L’élue Mupes qui a ferraillé avec la majorité sortante pendant six ans dresse le bilan de son action dans l’opposition. Cheffe de file du mouvement Cause commune, elle appelle de ses vœux au rassemblement avec les listes LFI et EELV.
Cause commune, lancé au printemps dernier, est-il toujours dans la course aux municipales ?
Oui bien sûr. L’objectif de Cause commune est de cristalliser ce que j’ai porté durant ce mandat. Ce contre-projet a pour but de refaire de Montpellier une ville méditerranéenne. On s’oppose à la vision du maire actuel qui veut une ville aseptisée, bling bling, pour quelques-uns.
Pour un projet de rupture
Cette vision alternative n’est-elle pas déjà portée par la liste conduite par Nathalie Oziol ?
On prône, depuis le début, l’entente entre toutes les listes qui portent un projet de rupture par rapport au maire sortant. C’est de notre responsabilité de proposer une alternative à Michaël Delafosse et d’être crédible dans le fait de pouvoir gagner. Des discussions ont lieu, nous espérons bien qu’elles aboutissent pour faire le travail de terrain et convaincre les Montpelliérains que notre projet est désirable pour notre ville.
Vous avez invité les citoyens à candidater pour faire partie de votre liste. Où en est votre démarche ?
Le plus important, c’est d’avoir un projet pour Montpellier. Dès septembre, nous avons mis sept mesures sur la table pour s’attaquer aux problématiques du logement, la ségrégation scolaire… Cinq enquêtes habitants ont lieu actuellement pour définir notre programme. Et évidemment nous avançons aussi sur la constitution de la liste. Je ne suis pas issue du sérail. Mon parcours témoigne que c’est possible d’avoir des habitants qui occupent des espaces politiques.
Combien êtes-vous concrètement ?
On a à la fois des personnes qui ont été plébiscitées, des personnes volontaires hors du mouvement et d’autres de Cause Commune. À partir de là on constituera une liste représentative de tous les habitants de cette ville et de ses quartiers.
Pourquoi n’avoir pas présenté votre candidature lors des assemblées générales des Insoumis au moment de choisir la tête de liste des Insoumis ?
Ma proximité avec LFI est de notoriété publique. J’ai la campagne de Jean-Luc Mélenchon en 2022. En revanche, je suis municipaliste. les gens qui connaissent mon parcours le savent. Il est absolument nécessaire que les organisations aillent chercher des habitants pour faire de la politique. Cause Commune est très utile en ce sens. Cela n’empêche pas les discussions.
Quel bilan tirez-vous des 6 ans passés dans l’opposition municipale ?
Je pense avoir tenu avec rigueur, avec mes collègues Flora Labourier et Clothilde Ollier, ce mandat exigeant. On a réussi trois choses. D’abord apporter une autre vision de la ville. Nous avons été en première d’un travail de contrôle et de vigilance nécessaires autour des cadeaux à JC Decaux, des frais un peu présomptueux au Japon, Ernst & Young, les montages financiers de rétribution des collaborateurs de cabinet. Michaël Delafosse fait partie de cette caste politique qui n’a changé aucunement ses pratiques. Il est grand temps de rappeler à ceux qui nous représentent qu’ils doivent rendre des comptes. Troisième point : nous avons porté la voix de ceux qui ont été méprisés comme les Atsem, les agents, les collectifs qui demandent de la co-construction. Notre méthode a été le fil rouge de ce mandat. En six ans je suis devenue la principale force d’opposition. C’est une responsabilité et une fierté.
Quel regard portez-vous sur celui de Michaël Delafosse, lui accordez-vous le crédit de certaines réussites ?
On n’est pas surpris par son mandat : on est face au PS le plus à droite de France. Il a surtout contribué à diviser les Montpelliérains entre eux, dopé à une vision obsolète de l’attractivité, de la croissance, de l’hypermétropolisation. Faire grossir Montpellier conduit à une impasse. Aujourd’hui il y a beaucoup de loyers inaccessibles qui obligent des habitants à quitter la ville. Les transports ne sont pas suffisamment déployés avec des cadences horaires adaptées aux travailleurs. La démocratie locale est quasiment inexistante avec l’échec des conseils de quartier. Le maire dit combattre l’extrême droite mais il en reprend régulièrement la rhétorique notamment sur la laïcité. Des petites phrases qui constituent un contexte désagréable. Ce n’est pas la guerre des gauches. Nous ne portons vraiment pas la même vision pour Montpellier.
Zéro réussite, donc ?
Il y a des choses qui étaient attendues et souhaitables comme la ligne 5 ou les bustrams. Mes votes en témoignent. Mais nos vécus sont totalement différents. J’habite à Figuerolles. Un quartier marqué par la ségrégation scolaire, de très grandes difficultés sociales, des milliers de m² vides à Groupama car la municipalité ne souhaite pas préempter. Les opérations Place nette, en partenariat entre police nationale et Ville, n’ont pas changé le quotidien des gens ni impacté la question de la toxicomanie. Il y a très peu de services publics. Le sentiment de relégation est très fort, imaginez dans les autres quartiers… Quand il publie un arrêté pour fermer les épiceries de nuit à 22 h, est-ce qu’il pense que ces boutiques sont dernières à entretenir du lien social. À Figuerolles ce sont les commerçants et les associations qui font que le quartier tient encore.
La campagne de LFI semble au point mort, qu’en dites-vous ?
Les listes doivent s’entendre pour faire campagne ensemble. Des discussions ont lieu. Il faut propulser une nouvelle génération d’élus pour combattre l’abstention et démontrer qu’on s’intéresse au quotidien des gens.
Vous sentez-vous plus proche de Nathalie Oziol ou de Jean-Louis Roumégas ?
Je parle avec tous ces protagonistes. La responsabilité sera grande de celui qui portera la division. Mais le débat ne doit pas se cristalliser sur la personne, les enjeux d’ego doivent passer au second plan. On a des exigences de représentativité populaire. On espère que ce bloc populaire se constitue.
Le sondage Ifop Métropolitain vous crédite de 1 %, pas trop déçue ?
En 2020, nous étions crédités de très mauvais sondages. Il faut attendre que la campagne démarre vraiment pour proposer un cap clair aux électeurs et mettre fin à la politique du PS le plus à droite de France.
LFI est pour le désarmement de la police municipale et circonspecte sur l’efficacité de la vidéosurveillance, votre avis sur ces questions ?
La sécurité est un vrai sujet. la question c’est quelle doctrine pour la police municipale ? L’envoyer à des opérations Place nette en dit long sur la conception de Michaël Delafosse. Les riverains assistent à ces coups de force qui ne résolvent rien. Je suis pour une police de proximité avec une stratégie d’îlotage au quotidien.
En 2020 vous aviez fusionné au 2nd tour avec Altrad et Ollier, ce scénario pourrait-il se reproduire ?
Notre responsabilité c’est qu’il n’y ait pas trois listes qui portent un projet similaire au second tour. Altrad a des mesures intéressantes comme en 2020. Le problème c’est quand quelqu’un qui perd ne siège pas, joue avec une partie des règles, c’est problématique. Le travail que j’ai fait dans l’opposition était nécessaire, c’est la démocratie.
Citez trois mesures phares de votre programme ?
Créer un opérateur à vocation sociale pour mettre en relation les propriétaires qui ont des logements vides avec les structures d’hébergement d’urgence. On peut loger tous les Montpelliérains sans bétonner. C’est l’enjeu du prochain mandat. On veut aussi créer un Institut des mémoires coloniales pour parler de manière apaisée du passé. Enfin, susciter un choc démocratique et de transparence à l’échelle locale.