Bien que montrée dans la bande-annonce de l’émission de France 2, l’intervention de l’ex-ambassadeur en Algérie Xavier Direncourt a été supprimée.
«Rumeurs et coups tordus : la guerre secrète France-Algérie ». L’intitulé du dernier épisode de Complément d’enquête, diffusé jeudi soir sur France 2 avait de quoi susciter la curiosité du public aussi bien en France qu’en Algérie. L’émission est revenue sur les grandes dates de la crise entre Alger et Paris, la « guerre de l’information » entre les deux sphères médiatiques et virtuelles, les opérations d’espionnage des services algériens sur le sol français, le poids de la diaspora, la politique de l’ancien ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau… Du classique.
Ce n’est pas seulement le contenu du programme en lui-même qui a provoqué le débat du côté sud de la Méditerranée, mais ce qui s’est passé autour comme bruit et fureur. Notamment avec ce « commentaire » de l’agence officielle algérienne APS, qui, quelques heures avant la diffusion de l’émission, a lancé une charge véhémente contre France 2 et la « France médiatique » qui aurait « encore besoin de l’Algérie pour masquer ses propres dérives ».
Un climat déjà tendu
Ce communiqué de l’APS ciblait deux intervenants dans l’émission. D’abord, l’influenceur controversé Amir Boukhours, dit Amir DZ, traité de « dealeur de drogue, maître chanteur, analphabète, voyou sans formation ni légitimité intellectuelle ».
Ce dernier affirme avoir été victime d’une tentative de rapt près de Paris en 2024 et une enquête de police a débouché sur l’inculpation de quatre individus dont un agent consulaire algérien. Un mandat d’arrêt international a été émis ensuite contre le premier secrétaire de l’ambassade d’Algérie. Ces faits ont déclenché la colère d’Alger dans un climat qui était déjà tendu entre les deux pays.
L’APS a également attaqué la présence annoncée dans l’émission de l’ancien ambassadeur français à Alger Xavier Driencourt, qu’elle accuse d’être un « ex-faux diplomate français, un agité, atteint d’une véritable pathologie obsessionnelle nommée “Algérie “».
Le quotidien Le Soir d’Algérie a prétendu, pour sa part, que « cette émission sur l’Algérie serait “sponsorisée” par les Émirats arabes unis à travers leur agent de liaison, l’ancien ambassadeur Driencourt. La présence dans cette émission d’un voyou et dealer et qui est ‘’bien entretenu’’ par cet émirat du mal confirme la liaison dangereuse Émirats-France Télévisions » ! Rien que ça…
De fausses accusations
Or, si l’on voit bien l’ancien diplomate français intervenir dans la bande-annonce du dernier épisode de Complément d’enquête, il n’apparaît pas dans l’émission. Pour l’heure, Xavier Driencourt ne s’est pas exprimé publiquement sur le sujet. Mais il a relayé une publication sur le réseau social X dénonçant son absence du montage final du programme.
Selon le site souverainiste Algérie Patriotique, « France Télévisions a préféré donner la priorité à l’intervention autrement plus pondérée de l’actuel ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet. Ce choix est présenté comme un geste d’apaisement ».
L’APS avait donc dégainé son communiqué trop rapidement, comme l’a remarqué le média algérien indépendant, Twala : « en prétendant démonter une émission de l’audiovisuel public français avant même sa diffusion, l’agence [APS] ne critique pas un contenu mais spécule sur un titre, et appelle cela de l’information. C’est peu. Et c’est inquiétant ».