Publié le
23 janv. 2026 à 6h16
Symboles de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), les deux cheminées blanches et rouges d’EDF sont une nouvelle fois menacées. Alors que leur avenir était en suspens depuis 2015, date d’arrêt de leur fonctionnement, un nouveau projet de central de production de chaleur, porté par Dalkia (filiale d’EDF), pourrait signer leur démolition.
Outre l’aspect patrimonial, la construction d’un incinérateur géant provoque l’ire des élus et des habitants du département. Dans un courrier, Olivier Capitanio, président LR du Val-de-Marne, se dit « extrêmement inquiet de ce projet pour la qualité de vie des Vitriots, des Alfortvillais et, plus largement, des Val-de-Marnais ». La nouvelle usine permettrait de chauffer près d’un million de personnes à Paris et dans seize villes alentour, tout en le « verdissant ». L’objectif fixé est que le réseau atteigne 76 % d’énergie renouvelable et de récupération dès 2034 contre 50 % aujourd’hui. La potentielle structure devrait remplacer le réseau de chaleur actuel qui repose largement sur l’usage du gaz.
« Acquérir par tous les moyens, y compris par voie d’expropriation si nécessaire »
Dalkia a récemment remporté le marché de chauffage urbain de la Ville de Paris, conditionné par la construction d’une nouvelle usine d’incinération à Vitry-sur-Seine. À cette occasion, le Conseil de Paris a voté la création d’une société d’économie mixte à opération unique (Semop) et l’acquisition du terrain sur la parcelle où se dressent les deux cheminées, « précieux témoins du passé industriel » de la commune, comme le confiait à actu Paris il y a quelques années Pierre Bell-Lloch, maire PCF de Vitry.
Malgré une offre d’achat repoussée par EDF, l’exécutif parisien est déterminé. Dans une délibération votée en juillet dernier, Paris indique que « l’engagement d’une procédure visant à déclarer d’utilité publique l’opération s’avère nécessaire, afin d’acquérir par tous moyens, y compris par voie d’expropriation si nécessaire » le terrain.
Dans un courrier adressé à Anne Hidalgo, maire PS de Paris, Olivier Capitanio s’insurge : « Le Val-de-Marne n’a pas vocation à être un territoire servant de la Ville de Paris ni à accueillir, au détriment de la qualité de vie de ses habitants, toutes les infrastructures générant des nuisances que Paris ne souhaite pas implanter sur son propre territoire. »
« Je suis extrêmement inquiet pour la qualité de vie des Val-de-Marnais »
« En tant que président du département du Val-de-Marne, je suis extrêmement inquiet de ce projet pour la qualité de vie des Vitrios, des Alfortvillais et plus largement des Val-de-Marnais », écrit-il.
Et de mentionner la forte augmentation du trafic de véhicules lourds sur le réseau routier départemental, la proximité avec la future station du futur bus Tzen 5 et le collège Léon-Blum d’Alfortville. La nouvelle usine se situerait également au-dessus du tracé d’intention du prolongement de la ligne 10 du métro et jouxterait les nouveaux quartiers d’habitat prévus aux Ardoines. Enfin, la structure « susciterait de la part des riverains des préoccupations en matière de santé environnementale ».
Enfin, l’élu rappelle qu’un projet similaire envisagé il y a trente ans « visait à faire du Val-de-Marne le premier déversoir des déchets de la Ville de Paris […] avait à l’époque suscité une levée de boucliers et échoué ».
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Levée de bouclier transpartisane
De son côté, Pierre Bell-Lloch déplore un « secret de la procédure de marché public » empêchant « toute communication aux partenaires comme à la population ».
« Même si les pouvoirs des collectivités restent limités, nous avons exigé et obtenu en préalable à toute discussion avec la population que tous les projets garantissent la santé des habitants, utilisent la voie fluviale pour son transport, s’accompagnent de l’installation de nombreux emplois, et représentent un intérêt financier pour les Vitriots », ajoute-t-il par voie de communiqué.
« Je fais confiance à Pierre Bell-Lloch. Il est parvenu à protéger les cheminées en les inscrivant au PLU-I (plan local d’urbanisme intercommunal) et s’assurer un verrou avec la votation citoyenne », confie Luc Carvounas, maire PS d’Alfortville, à actu. Le projet de la Ville de Paris, l’édile l’a découvert cette semaine.
« J’ai envoyé un courrier à Emmanuel Grégoire pour lui dire qu’en l’état, je m’y opposais. Ce projet, c’est un vieux serpent de mer mais je ne m’échine pas à upgrader ma commune pour qu’en face on construise une usine », insiste-t-il en se tenant prêt à faire « initiative commune » avec le président du département.
L’opération menée en catimini déplaît également à Michel Leprêtre, président PCF du Grand-Orly Seine Bièvre. Dans un communiqué, ce dernier réagit : « Notre territoire aujourd’hui ne veut plus, ne doit plus, ne peut plus être un territoire servant des intérêts qui ne sont pas les nôtres. »
Une pétition a été lancée le 18 janvier par le groupe d’opposition écologiste Vitry en mieux pour refuser la « création d’une nouvelle usine d’incinération de déchets très concentrés car essentiellement composés de déchets plastiques secs, de bois de chantier et de meubles contenant des produits de traitement comme des colles, des solvants, des peintures ».
« Le dialogue interrompu pendant la période d’appel d’offres reprendra »
Contactée, EDF n’a répondu à nos sollicitations à l’heure où nous écrivions ces lignes. La Mairie de Paris, quant à elle, s’est défendue de ne pas avoir tenu au courant les partenaires locaux : « La Ville a travaillé dans un esprit de coopération territoriale avec les collectivités qui accueillent des sites de production de chaleur, indispensables au bon fonctionnement du réseau pendant la période de définition du cahier des charges de l’appel d’offres. C’est le cas de la commune de Vitry-sur-Seine. »
Elle assure également que « l’association des collectivités alimentées par le réseau de chaleur de Paris ou qui accueillent des unités de production se poursuivra et se renforcera tout au long de la durée de la concession puisqu’elles seront représentées au sein du comité territorial de la future Semop. La logique partenariale est une priorité pour la Ville de Paris compte tenu de l’interdépendance de nos territoires. »
À ses yeux, « la période de l’appel d’offres qui vient de se clôturer a suspendu temporairement ce dialogue pour des raisons de confidentialité, mais celui-ci pourra reprendre très rapidement. » Pour ce qui est de la santé des populations vivant à proximité, elle affirme : « Les prochains mois permettront de préciser ces projets et de concerter avec les collectivités et la population pour permettre la transition écologique du territoire et garantir la santé des habitants. »
Quant aux deux cheminées, la première mouture du projet prévoit leur démolition. « Une période de médiation a été mise en place suspendant ainsi la procédure judiciaire. Dans l’état du projet, M. le Maire s’y oppose toujours », conclut-on à la ville de Vitry.
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