C’est une des nouveautés de la loi narcotrafic, adoptée en juin 2025. Les préfets peuvent désormais se substituer aux bailleurs sociaux pour demander à la justice de prononcer l’expulsion de familles dont des enfants continuent de baigner dans le trafic de drogue, malgré des condamnations. À Rennes, l’administration a engagé huit dossiers dont les premiers doivent passer devant un juge à partir d’avril. « Quand des jeunes ont déjà été plusieurs fois condamnés et qu’ils continuent à être vus tous les jours sur des points de deal, les parents ne peuvent pas l’ignorer », explique la préfecture au Télégramme.

La gauche déplore

Une offensive qui n’est pas du goût de tous. Ainsi, Marie Mesmeur, députée Insoumise et candidate aux municipales à Rennes, s’élève contre cette loi en général et la décision préfectorale en particulier. « Depuis quand, en France, on punit des familles entières pour les agissements d’un individu ? », critique cette ancienne éducatrice spécialisée. À ses yeux, ces expulsions ne règlent pas le problème et risquent, au contraire, « de plonger des fratries dans la précarité dont on sait qu’elle nourrit la délinquance. » Pour elle, la priorité de l’État doit être de s’attaquer « aux têtes de réseau qui exploite la misère humaine ». Cette mesure masquerait « son incapacité à mettre en place des solutions réellement efficaces ».

Ulysse Rabaté, ex-LFI et candidat de Rennes commune, est sensiblement sur la même ligne. « Je ne pense pas qu’on combat le trafic de drogue en condamnant les familles des trafiquants », tranche l’enseignant, implanté sur le quartier du Blosne, particulièrement touché par le phénomène. « La question touche aux inégalités structurelles de notre société. Là, pour moi, on manque complètement la cible. C’est stigmatisant pour les familles, c’est injuste et c’est inefficace. »

La droite applaudit

Le ton est tout autre du côté de Charles Compagnon. Le candidat du centre-droit salue l’initiative, qui suit la fermeture administrative de plusieurs commerces soupçonnés de blanchir l’argent de la drogue. « Depuis six ans, nous disons que la réponse pénale seule ne suffit pas et que l’État doit utiliser tous ses leviers, souligne-t-il dans un communiqué. Ce que nous réclamions commence enfin à être mis en œuvre. » Et d’applaudir « un changement de méthode ». De son côté, il propose la création de commissariats de quartiers ou encore « le renforcement massif de la police municipale ».

Le LR Thomas Rousseau salue lui aussi « la détermination du préfet (ancien directeur de cabinet de Bruno Retailleau, président de son parti, NDLR) à reprendre le contrôle face au narcotrafic ». Avant d’affirmer, à son tour, que ce dernier met en place ce que son mouvement propose depuis un an. Il en appelle notamment à un « couvre-feu pour les mineurs » et « à conditionner certains avantages sociaux au respect des règles élémentaires de tranquillité ». Pour lui, il faut un véritable continuum « entre l’État, la préfecture et la mairie » sans quoi « ces mesures resteront fragiles ».