Publié le
26 janv. 2026 à 14h01
À la veille d’une nouvelle manifestation des agriculteurs, prévue ce mardi 27 janvier 2026 dans les rues de la Ville rose, le préfet Pierre-André Durand s’est épanché sur le sujet lors d’un échange avec Actu Toulouse, ce lundi au matin. Et il met un coup de pression sur les représentants de la profession.
Une manifestation « pédestre et pacifique » autorisée
Alors que les 7 et les 14 janvier derniers, lors des deux dernières éditions, le préfet avait purement et simplement interdit toute manifestation des agriculteurs à Toulouse, il change cette fois son fusil d’épaule : les manifestants seront acceptés… sous réserve de défiler à pied.
« Nous avons accepté cette manifestation de manière pédestre et pacifique », explique Pierre-André Durand, « mais si les choses ne sont pas respectées, ou s’il devait y avoir des violences », cela donnerait lieu « à des verbalisations et interpellations ».
Trois arrêtés pour cette manifestation
Concrètement, l’État s’apprête à prendre ce lundi trois interdictions visant cet événement : un arrêté zonal du préfet de défense sud pour interdire la circulation des tracteurs et engins agricoles sur les grands axes de la région, alors que le préfet de Haute-Garonne et d’Occitanie va, lui, prendre un arrêté pour prohiber ces mêmes véhicules sur le réseau secondaire départemental. Et un autre plus local encore, pour encadrer la manifestation à Toulouse.
Ces mesures doivent entrer en vigueur à 22 heures (et non minuit comme par le passé), afin d’éviter de se faire doubler par des agriculteurs dans la nuit…
Vidéos : en ce moment sur ActuDeux demandes de manifestation
D’après le préfet, deux demandes de manifestation ont en réalité été déposées. La première par la Coordination rurale Occitanie, suivie par une autre de l’intersyndicale en Haute-Garonne (réunissant la FDSEA, les Jeunes agriculteurs, la Coordination rurale 31 et la Confédération paysanne).
La préfecture pousse à ce que ces deux manifs n’en fassent qu’une. Pour l’heure, la première est validée et l’organisation s’est entendue avec les services de l’État sur un parcours, alors que la seconde ne l’était pas encore ce lundi, en matinée, en raison de divergences sur le parcours. Si l’intersyndicale n’accepte pas le tracé des autorités, sa manif pourrait être interdite…
Votre région, votre actu !
Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.
S’incrire
Quel sera le parcours de la manifestation à Toulouse ?
La manifestation agricole autorisée par la préfecture peut se tenir entre 10 heures et 16 heures ce mardi. Le parcours officiellement accepté va de Jean-Jaurès à Guillaumet, en passant par les allées Jean-Jaurès, l’avenue Georges Pompidou, le boulevard Marengo, l’avenue Georges Pompidou, l’avenue Léon Blum, l’avenue Yves Brunaud, le rond-point du capitaine Alfred Dreyfus, la rue de la Chaumière et enfin la place Émile Blouin, où se trouvent les nouveaux locaux… de la Cité administrative de Toulouse.
« Nous avons un organisateur nommément défini », dit le préfet
Pour la manif de mardi, « nous avons un organisateur nommément défini, qui est la Coordination rurale Occitanie, en la personne de M. Nespoulous » (son président régional, NDLR), lance Pierre-André Durand. « Il a demandé s’il pouvait venir en tracteur, on lui a dit non, mais au final, il a clairement accepté les conditions », prévient le préfet.
Ce dernier s’attend-il à avec des tensions avec les autorités, comme lors des manifs précédentes ? « Je n’espère pas », assure Éloi Nespoulous, par ailleurs interrogé par Actu. « Personnellement, je ne suis pas encore allé à Toulouse. Peut-être que comme il y a un nouvel interlocuteur, ça va se calmer ».
Un argument « pour qu’il n’y ait plus de manif agricole à Toulouse » ?
« Si nous avons des infractions ou des violences, les forces de l’ordre feront leur travail », ajoute le préfet, mettant au passage en garde les manifestants qui auraient “la volonté de venir en tracteur” dans la capitale régionale.
Si des tracteurs circulent demain sur les routes, ils seront en infraction et ils nous donneront argument pour qu’il n’y ait plus de manifestation agricole à Toulouse, où elles seraient interdites à l’avenir.
