En 2025 au Royaume-Uni, un pub a fermé chaque jour en moyenne. Cette hémorragie pourrait encore s’accélérer avec l’entrée en vigueur, en avril 2026, d’une hausse massive des taxes foncières, décidée par le gouvernement travailliste. Dans tout le pays, la colère monte chez des professionnels déjà fragilisés par le Covid, l’inflation et la baisse du pouvoir d’achat.

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**Dans le sud de Londres, The Eagle, un petit pub de quartier, fait partie des établissements recensés sur le site « Is your pub Fucked ? » qui cartographie les pubs menacés à travers le pays. Son propriétaire, David Law, se prépare à une augmentation de plus de 200 % de ses impôts, soit plusieurs dizaines de milliers d’euros supplémentaires.

Une hausse des taxes

« C’est une énorme hausse », souffle-t-il, amer. « Pendant le Covid, on a été fermés de force pendant un an à cause du confinement. À l’époque, nos taxes professionnelles avaient été réduites de 100 %. Ensuite, le Parti travailliste est arrivé au pouvoir et l’aide est tombée à 40 %. En avril, on perd ces 40 % et, en même temps, les taxes augmentent. Tout arrive en même temps. »

« On aurait presque besoin d’un peu d’esprit français, d’une révolution. »

Pour tenter de maintenir son établissement à flot, David Law a demandé de l’aide auprès de sa fidèle clientèle. Parmi eux, Franck, habitué du pub, ne voit qu’une solution immédiate : « Boire plus, tout simplement. C’est à peu près la seule chose à faire. » Mais l’époque a changé, observe-t-il. « Dans les années 80, les pubs étaient pleins, c’était génial. Aujourd’hui, les gens ont des crédits, des factures bien plus élevées qu’avant. C’est devenu trop cher. »

Des pubs interdits aux députés

La colère des propriétaires de pubs a désormais pris une forme inédite. Plus de 1 000 établissements ont décidé d’interdire l’accès à leurs députés travaillistes, affichant sur leur porte des autocollants proclamant « No Labour MPs » (« Pas de députés travaillistes »). Andy Lennox a lancé la campagne. Propriétaire d’un pub dans le Dorset, au sud de l’Angleterre, il se félicite de la portée du mouvement.

« On ne peut pas faire grève, on ne peut pas se le permettre. On ne peut pas non plus aller manifester à Londres : on n’a ni le temps, ni les moyens », explique-t-il. « Donc oui, c’est une démarche différente, mais la réaction a été énorme. Parce que tout le système de taxation, c’est n’importe quoi, et le gouvernement n’écoute pas. » Selon lui, le constat est sans appel : « J’ai traversé tout le pays et vu des pubs fermés partout. Avec ces nouvelles taxes, seul un pub sur dix sera rentable. »

« De vrais lieux de vie »

Les professionnels du secteur évoquent une situation dramatique. En cinq ans, plus de 2 000 pubs ont mis la clé sous la porte au Royaume-Uni. Pour Tony Sophoclides, porte-parole de l’organisation patronale UK Hospitality, le moment est critique, notamment pour les petites communautés. « La situation est assez sombre, honnêtement, ça ne va pas très bien », reconnaît-il. Il rappelle également le rôle central des pubs : « Dans les petites communautés, ce sont de vrais lieux de vie : clubs sportifs, rencontres pour les personnes âgées. »

« Les pubs sont essentiels à la culture britannique. »

Malgré tout, il veut croire à une sortie de crise. « Je pense que le pub britannique finira par s’en sortir. Le gouvernement veut les sauver, il faut juste trouver les bonnes solutions, au bon moment. Pour l’instant, on retient notre souffle et on attend. »

Le gouvernement travailliste s’apprête à dévoiler un plan de soutien aux pubs, qui pourrait redonner un peu d’oxygène au secteur. Un revirement spectaculaire, à la hauteur de la mobilisation pour sauver cette institution britannique.