Publié le 23/01/2026 18:57

Mis à jour le 23/01/2026 19:00

Temps de lecture : 6min

Une habitante se réchauffe dans un point d'accueil d'urgence, le 22 janvier 2026, à Kiev (Ukraine). (GENYA SAVILOV / AFP)

Une habitante se réchauffe dans un point d’accueil d’urgence, le 22 janvier 2026, à Kiev (Ukraine). (GENYA SAVILOV / AFP)

Plus de 15% des immeubles de la capitale étaient encore privés de chauffage vendredi, selon le maire, qui a appelé les habitants à partir s’ils le pouvaient.

Kiev plongée dans le noir et dans le froid. L’Ukraine traverse l’une des pires crises énergétiques depuis le début du conflit avec Moscou, vendredi 23 janvier, alors que les bombardements incessants de l’armée russe ont causé de multiples coupures d’électricité et de chauffage à travers le pays. Près d’un million de personnes sont affectées, rapporte la Commission européenne, qui a annoncé la livraison en urgence de 447 générateurs électriques pour aider la population. La situation est particulièrement critique dans la capitale, où plus de 1 900 immeubles résidentiels étaient encore privés de chauffage vendredi, selon un message du maire de la ville, Vitali Klitschko, sur Telegram.

Le 9 janvier déjà, les frappes russes sur les infrastructures énergétiques avaient causé des coupures d’eau, d’électricité et de chauffage dans la moitié des 12 000 immeubles d’habitation de Kiev. Ces services avaient été rétablis mais une nouvelle série de bombardements, dans la nuit de lundi à mardi, a privé les habitants de moyens de se chauffer et de s’éclairer.

Si les coupures programmées pour soulager le réseau sont fréquentes depuis le début de la guerre, certains habitants de Kiev ont passé ces derniers jours jusqu’à 31 heures d’affilée sans courant, relate NBC News. « Les calendriers de coupures d’électricité ne sont pas valables actuellement : la grille énergétique de la ville fonctionne toujours en état d’urgence, il n’y a pas assez d’énergie », a averti le premier fournisseur d’énergie privé du pays, DTEK, cité par RFI. Depuis un mois, il n’y a pas eu un seul jour sans panne d’électricité. »

Une situation d’autant plus critique que l’Ukraine connaît des températures glaciales depuis le début de l’hiver, avec un thermomètre affichant entre -7 et -15°C en moyenne. Mercredi, le quotidien Kyiv Independent décrivait « des trottoirs couverts de glace, des monticules de neige, et une absence d’éclairage public » dans les rues de la capitale. « La vie devient presque impossible », confirme la députée Lesia Vasylenko sur franceinfo.

« C’est très dur parce que la majorité des bâtiments sont sans électricité et sans ascenseurs. Il fait très froid à l’intérieur avec des températures jusqu’à 9 ou 12 degrés. »

Lesia Vasylenko, députée ukrainienne

à franceinfo

Pour préserver les habitants du froid, la municipalité a mis en place des moyens d’urgence. Dans chaque quartier, on trouve des points d’accueil chauffés, dans les bâtiments publics ou sous de grandes tentes. « En cas de besoin, un grand nombre de personnes pourront y passer la nuit », a assuré le maire vendredi sur Telegram. « Ces points d’accueil seront équipés de lits pour la nuit, de dispositifs de chauffage (chaufferies mobiles), de nourriture et de produits d’hygiène. »

Des plats chauds sont distribués dans un point d'accueil d'urgence, à Kiev (Ukraine), le 22 janvier 2026. (HENNADII MINCHENKO / NURPHOTO / AFP)

Des plats chauds sont distribués dans un point d’accueil d’urgence, à Kiev (Ukraine), le 22 janvier 2026. (HENNADII MINCHENKO / NURPHOTO / AFP)

D’autres misent sur la chaleur de rames de train mises à disposition de la population, relate France 24. Une centaine d’habitants y trouvent chaque jour « thé, café, biscuits et eau gratuits », ainsi que du wifi et des prises électriques, explique une employée.

