertise en matière de trading d’énergies et leurs connaissances règlementaires du secteur. Crédit : Rémy Gabalda-ToulÉco.

Notes

[1] À titre de comparaison, un particulier ayant des panneaux solaires a une capacité installée d’environ 9 kW, alors qu’une centrale nucléaire avoisine 1,3 GW, soit 1300 MW.

[2] Dont 50 % en Occitanie. Le reste est dans d’autres zones françaises (Alpes, Région Nord, façade ouest, etc.