Livret A dans le rouge en 2025 : un basculement inédit depuis
dix ans
C’est un symbole qui parle à tout le monde. Pour la première
fois depuis 2015, le Livret A a terminé une année
en décollecte nette : en 2025, les retraits ont
dépassé les dépôts de –2,12 milliards d’euros,
selon la Caisse des Dépôts. Un chiffre rare, qui tranche avec les
années précédentes marquées par une appétence record pour l’épargne
liquide. Le livret préféré des Français reste massif, mais le flux
s’est inversé. Sans remettre en cause sa place dans nos
portefeuilles, cet épisode interroge.
Le mouvement ne sort pas de nulle part. Il a été visible mois
après mois, tout en laissant les encours proches de leurs pics
historiques. Car le phénomène touche surtout les flux, pas le
stock. Derrière l’agrégat annuel, une dynamique s’est installée. La
question, la vraie, tient en quelques mots : pourquoi maintenant
?
Décollecte 2025 du Livret A : des chiffres qui
s’accumulent
Le signal s’est allumé au printemps. En avril 2025, le
Livret A a accusé une décollecte de –200
millions d’euros, son pire mois d’avril depuis 2009,
d’après la Caisse des Dépôts. Seul avril 2015 avait déjà clôturé
dans le rouge, à –100 millions d’euros. À l’inverse, le
LDDS a affiché en avril une collecte positive de
310 millions d’euros. Sur janvier à avril, Livret A + LDDS n’ont
engrangé que 3,6 milliards d’euros, contre 11,3 milliards un an
plus tôt. Le retournement s’est donc joué tôt.
Sur l’année, le bilan s’est figé : –2,12 milliards
d’euros pour le Livret A, première année négative en dix
ans. Pourtant, les encours restent hauts, autour de 444 milliards
d’euros pour le Livret A et 162,7 milliards d’euros pour le
LDDS. Comment est-ce possible ? Les intérêts
capitalisés ont joué à plein, avec 2025 porté par des intérêts
versés élevés, ce qui a gonflé le stock indépendamment des
retraits. En clair, la décollecte n’efface pas les intérêts
encaissés.
Baisse du taux et arbitrages : pourquoi le Livret A se
vide
La cause tient en une suite de décisions. Le taux du Livret A a
glissé de 3 % à 2,4 % au 1er février 2025, puis à
1,7 % au 1er août 2025. Une nouvelle étape est
déjà actée au 1er février 2026, avec un taux ramené à 1,5
%. Dans ce contexte, l’épargnant compare et arbitre. La
baisse du rendement facial réduit l’attrait d’y laisser trop
d’argent au-delà de la réserve de précaution. Le message a été
entendu et les flux ont suivi.
Face à cette érosion, l’assurance-vie en fonds
en euros a repris des couleurs en 2025, avec un rendement moyen
estimé autour de 2,6–2,7 %. Les cotisations ont bondi, quand le
LDDS a mieux résisté qu’attendu sur l’année. Autre
signal, le LEP a connu son pire mois d’avril
depuis 2009 avec une forte décollecte de 1,96 milliard d’euros,
pour un encours à 80,8 milliards d’euros en fin de mois. Le
mouvement dépasse donc le seul Livret A, même s’il en est la figure
la plus visible.
Livret A en 2026 : que faire de son
épargne de précaution ?
La priorité reste la sécurité du quotidien. Garder sur le
Livret A l’équivalent de deux à trois mois de
dépenses incompressibles offre une liquidité immédiate, une
garantie de l’État et une épargne nette d’impôts. Ce coussin doit
rester disponible, sans risque opérationnel, pour absorber les
imprévus. Au-delà, inutile de surdimensionner ce matelas si
l’argent dort.
Pour l’excédent, l’arbitrage s’impose dès lors que le taux
descend à 1,5 % au 1er février 2026. Les fonds en
euros de l’assurance-vie redeviennent crédibles,
avec un rendement potentiel supérieur sur la durée, tout en restant
prudents. Le LDDS joue le même rôle que le Livret
A avec un plafond différent, et le LEP reste à
considérer si l’on est éligible. L’idée n’est pas de tout vider,
mais de répartir intelligemment selon l’horizon, l’usage et la
disponibilité recherchée.