Mais ces solutions d’urgence sont loin de suffire. Jeudi, le ministre de l’Energie ukrainien a affirmé que le pays venait de vivre « la journée la plus difficile pour le système énergétique » depuis novembre 2022, relaie le Kyiv Independent. Les dernières attaques de la Russie, qui cherche chaque hiver à détruire le moral des Ukrainiens en les privant d’électricité et de chauffage, ont selon lui endommagé les réseaux de distribution, les transformateurs et les centrales, entraînant des coupures d’urgence. « L’ennemi frappe non seulement nos infrastructures, mais essaie de déstabiliser notre société », s’est ému Denys Chmyhal.

Un employé inspecte les dégâts causés par une frappe russe dans une centrale électrique du fournisseur ukrainien DTEK, le 23 janvier 2026, dans un lieu non communiqué. (YURIY DYACHYSHYN / AFP)

Un employé inspecte les dégâts causés par une frappe russe dans une centrale électrique du fournisseur ukrainien DTEK, le 23 janvier 2026, dans un lieu non communiqué. (YURIY DYACHYSHYN / AFP)

Selon le ministère de la Santé, plus de 1 100 Ukrainiens ont reçu des soins d’urgence pour des cas de gelures et d’hypothermie, entre le 20 décembre et le 18 janvier. Parmi eux, 1 016 ont été hospitalisés. Face aux risques pour la santé des habitants, déjà menacés par les frappes de missiles et de drones, le maire de Kiev les avait encouragés dès le 9 janvier à quitter temporairement la ville.

Un appel qu’il a renouvelé vendredi, alors que 600 000 personnes ont déjà fui la capitale en deux semaines, sur les 3,6 millions qu’elle comptait fin 2025. « La situation est extrêmement difficile et le pire est peut-être encore à venir. Faites des réserves de nourriture, d’eau et de médicaments essentiels, a plaidé Vitali Klitschko sur Telegram. Si vous avez encore la possibilité de quitter la ville, là où existent des sources d’énergie et de chauffage alternatives, n’hésitez pas. » Pour préserver les plus jeunes, les vacances scolaires ont été prolongées jusqu’à début février dans les écoles de Kiev.

Des employés travaillent à rétablir l'eau chaude dans un immeuble résidentiel de Kiev, en Ukraine, le 21 janvier 2026. (DANYLO ANTONIUK / NURPHOTO / AFP)

Des employés travaillent à rétablir l’eau chaude dans un immeuble résidentiel de Kiev, en Ukraine, le 21 janvier 2026. (DANYLO ANTONIUK / NURPHOTO / AFP)

L’édile a assuré que les autorités « travaillaient 24 h/24 et 7 j/7 pour assurer la continuité des services publics en situation d’urgence » et rétablir l’accès au chauffage et à l’électricité. La gestion de cette crise lui a toutefois valu des critiques du président Volodymyr Zelensky, qui avait jugé deux jours plus tôt que « des mesures supplémentaires et des ressources supplémentaires étaient nécessaires » pour répondre aux besoins des habitants. Selon RFI, son ministre de l’Energie a lui aussi promis de restaurer l’électricité et le chauffage au plus vite, tout en mettant en garde contre le risque de nouvelles frappes russes visant les infrastructures énergétiques.

Ces attaques de Moscou ont été vivement dénoncées par l’Allemagne, qui les a qualifiées mercredi de « crimes de guerre ». « [Vladimir] Poutine utilise le froid comme une arme. Ses actions sont profondément inhumaines et méprisantes », a condamné un porte-parole du gouvernement. Le pilonnage des infrastructures énergétiques ukrainiennes ne s’est pas arrêté pour autant : selon le Kyiv Independent, DTEK a annoncé vendredi de nouvelles coupures dans les régions d’Odessa et de Dnipropetrovsk.