L’Allemagne et l’Italie resserrent leurs liens ces derniers mois, dans une volonté de peser davantage sur les orientations européennes. Ces deux puissances majeures ont des intérêts communs sur plusieurs dossiers, notamment l’immigration. « Friedrich Merz est très sensible à ces aspects migratoires pour des raisons de politique intérieure, de la pression qui émane de l’extrême droite allemande, explique Hans Stark, spécialiste de la politique étrangère de l’Allemagne à l’IFRI, l’Institut français des relations internationales. Par conséquent il a besoin de s’entendre avec l’Italie et l’Espagne sur les routes migratoires et donc sur la protection du sud de l’Europe. »

Intérêts communs sur l’immigration et sur l’économie

Sur le plan économique, l’Allemagne est le premier partenaire commercial de l’Italie et là aussi les deux pays partagent des intérêts communs. « Ils ont besoin, comme nations exportatrices, que les pays restent ouverts, ne soient pas trop perturbés, notamment le marché américain. Par ailleurs ce sont deux pays qui ont abandonné le nucléaire et qui sont très dépendants des énergies fossiles et ont besoin soit du gaz et pétrole russes, soit du pétrole américain », explique Christophe Bouillaud, professeur à l’université de Grenoble, spécialiste de l’Italie.

Leur attitude face à Donald Trump est donc plus mesurée que celle du président français Emmanuel Macron, apparu très offensif contre le président américain lors de son discours à Davos. Friedrich Merz est certes plus ferme que Giorgia Meloni, qui ménage constamment Donald Trump, mais il a besoin de ce canal de communication avec le président américain. « Friedrich Merz agit beaucoup dans le cadre E3 [Allemagne, France, Royaume-Uni – NDLR] dans tout ce qui a trait aux États-Unis et notamment à l’Ukraine, mais il ne faut pas que d’autres pays, notamment l’Italie, se sentent exclus », décrypte Hans Stark.

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La France n’est plus considérée comme « stable »

Le renforcement des liens entre l’Allemagne et l’Italie se fait aussi parce que les deux pays se considèrent comme stables politiquement. « Giorgia Meloni est en passe de battre un record de longévité au pouvoir et Friedrich Merz est quand même appuyé par une coalition de deux partis, qui ont tendance à se chamailler mais qui ont l’habitude de travailler ensemble, détaille Christophe Bouillaud. Donc on a des pays qui paraissent plus stables que la France, qui a vraiment un problème de comptes publics, de stabilité politique, de tripartition de l’espace politique. On a le sentiment que la France s’apprête à vivre une crise politique en 2027. »

Le couple franco-allemand n’est pas pour autant remis en cause

Exit la France ? Le couple germano-italien est-il en passe de supplanter le couple franco-allemand ? Certes des divergences sont apparues récemment entre Paris et Berlin, notamment sur l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur – groupe formé par cinq pays d’Amérique latine. Friedrich Merz défendait l’accord, à l’inverse d’Emmanuel Macron, mais pour autant, « la relation n’est pas remise en cause », analyse Paul Maurice, spécialiste des relations franco-allemandes à l’Ifri : « Le chancelier allemand discute avec toutes les puissances, c’est le chancelier des Affaires étrangères. » Friedrich Merz aime en effet se présenter comme leader au sein de l’UE, notamment sur le dossier ukrainien.

Points de divergences entre l’Allemagne et l’Italie

Des points de divergences demeurent toutefois entre Rome et Berlin. Sur la politique budgétaire européenne, l’Italie pousse pour plus de souplesse, alors que l’Allemagne a toujours été partisane d’une discipline de fer, même si c’est moins le cas aujourd’hui.

Sur l’Ukraine, Giorgia Meloni s’est opposée à l’utilisation des avoirs russes gelés pour financer Kiev, alors que le chancelier allemand défendait ardemment cette solution, qui n’a finalement pas été adoptée au Conseil européen de décembre dernier. « Le gouvernement Meloni est d’extrême droite avec notamment la Ligue, qui est très pro-russe, très pro-Donald Trump, et critique envers l’Allemagne, rappelle Hans Stark qui conclut. Ce n’est pas un partenaire facile avec qui on peut travailler. »

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