En mars 2024, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, avait annoncé la création de l’Agence ministérielle pour l’intelligence artificielle de défense (Amiad). Il déclarait alors avoir « la conviction que la France sera le numéro 1 en Europe de l’IA militaire et dans le top 3 mondial », tout en prônant une révolution « dans la manière de faire la guerre ».

Cependant, malgré des progrès considérables, l’usage de l’IA dans la technologie militaire reste très mesuré et essentiellement cantonné à des fonctions de soutien. La technologie ne remplace pas encore l’humain dans des contextes de combat réels, pour de nombreuses raisons techniques et juridiques, mais surtout morales.

« Cette architecture de systèmes ouverts permet d’incorporer progressivement des briques d’intelligence artificielle. »

La Semaine.

Dans ce contexte, la rénovation à mi-vie (RMV) du Mirage 2000D, fleuron de la 3e escadre de chasse de la base aérienne de Nancy-Ochey, répond à un double impératif : maintenir une capacité de combat crédible à court terme tout en ouvrant la voie à des évolutions technologiques futures. Entamée en 2016, cette modernisation a concerné 55 appareils de la BA 133, dont les premiers avions rénovés ont été mis en service en avril 2025.

Sur le plan technique, l’avion d’attaque au sol intègre désormais un canon CC422 de 30 mm, des missiles air-air MICA IR, en remplacement des Magic II, ainsi que la nacelle de désignation Talios, permettant l’identification, le suivi et la neutralisation de cibles mobiles, de jour comme de nuit.

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L’appareil conserve le système de guerre électronique Astac, capable de détecter les émissions radar et d’intercepter certains signaux. L’interface homme-machine a également été repensée avec l’ajout de nouveaux logiciels de mission : Lion (Logiciel intégré opérationnel de navigation), Liane (Logiciel intégré d’aide à la navigation embarquée) et Singe (Système intégré de navigation et de gestion des équipements). Ces systèmes sont alimentés en informations par le logiciel de préparation de mission Panda.

Le choix stratégique des systèmes ouverts

Ce qui pouvait apparaître comme un simple choix de transition, destiné à prolonger la durée de vie d’un chasseur bombardier conçu à la fin des années 1970 sous l’égide de Dassault Aviation, a en réalité révélé une ambition bien plus large : préparer l’armée de l’air et de l’espace à une intégration progressive de l’intelligence artificielle, en transformant le Mirage 2000D RMV en une plateforme adaptable, capable d’évoluer au rythme des innovations, notamment logicielles.

L’un des points les plus structurants de cette rénovation réside ainsi dans l’adoption d’une architecture de systèmes ouverts. Contrairement aux avions conçus autour de systèmes fermés et figés, le Mirage 2000D RMV bénéficie désormais d’une avionique modernisée, pensée pour intégrer plus facilement de nouveaux logiciels, capteurs et algorithmes. Ce choix s’avère déterminant : il permet d’incorporer progressivement des briques d’intelligence artificielle sans remettre en cause l’ensemble de la plateforme.

Un terrain favorable à l’IA opérationnelle

Des capacités qui seraient d’autant plus utiles que le général Stéphane Bellanger, chef d’état-major de l’armée de l’air et de l’espace, indique au magazine Air Fan que l’armée française envisage de doter le Mirage 2000D RMV d’une capacité d’action contre les drones. Grâce à son architecture ouverte, l’appareil pourrait ainsi évoluer vers un rôle de « chasseur de drones » assisté par intelligence artificielle, sans attendre l’arrivée de plateformes de nouvelle génération.

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Dans un environnement où les drones peuvent apparaître en essaims, à basse altitude et à faible signature, la rapidité de traitement de l’information devient cruciale. Les capacités humaines seules atteignent rapidement leurs limites. C’est précisément dans ce contexte que l’intelligence artificielle trouve toute sa pertinence : traiter, trier et interpréter des flux massifs de données en temps réel, tout en réduisant la charge cognitive du pilote.

« L’objectif serait de l’équiper de munitions à bas coût, comme les roquettes à guidage laser Aculeus-LG, explique le magazine “Science et Vie”. Ce type d’armement, déjà utilisé par des F-16 américains en mer Rouge contre des drones houthistes, constitue une piste crédible pour des frappes précises sans épuiser les ressources critiques. »

Tous les articles de notre dossier « L’armée en Lorraine : destins liés et contrariés » sont à retrouver ici.