Dans Propaganda, l’artiste russe Jenna Marvin, réfugiée en France, retourne les outils du régime de Vladimir Poutine contre lui-même. Une exposition radicale à voir à Paris jusqu’au 7 février.

De son corps, Jenna Marvin a fait un outil de sabotage visuel contre la propagande du régime de Vladimir Poutine. Révélée en 2023 par le documentaire Queendom, la performeuse russe de 26 ans y apparaissait déambulant dans l’espace public en Russie sous l’œil hostile des passants et de la police… Une résistance illustrée dans Propaganda, sa première exposition en France, présentée jusqu’au 7 février à Transfo – Emmaüs Solidarité.

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Aujourd’hui réfugiée en France, la performeuse poursuit ce travail à la lisière de l’art contemporain, de la performance et de l’activisme. Elle a fait de son corps une surface de projection politique et une archive vivante de la violence systémique. Avec ses allures de drag horrifique, sa créature clownesque court-circuite les récits dominants, questionnant les normes de genre, de beauté et de respectabilité. Jenna Marvin travaille à la fois le collage, la sculpture, la vidéo, mais se concentre avant tout sur le mouvement. Tout passe par la chair, la souffrance, l’endurance, la transformation.

Nous confronter à notre impuissance

Le titre de l’exposition annonce la couleur : ici, la propagande n’est plus l’arme de l’État russe mais celle d’une artiste qui revendique la contamination des imaginaires. Photographies, vidéos, installations et performances dialoguent avec un contexte politique matérialisé par des extraits placardés aux murs de lois russes durcissant l’homophobie d’État.

Ce 22 janvier, Propaganda a pris une dimension encore plus charnelle avec la performance STOP. DON’T LOVE en duo avec l’artiste Tata Jaxon, qui a transfiguré le centre culturel en un paysage terrifiant. Observées depuis un plafond de verre par un public impuissant, les deux artistes ont illustré toute l’ambiguïté de la survie queer dans un régime autoritaire, levant les yeux, cherchant le regard, implorant presque… Sidération, distance, déresponsabilisation : une manière pour Jenna Marvin de confronter le public occidental à ce que produit la propagande d’État.

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Crédit photo : Pavel Golik