La même inquiétude se lit dans les propositions des candidats, tous bords confondus. À gauche, c’est la montée des inégalités qui alarme la maire sortante Nathalie Appéré, candidate à sa réélection. À droite, l’insécurité est placée tout en haut des priorités de l’opposant n° 1, Charles Compagnon. Chacun à leur manière, ils posent l’enjeu des élections municipales des 15 et 22 mars prochains : comment protéger la qualité de vie à Rennes, menacée par les grands bouleversements de l’époque ?
Le plus marquant des dernières années : l’essor du narcotrafic. Le terme lui-même s’est imposé dans le discours local en 2024. Année de bascule, marquée par la descente d’un commando parisien sur la Zup du Blosne. 1 h 15 de tirs, suivis par d’autres guerres de territoire à la Kalashnikov dans les quartiers paupérisés. Aux dernières élections de 2020, le sujet était resté cantonné au second plan. Il domine cette fois tous les autres. Mais que peut vraiment un élu local face à ce mal hexagonal ? La majorité répète à l’envi que la responsabilité incombe d’abord à l’État tout en affirmant prendre sa part. Trop peu, trop tard, rétorque-t-on de l’autre côté de l’échiquier politique.
« Narcotrafic à Rennes : enfance en danger » – Retrouvez notre enquête
La bonne santé démographique, année après année, en témoigne : la capitale bretonne et son bassin de vie attirent. Contrairement aux idées reçues, ces nouveaux venus ne débarquent pas tous de Paris via la LGV inaugurée en 2017. En réalité, la majorité d’entre eux vient de Bretagne. Surtout, depuis trente ans, la moitié des néo-Rennais sont… des bébés. D’ici 2050, l’aire d’attraction devrait encore gagner 170 000 âmes pour s’approcher du million. Une bonne nouvelle, au vu du marasme de la natalité française. Mais chaque médaille a son revers. La crise de croissance se fait déjà sentir.

Le meilleur exemple : le casse-tête du logement. Certes, après le retournement immobilier de 2023, les prix au m² ont un peu dégonflé. Mais ils restent hauts. Trop hauts pour les ménages des classes moyennes inférieures, repoussés aux confins de la métropole, où leur pouvoir d’achat leur permet encore d’acquérir une maison avec jardin. Résultat, le nombre d’employés vivant dans Rennes a chuté de 5 % sur la précédente décennie. En 2019, on comptait 13 % d’ouvriers de moins par rapport à 2008. Dans le même temps, la part des riches a bondi. Comme celle des plus pauvres, logés dans un parc HLM qui grossit sans réussir à rattraper l’explosion des demandes. À Rennes, comme dans la plupart des métropoles, la fracture sociale se creuse, lentement mais sûrement.
La lente exclusion des classes moyennes
Face à ce poison, la cité du « vivre ensemble » a cherché des antidotes en encourageant la construction de logements. Mais pour ne plus s’étaler sur les terres agricoles, elle a choisi de se densifier. Depuis vingt ans, les Rennais voient donc pousser des quartiers entiers et leurs immeubles à touche-touche sur les dernières zones en friche. Le long des grands boulevards, les maisons d’antan sont peu à peu remplacées par de hauts bâtiments, à l’architecture plus ou moins heureuse. La course effrénée aux chantiers a cependant ralenti depuis 2023, la crise étant passée par là. En 2025, le nombre de livraisons de logements neufs s’est encore effondré de 40 %. Pas de quoi soulager la pénurie.
Rennes, ils l’aiment mais ils la quittent : retrouvez notre dossier
Poussés à s’installer loin de Rennes, une large part des habitants du bassin de vie y travaillent pourtant. Pour eux, l’inauguration de la ligne B du métro, cantonnée dans les frontières de la rocade, n’a pas été une révolution, contrairement à ceux de la ville-centre. La congestion routière continue d’être leur lot quotidien. Le train ? La fréquence s’améliore. Mais le fameux RER promis par Emmanuel Macron mettra des années à arriver, à supposer qu’il soit financé. De son côté, Rennes métropole mise sur les « trambus » pour doter la première couronne d’un transport en commun efficace. Quand les quatre lignes seront terminées, à horizon 2030, il leur restera à convaincre les automobilistes de se passer de leur voiture.
L’argument de lutte contre le réchauffement climatique suffira-t-il ? En tout cas, le territoire est désormais embarquée dans la transition. Les rues se végétalisent pour apporter de la fraîcheur pendant les épisodes caniculaires. La destruction du parking Vilaine pour découvrir le fleuve qui coule dessous est présentée comme une solution pour refroidir – un peu – le centre. On lui promet les températures de Bordeaux pour la fin du siècle. D’ici là, Rennes aura-t-elle trouvé les solutions pour continuer à grandir sans se renier ? Voilà l’une des questions à trancher dans l’isoloir, dès mars prochain.