Températures très basses (jusqu’à – 15 ou -20 degrés) et pas de chauffage, c’est ce à quoi sont confrontés un million d’habitants de Kiev qui sont restés dans la capitale tandis que 600 000 d’entre eux l’ont quittée depuis le 9 janvier dernier. Les Russes ont visé les structures qui fournissent gaz et électricité. Réparations en cours mais les dégâts sont considérables. Nous avons sollicité la journaliste Tetyana Ogarkova, responsable du département international du Centre d’information sur la crise ukranienne (Ukraine crisis media center) qui témoigne de la détermination de la population, toute à sa survie: « Ce qu’on peut constater sur le terrain, évidemment, où les gens sont très usés, fatigués et concentrés sur le simple fait de survivre, survivre au froid, même si par exemple, dans votre appartement, il ne fait pas 0 °C  mais il fait +  6 °C , +  9 ° C,  ce qui est le cas courant, même avec le chauffage. Parce qu’en fait, c’est comme ça.
 Chacun est concentré. Et évidemment, on comprend que cette pression, elle vient de notre ennemi , de la Russie. Exactement, pour qu’on explose, pour qu’on accepte la paix à n’importe quelle condition. C’est à dire, ils veulent clairement la capitulation de l’Ukraine. Personne  en fait accepterait ça, parce qu’on sait très bien qu’après la capitulation, cette situation d’urgence que nous sommes en train de vivre, il deviendra la nouvelle norme. Il suffit de regarder ce qui se passe à Donetsk, Lougansk et à Mariupol aujourd’hui pour comprendre ce que ça va nous advenir si nous acceptons la paix russe. Donc évidemment, tout le monde est énervé, usé, fatigué, concentré sur les choses les plus basiques en fait de la  survie. Comment je fais pour mon appartement? Comment je fais pour aller au travail, comment je fais pour laver le linge, etc?. Chacun pense pour soi, évidemment, ça constitue trois ou quatre fois plus de tâches qu’on  pensait réglées par les bienfaits de la civilisation. Mais ce n’est pas pour autant qu’on serait d’accord d’accepter justement les conditions de l’agresseur qui nous impose justement les conditions de vie aussi difficiles que cela. »

 » La vie devient presque impossible  » déclarait avant-hier au Parlement la députée ukrainienne Lesia Vasylenko.

Ces conditions extrêmes n’affaiblissent-elles pas les âmes, au point d’accepter les conditions imposées par Moscou ? Tetyana Ogarkova:

L’Union Européenne a annoncé à la mi-journée, la livraison en urgence de 447 générateurs électriques pour aider les Ukrainiens privés de chauffage et d’électricité, après d’incessantes frappes russes sur les infrastructures énergétiques en Ukraine. C’est la pire crise humanitaire depuis 2022.
Ces générateurs, qui seront livrés depuis la Pologne, aideront à assurer l’alimentation électrique des hôpitaux, des abris et des services essentiels. L’UE a déjà envoyé près de 9.500 générateurs à l’Ukraine, et transféré avant l’hiver une centrale thermique complète donnée par la Lituanie.

« Cette négociation, c’est comme une planète parallèle, un peu en quelque sorte, puisque globalement, depuis le début de ces négociations qui durent depuis deux mois, il y a beaucoup de scepticisme de la part de la population ukrainienne, par rapport à des résultats, puisque nous savons très bien que si la Russie voulait la paix ou voulait même un cessez le feu, même un compromis , on pourrait négocier même sans les États-Unis.