Pierre-André Durand
Préfet de la Haute-Garonne et d’Occitanie
« Le coût des dégâts est évalué à plusieurs millions d’euros »
Le préfet estime-t-il aujourd’hui être allé trop loin lors des dernières éditions, en interdisant carrément les manifestations ? « Quand on interdit, on doit le motiver », rappelle Pierre-André Durand. Interrogé sur le sujet, il reste droit dans ses bottes et assume sa fermeté : « Au regard de ce qu’il s’était passé dans les départements voisins, notamment le Gers, mais aussi le Tarn et le Tarn-et-Garonne, il y avait des risques avérés de troubles à l’ordre public. Le coût des dégâts [des manifestations agricoles dans la région, NDLR] est évalué à plusieurs millions d’euros, dont cinq rien que dans le Gers… ».
Le représentant de l’État revendique aussi le fait de laisser une majorité d’habitants circuler librement : « Je dois aussi être attentif aux 98 % de la population active autre, qui vit à Toulouse ou ailleurs ».
« Certains ont plaidé l’ignorance, ce n’est pas sérieux »
Pierre-André Durand rappelle que les dernières manifs agricoles se sont soldées par des interpellations : « Le 7 janvier, dès le départ, ceux qui prenaient le tracteur savaient qu’ils n’avaient pas le droit. Certains ont plaidé l’ignorance, ce n’est pas sérieux ».
Ce jour-là, les services de l’État ont dénombré 180 tracteurs et bennes. Et les forces de l’ordre ont procédé à 53 verbalisations (à 135 ou 640 euros), ainsi qu’à l’interpellation de 17 manifestants.
Pierre-André Durand
Une semaine plus tard, « malgré les verbalisations, certains ont cru bon de récidiver », rappelle le préfet, qui considère que sa doctrine coercitive a finalement porté ses fruits, puisque seuls « 41 tracteurs et bennes » ont été recensés le 14 janvier.
“Avec les Ultras de l’A64, il n’y a jamais eu de dégradations »
À demi-mot – et au risque de se mettre plus encore une partie de la profession à dos ? -, le préfet met par ailleurs en opposition l’attitude des organisations syndicales historiques… et celle de la fameuse association de Jérôme Bayle : « Avec les Ultras de l’A64, il n’y a jamais eu de dégradations des biens publics ». Quand ils ont quitté l’autoroute de Carbonne après plus d’un mois d’occupation – un blocage levé car il « empoisonnait la vit quotidienne de milliers de personnes » -, Pierre-André Durand fait observer que « le lieu a été totalement et réellement nettoyé ». Ou, entre les lignes : contrairement aux manifestations organisées par… d’autres représentants de la profession.
Appel à se mobiliser sur « le fond des dossiers »
« Mobilisons-nous sur le fond des dossiers », lance aussi et surtout le préfet à destination des agriculteurs, estimant que c’est la seule solution pour sortir de cette spirale. Prônant « un dialogue constant avec les chambres d’agriculture » (dont celle de la Haute-Garonne, présidée depuis un an par ces mêmes Ultras de l’A64, NDLR), Pierre-André Durand met en avant le dispositif « territoire d’expérimentation » lancé en Occitanie est « unique en France ». Un dispositif pour lequel il a « saisi les services de l’État (soit les 13 préfectures), mais aussi les acteurs consulaires et les syndicats » pour « mener un travail méticuleux de ce qui complique le quotidien d’un exploitant agricole ».
« On commence à voir le bout du tunnel » sur la DNC
Évoquant le sujet brûlant de la lutte contre la Dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui a mis le feu aux poudres avec la profession, même si « les difficultés de l’agriculture occitane ne se limitent pas la DNC », le préfet souffle : « On commence à voir le bout du tunnel ».
Si l’État campe sur ses positions autour du très décrié « protocole d’abattage » (dès qu’une bête est touchée par la maladie, tout le troupeau est tué, NDLR), Pierre-André Durand insiste sur la « politique de vaccination rapide et massive » en Haute-Garonne, où 97 % des bovins et 95 % des élevages sont vaccinés. « Des chiffres largement au-dessus » des seuils nécessaires à l’immunité collective, qui devrait être atteinte dans quelques semaines, permettant ainsi « de lever les mesures qui empêchent l’export » aux éleveurs. Et de conclure : « Des cheptels départementaux ont été sauvés. La situation est plutôt encourageante, ce qui rend vain le sujet du protocole ».
Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.