Et si, derrière ces collègues qui
échappent aux rhumes à répétition, se cachait moins une « bonne
constitution » qu’un état d’esprit bien particulier ? Des
expériences surprenantes sur l’optimisme et le rhume rebattent les
cartes sans livrer une recette magique.

On connaît toutes cette collègue toujours souriante qui passe
l’hiver sans un seul rhume alors que tout l’open space enchaîne les
mouchoirs. Et si son secret n’était pas seulement son thé au
citron, mais sa manière de voir la vie ? Des travaux sur
l’optimisme montrent que les émotions positives
dialoguent avec notre système immunitaire. Harvard
a même relayé des études où des volontaires ont affronté de vrais
virus du rhume. Ce « bouclier émotionnel » commence à être bien
documenté.

Optimisme, rhume et infections : ce que disent les
chiffres

Pour les psychologues, être optimiste, c’est croire que l’avenir
sera globalement positif et voir les échecs comme temporaires
plutôt que définitifs. Winston Churchill résumait cette posture par
la phrase devenue culte : « Un pessimiste voit la difficulté
dans chaque opportunité ; un optimiste voit l »opportunité dans
chaque difficulté », rappelait-il, cité par Psychology Today.
Les personnes optimistes vivent plus longtemps, gèrent mieux la
douleur et présentent une meilleure fonction immunitaire. Les
recherches menées par la Harvard T.H. Chan School of Public
Health
indiquent même que les profils très optimistes ont
environ 30 % à 50 % de risque en
moins de développer des maladies cardiovasculaires et
infectieuses.

Côté rhume, des essais cliniques ont exposé des adultes en bonne
santé à un rhinovirus ou à un virus de la grippe dans des
conditions très contrôlées. Dans une étude, 193 volontaires ont
tous reçu un virus respiratoire : ceux qui affichaient un « style
émotionnel positif » ont été nettement moins nombreux à développer
un rhume clinique. Une autre recherche sur 212 volontaires a montré
qu’environ 30 % ont attrapé un rhume, mais, parmi eux, les plus
optimistes avaient des symptômes plus légers et une réponse
inflammatoire (notamment la cytokine TNF-α) plus faible. C’est ce
type de résultats que Harvard met en avant quand elle relie
optimisme et infections respiratoires.

Comment les bonnes ondes modulent
l’inflammation (et ce que vous pouvez faire)

Biologiquement, tout se joue en partie au niveau des cytokines,
ces messagers qui pilotent l’inflammation. La source vulgarisée
évoque l’interleukine-6 (IL-6) : des émotions positives
maintiennent cette protéine à un niveau plus bas, ce qui limite
l’inflammation chronique qui épuise l’organisme. Les études sur le
rhume suggèrent que, pour un même virus, les optimistes peuvent
mobiliser une réponse inflammatoire moins agressive tout en
contrôlant l’infection, d’où des symptômes plus doux. Et détail
amusant cité par les chercheurs : au XVIIe siècle, on prescrivait
déjà le rire ; aujourd’hui, on sait qu’un fou rire augmente les
anticorps dans la salive et le nez pendant environ 45 minutes.

La bonne nouvelle, c’est que cet état d’esprit se travaille. Le
soir, noter trois choses positives de la journée aide le cerveau à
scanner davantage le bon que le mauvais. Deux minutes de
visualisation d’un système immunitaire « armée d’élite » renforcent
aussi ce climat émotionnel positif. Même un sourire forcé, type
« stylo dans la bouche », active les muscles du sourire et favorise
la libération de dopamine et d’endorphines. Les psychologues
rappellent toutefois le risque de positivité toxique : nier ses
émotions négatives entretient le stress. L’idée n’est pas de se
croire invincible face au virus du rhume, mais de combiner hygiène,
soins classiques et optimisme réaliste pour donner quelques
précieuses chances de plus à son organisme.