Dans le sillage du succès des Guerres de Lucas, évoquant la genèse de la saga spatiale, le neuvième Art explore les tournages mouvementés d’autres productions portés par des cinéastes pionniers.
Star Wars aurait pu ne jamais voir le jour. En retraçant la genèse chaotique de la saga intergalactique, le roman graphique Les Guerres de Lucas a fait un carton et des émules, ouvrant la voie à une flopée de BD sur les secrets de fabrication de films cultes.
Après Les Mâchoires de la peur, dédié au tournage des Dents de la mer et paru en décembre, sont attendues en 2026 des bandes dessinées sur les coulisses de L’Exorciste et de Terminator, avant l’année prochaine des romans graphiques sur le deuxième Alien et Retour vers le futur. Suivra aussi une BD sur le tournage du Seigneur des anneaux, scénarisé par Laurent Hopman qui a, involontairement, lancé cette mode en signant les Guerres de Lucas avec Renaud Roche au dessin. Le buzz surprise du premier tome en 2023 – 165.000 exemplaires vendus, traduction en 19 langues – a donné des idées à d’autres.
«George Lucas a façonné Star Wars avec ses rêves d’enfant»
Paru en septembre chez Deman Éditions, le deuxième tome consacré à L’Empire contre-attaque semble promis au même destin (75.000 exemplaires vendus à ce jour) en relatant les affres du tournage dans le froid norvégien, les remous provoqués par la liaison entre Harrison Ford et Carrie Fisher et les manigances des studios pour éjecter un George Lucas alors au bord du gouffre financier.
«C’était important pour nous dès le début d’être indépendant, de ne surtout pas chercher une sorte de validation de Lucas ni de Disney parce qu’on ne pouvait pas écrire ce livre-là avec le regard d’un censeur par-dessus l’épaule», explique à l’AFP Laurent Hopman, qui a englouti biographies, interviews et livres pour bâtir scénario et dialogues. «C’est loin d’être un making-of officiel».
Selon cet ex-journaliste, le roman graphique permet au contraire de révéler les tourments des équipes, les tensions avec les studios et la fragilité d’œuvres qui sont, pourtant, devenues aujourd’hui des piliers de la pop culture. «C’est passionnant de voir à quel point des projets qui ont changé le monde du divertissement et du cinéma ont tenu à tellement peu de chose», explique le scénariste qui travaille au troisième volet consacré au Retour du Jedi.
Mythes et réalité
C’est aussi ce qui ressort des Mâchoires de la peur (Éditions Huginn & Muninn), qui raconte le «cauchemar» du tournage des Dents de la mer en 1974. «La BD permet de raconter ça de manière incarnée, au présent», estime son scénariste Jérôme Wybon. «Ce n’est pas Steven Spielberg qui raconte 50 ans après, c’est Steven Spielberg qui vit ce moment-là». Le choix de tourner dans les eaux froides du nord-est américain plutôt qu’en studio, les dysfonctionnements des trois faux requins mécaniques, les retards de tournage… Tout semble aller de travers et la BD permet, selon Jérôme Wybon, «de mettre en image ce qui a parfois été évoqué en une ligne mais n’a jamais été filmé ou photographié», comme le «reshoot» dans des bassins en studio.
Avec la difficulté toutefois de faire le tri entre la réalité et les mythes qui entourent certains tournages. «Il y a parfois plusieurs versions de la même anecdote et c’est souvent la légende qui a été imprimée», estime Jérôme Wybon. Ces récits permettent aussi de toucher du doigt le processus de création à l’époque du nouvel Hollywood des années 1970-1980, où l’artisanat avait encore toute sa place.
Dennis Hopper et William Friedkin : les sauvages du Nouvel Hollywood
«On voit des équipes artistiques au boulot et, dans un contexte où on parle beaucoup d’intelligence artificielle, raconter ce genre d’aventures montre que ces réalisateurs ont été de véritables explorateurs», expliquent à l’AFP Céline et Yann Graf, qui ont scénarisé la BD à paraître sur L’Exorciste.
Aussi aboutis soient-ils, tous ces projets risquent toutefois de créer un effet de saturation et de ne pas rencontrer le même succès que Les Guerres de Lucas, qui ont connu la consécration ultime : la remise à George Lucas en personne d’un exemplaire du tome 2, spécialement traduit pour lui.