Franck Boué a le nez fracturé et les contours des deux yeux noircis par des hématomes. Stéphane Torcq porte sur le côté du cou un pansement masquant le coup de cutter qui l’a blessé, à la fin de la journée du mardi 20 janvier.
« J’ai eu un coup de sang avec le cutter. Il est entré dans mon squat par effraction, en passant sous un mur comme un serpent. […] Il m’a frappé au visage », explique Franck. Le tort principal de ce SDF de 43 ans originaire du Gers est, peut-être, d’avoir recueilli dans son abri, près du pont neuf franchissant l’Adour, son ancienne compagne, désormais en relation avec Stéphane.
« La maladie du boxeur »
« On s’était disputé. Je me doutais qu’elle serait chez lui. Il l’achète avec de l’alcool », raconte ce Landais de 40 ans. À la rue depuis octobre 2025, l’ancien plaquiste, qui dit avoir « la maladie du boxeur », a vu rouge en voyant cette femme allongée avec son ex sur un sommier. Interrogés longuement, confrontés à leurs dépositions faites depuis le dépôt de plainte de Stéphane Torcq, mercredi dernier, et l’arrestation de Franck Boué, le lendemain, les deux prévenus n’ont pas forcément les mêmes souvenirs de leur altercation, qui a eu lieu dans un état d’alcoolisation aussi massif qu’habituel.
« Cela m’a semblé durer une éternité. Mais c’est arrivé tellement vite que je ne sais plus trop ce qu’il s’est passé »
« Cela m’a semblé durer une éternité. Mais c’est arrivé tellement vite que je ne sais plus trop ce qu’il s’est passé », souffle Franck. La femme à l’origine de leur différend ne s’est pas présentée à l’audience. Son témoignage devant les policiers dacquois, rapporté par la juge, semble malgré tout indiquer que Stéphane a été « frappé en traître, par-derrière », après que ce dernier a « balancé une chaise », porté des coups au visage et tenté d’étrangler son rival.
Légitime défense ?
« C’est une histoire de jalousie », résume le procureur de la République de Dax, Benoît Fontaine, qui y voit un dossier « de violences réciproques ». Sans avoir la possibilité de donner un déroulé précis de celles-ci, il réfute que l’un ou l’autre des mis en cause bénéficie de la clémence du tribunal au titre de la légitime défense. « La réponse doit être simultanée et proportionnée. Ce n’est pas le cas, tant d’un côté que de l’autre. »
Il requiert quatre ans de prison pour Franck, en état de récidive. Le cutter employé comme les 18 mentions à son casier judiciaire ne plaident guère en sa faveur. Les réquisitions sont de dix-huit mois, dont six mois d’un sursis probatoire pour Stéphane. Les plaidoiries de Me Marie Laplace-Rougé et Me Marc-Olivier Chort pointent chacune des circonstances atténuantes censées favoriser le sort des prévenus qu’ils défendent.