Par

Yann Rivallan

Publié le

26 janv. 2026 à 20h12

C’est du « jamais vu », pour la procureure. C’est même « la première fois » que la présidente du tribunal de Rouen doit juger une telle affaire. Lundi 26 janvier 2026, Arthur*, 20 ans, était renvoyé pour des faits qualifiés « d’extrêmement graves ». Outre l’utilisation d’un téléphone portable en prison ou l’usage de stupéfiants, il était poursuivi pour un fait rare : le vol d’une page d’un procès-verbal d’interrogatoire et sa diffusion sur le réseau social Snapchat pour menacer un complice dans une autre affaire.

Il vole une page après son interrogatoire

Les faits remontent au 3 avril 2025. À l’issue d’un interrogatoire dans une affaire de vol en bande organisée et d’association de malfaiteurs, Arthur doit signer les 22 pages du procès-verbal récapitulant les auditions avant de retourner en détention provisoire. Profitant d’un moment d’inattention, il se saisit de la page 7 de ce rapport, la plie et la glisse dans sa poche.

Cette fameuse page, elle contient les déclarations de son complice dans l’affaire de vols en bande organisée. Un témoignage critique qui a été photographié et publié par la suite dans une story via son compte Snapchat. Sur cette dernière, on peut notamment lire : « Abdel* de Canteleu passe aux aveux. » Un message que la justice estime comme « une menace » tendant à influencer son complice « pour qu’il revienne sur son témoignage ».

Mais Arthur ne l’entend pas de cette oreille. Sur un ton agressif, parfois nonchalant, il assure ne pas avoir « compris que c’était un acte illégal ». Constamment sur la défensive et particulièrement véhément lors de l’audience, la présidente va aller jusqu’à le menacer de poursuites pour outrage.

Je ne connaissais pas encore le secret de l’instruction.

Arthur
Prévenu au tribunal de Rouen

Pourtant, la procureure va vite lui rappeler que son casier judiciaire comporte 7 condamnations et qu’il avait « l’habitude » d’être confronté au monde judiciaire et à ses règles : « Je ne peux pas imaginer que vous n’ayez pas compris un seul instant que le procès-verbal soumis à signature était quelque chose que vous n’aviez pas le droit de prendre. »

Il avouera seulement avoir pris cette page car il avait « une réputation de balance » en détention et voulait prouver sa bonne foi. Il dresse un récit dans lequel il aurait transmis la page 7 à d’autres protagonistes de l’affaire lors d’une promenade et qu’il l’aurait récupéré quelques jours plus tard.

Surpris en train de jeter un téléphone au sol

Concernant la story menaçante, il nie avoir pris en photo la page concernée ou encore d’être à l’origine de la publication sur son propre compte Snapchat. Il admet seulement avoir « fait une capture d’écran » de la story incriminée en la découvrant, « parce que ça allait me retomber dessus ».

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Là encore, les justifications du prévenu sont bancales. La procureure lui rappelle que ladite page a été retrouvée « dans son lit » lors d’une fouille menée après le signalement de la story par l’avocate de son complice. En plus de ça, il a été surpris par les agents pénitentiaires en train de jeter un téléphone au sol. Téléphone dans lequel les enquêteurs vont retrouver une photo de la page incriminée, utilisée pour concevoir la story Snapchat.

Face à des faits accablants et « gravissimes », la procureure requiert une condamnation de 10 mois de prison pour le vol de la page de procès-verbal, la menace avec la story Snapchat et la possession d’un téléphone pourtant interdit en prison. Elle demande toutefois de le relaxer pour un usage de cannabis retrouvé dans sa cellule au moment de la fouille car rien ne permet de déterminer si la résine lui appartenait. Il partage sa cellule avec deux codétenus.

Enfin, la procureure requiert 4 mois de prison supplémentaires dans une seconde affaire de recel de téléphone lors d’une nouvelle fouille à la maison d’arrêt de Rouen diligentée en décembre 2025. Elle réclame la plus grande fermeté à la vue des antécédents d’Arthur.

Un an de prison après un sermon de son avocate

Maître Surlemont, l’avocate d’Arthur, va être elle aussi particulièrement ferme avec son client. Sa plaidoirie prend des allures de sermon. Elle concède avoir hésité à défendre le prévenu car il a mis en jeu sa crédibilité et aurait pu « rompre le lien de confiance » qu’elle a établi avec les juridictions en volant cette page de procès-verbal.

Remontée contre Arthur, elle lui enjoint d’« arrêter de dire des bêtises » et espère qu’une condamnation « lui apprendra à grandir ».

J’ai rarement vu quelqu’un qui se comporte aussi mal à une audience.

Maître Mathilde Surlemont
Avocate du prévenu

Elle voit tout de même en lui « un côté attachant ». Celui d’un jeune adulte qui se comporte encore « comme un adolescent », qui a eu « un choc carcéral » et qui doit prendre conscience de ses actes.

Après en avoir délibéré, le tribunal condamne Arthur à un an de prison avec maintien en détention. Il est reconnu coupable de l’ensemble des faits, excepté l’usage de stupéfiants.

Cette peine est susceptible d’appel. Tout justiciable demeure présumé innocent tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.

*Les prénoms ont été modifiés.

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