Le Sud n’est jamais très loin dans la trajectoire de Clara
Luciani. Même lorsqu’elle partage peu de choses de sa vie privée,
ses retours en Provence disent beaucoup de son attachement à cette
terre fondatrice. Fin mars 2025, la chanteuse a publié sur
Instagram une image rare, prise à Marseille, où elle apparaît de
dos, son fils dans les bras, face au port. Une scène simple qui
résume ce lien intime à ses racines, loin de l’agitation parisienne
et des projecteurs.
Les racines martégales de Clara Luciani
La légende est sobre, fidèle à son goût pour la retenue. «
Quelques jours de retour à Marseille »,
écrit-elle, sans en dire davantage.
Ce séjour a valeur de parenthèse pour l’artiste devenue mère en
2023 avec son compagnon Alex Kapranos. Le visage de leur enfant
n’apparaît pas, le prénom n’a jamais été révélé, mais la musique,
elle, circule déjà. Les parents évoquent parfois sa curiosité
précoce pour les sons, héritage assumé puisque son père est le
chanteur du groupe Franz Ferdinand.
Si Marseille
accueille aujourd’hui Clara Luciani le temps de quelques jours,
c’est à Martigues que tout commence. L’artiste y
est née et y a passé ses premières années, dans une maison de
pêcheurs typique, posée près de l’étang de Berre. Elle en parle
sans fard dans les colonnes de La Marseillaise, avec une
précision presque sensorielle. « On habitait dans une
vieille maison de pêcheurs. Dès qu »il pleuvait,
elle était inondée, c’était l’enfer. Je garde des souvenirs de mes
parents et moi, au bord de l’Étang de Berre, l’odeur des algues,
l’école primaire, les premiers moments où on a commencé à chanter
avec ma sœur, les premiers spectacles au Théâtre des Salins ».
Le décor est modeste, mais profondément structurant.
La Sainte-Victoire, un repère fondateur dans le parcours de
Clara Luciani
Après Martigues, Septèmes-les-Vallons marque un autre temps.
Celui de l’adolescence, plus solitaire, mais aussi celui des
premières chansons. Ces allers-retours entre lieux et âges
nourriront plus tard son imaginaire musical. La montagne
Sainte-Victoire, aperçue depuis les trajets familiaux, donnera son
nom à un album devenu charnière. « Je ne suis jamais allée en
haut de la Sainte-Victoire. Mais elle a toujours été comme une
sorte de présence bienveillante. […] C’était un
repère et ça l’est resté. Comme le Sud en général. C’est
mon refuge, l’endroit où je vais me ressourcer dès que
j’ai le temps. »
La maternité a ajouté une profondeur nouvelle à ce
rapport au temps et à l’écriture. Invitée sur le
plateau de Quotidien,
Clara Luciani a raconté combien cette période avait transformé
son regard. « Toutes les chansons de cet album, je les ai
écrites quand j’étais enceinte. Il faut savoir qu’en temps normal
j’étais déjà très émotive et que là je n’étais
qu’émotions. » L’inspiration est devenue plus dense,
plus urgente aussi. « C’est peut-être la plus grande
déclaration d’amour que j’ai écrite. »
Le Sud comme point d’ancrage durable
pour Clara Luciani
Ce bouleversement intime s’accompagne d’une forme de solidité
nouvelle.
La chanteuse le dit avec simplicité, sans emphase. « J’ai
l’impression de me sentir beaucoup plus courageuse et
optimiste. Chaque fois que je me dis ‘tu ne peux pas faire
ça’, je me dis ‘si, je peux le faire pour lui’. » Une phrase
qui éclaire autrement son parcours, entre ascension fulgurante et
prudence assumée face au succès, qu’elle a
toujours cherché à tenir à distance.
Ce rapport lucide à la réussite, Clara Luciani l’a construit
tôt, nourri par ses influences et ses années de doute. De Nico à PJ
Harvey, de Patti Smith à la pop populaire de Jul, elle revendique
des passerelles inattendues et une interprétation sans
artifice. Mais
c’est vers le Sud qu’elle revient pour se recentrer, loin des
discours, dans cette maison de pêcheurs qui reste
le point d’ancrage. Un refuge, au sens le plus concret du
terme.