« Le printemps, il arrive toujours après l’hiver et la lumière, elle arrive toujours à vaincre l’ombre. »

Toutes ces négociations là sont utilisées justement par la Russie pour jouer contre le temps, c’est à dire aujourd’hui, on fait semblant qu’on négocie et on continue la guerre. La position russe reste intransigeante sur plusieurs points et notamment où ils veulent que l’Ukraine disparaisse en tant qu’entité politique indépendante, tout simplement. Et on est très conscients de cela. Et donc malgré tout, et ce ne sont pas des négociations qui nous apportent espoir, mais ce sont plutôt des règles de la nature. Par exemple, le fait que le printemps, il arrive toujours après l’hiver et que la lumière, elle arrive toujours à vaincre l’ombre. Donc voilà, c’est ça qui nous qui nous remplit un peu d’espoir et pas du tout les négociations qui sont jamais faites de bonne foi du côté de la Russie. »

Ces pourparlers à Abou Dhabi entre responsables russes, ukrainiens et américains, sans l’Europe car elle n’y a pas été invitée. Une Europe qui n’ agit pas assez d’après le Président ukrainien Volodymyr Zelensky, avant-hier à Davos:

« Les choses bougent plus vite que l’ Europe. Le monde bouge plus vite que l’ Europe. Comment l’Europe peut garder le rythme?  Chers amis,  il ne faut pas que nous nous cantonions à des rôles secondaires quand nous avons cette chance qui nous est offerte d’être ensemble une superpuissance. Il ne faut pas accepter que l’Europe n’est qu’une petite macédoine de puissance moyenne assaisonnée par les ennemis de l’Europe. Quand nous sommes unis, nous sommes véritablement invincibles. L’Europe peut et doit être une force mondiale. »

Le retrait complet des troupes ukrainiennes du Donbass, obstacle infranchissable

Volodymyr Zelensky a bien annoncé qu’un accord de principe était « prêt » sur la participation des Etats-Unis aux garanties de sécurité, moyennant quoi, il y a quelques heures, Berlin affirmait douter que la Russie fasse des compromis pour régler le conflit en Ukraine. « Nous constatons qu’il subsiste d’importantes questions quant à la mesure dans laquelle la Russie est réellement disposée à renoncer à ses revendications maximalistes », déclaration du porte-parole du gouvernement allemand, Steffen Meyer.

Avant cette réunion tripartite à Abou Dhabi, le Kremlin a exigé que les troupes ukrainiennes se retirent de l’est de l’Ukraine, estimant qu’il s’agissait d’une condition nécessaire pour trouver une issue au conflit. Pour Kiev, un tel retrait a toujours été qualifié d’inacceptable. Virginie Pironon.

La question clé qui doit être abordée est celle du contrôle des territoires de l’Est de l’Ukraine. C’est ce qu’a encore répété ce matin Volodymyr Zelesnky  lors d’une conférence de presse en ligne. Cela reste la question la plus délicate, celle qui cristallise désormais les points de désaccord. Car Volodymyr Alinsky l’a affirmé hier à Davos si les garanties de sécurité, cette fois, c’est prêt. Le président ukrainien affirme que le document doit être désormais signé par toutes les parties. Reste donc désormais pour avancer vers une hypothétique paix, la question du Donbass. L’Ukraine doit elle se retirer de ce qui lui reste de ses territoires de l’Est, du pays qu’elle défend depuis 2014? La question est hautement inflammable politiquement pour Kiev. Alors difficile pour le moment de savoir s’il s’agira de négociations directes ou tenues de part et d’autre séparément avec les Etats-Unis comme médiateur. La délégation russe sera menée par un haut responsable de l’état major, le chef du renseignement militaire Igor Kostioukov, représentant de haut niveau également côté ukrainien, avec le secrétaire du Conseil de sécurité Rustam Oumerov ou ancien ministre de la Défense, ou encore le chef de l’administration présidentielle Kirill Boudanov. Volodymyr Zelensky le répétait hier à Davos les Russes doivent être prêts à des compromis. Le refrain bien connu désormais. Ce matin, avant même le début des négociations, le porte-parole du Kremlin l’a répété: les forces armées ukrainiennes doivent quitter le Donbass. Sans cela, dit il, il est inutile d’espérer la conclusion d’un accord de long terme.