Un an après le lancement officiel de ses actions, le cluster autour de l’intelligence artificielle dans le Grand Est, Enact, a franchi une première étape structurante. Réunis le 12 décembre à Nancy à l’occasion de la première journée annuelle du cluster, près de 150 acteurs de l’écosystème ont dressé un état des lieux des réalisations engagées et des chantiers ouverts. L’événement s’est tenu dans les locaux du Centre Inria de l’université de Lorraine, établissement porteur du projet.

Lauréat de l’appel à manifestation d’intérêt « IA Cluster » dans le cadre de France 2030, Enact fédère deux universités (Lorraine et Strasbourg), plusieurs organismes de recherche, des établissements hospitaliers, des collectivités et des entreprises du Grand Est. Doté d’un budget global de près de 67 millions d’euros sur cinq ans, dont 30 millions apportés par l’État, le cluster vise à structurer la recherche, l’innovation et la formation en intelligence artificielle à l’échelle régionale.

Neuf chaires internes

Sur le volet scientifique, les premières réalisations sont déjà tangibles. « On a mis en place neuf chaires internes », détaille Jean-Baptiste Mouret, coordinateur scientifique par intérim du cluster depuis juillet 2025 [une nouvelle nomination doit intervenir dans les prochains jours]. Ces chaires, portées par des enseignants-chercheurs et chercheurs des établissements partenaires, sont financées autour de projets ciblés en intelligence artificielle, avec notamment des moyens pour des thèses et des postdoctorats.

« Pour l’instant on a une espèce de machine un peu magique où on dit des choses et il en sort d’autres, mais sans réelle vérification. »

Jean-Baptiste Mouret, coordinateur scientifique par intérim du cluster Enact.

Au total, 17 doctorants ont également été recrutés dans le cadre d’un premier appel, avec des thèses lancées à la rentrée universitaire. Les travaux s’inscrivent dans les grands axes du cluster : l’IA générative multimodale, l’IA pour l’ingénierie et la découverte scientifique, la santé numérique, ainsi qu’un axe transversal consacré aux enjeux éthiques et aux sciences humaines. « Il y a aussi un comité lié à l’éthique qui est mis en place dans le cadre du projet. » Un comité qui n’a pas vocation à autoriser ou interdire des recherches, mais à « émettre des recommandations » et à inscrire ces questions dans les pratiques scientifiques.

Exosquelette

À Nancy, plusieurs projets illustrent déjà ces orientations. L’un d’eux concerne la robotique. « L’idée est de pouvoir faire des robots auxquels on soit capable de parler comme on le fait naturellement avec un humain, d’avoir des échanges plus interactifs. » L’objectif est de relier le langage naturel aux actions physiques du robot, dans des interactions plus souples et plus sûres, en opposition au langage utilisé en programmation. Une application qui pourrait notamment s’appliquer pour l’utilisation d’exosquelette pour la réalisation de certaines tâches, entre autres.

Autre chantier, l’amélioration des grands modèles de langage. « Nous avons tous déjà testé différentes IA génératives, comme ChatGPT. L’idée est d’apporter des garanties sur ce qu’elles racontent. Pour l’instant, on a une espèce de machine un peu magique où on dit des choses et il en sort d’autres, mais sans réelle vérification », explique Jean-Baptiste Mouret, évoquant des travaux visant à rendre ces outils plus fiables et cohérents avec des bases de connaissances établies.

Dans le domaine de la santé, un autre projet porte sur l’aide au tri aux urgences et dans les appels médicaux. Il s’agit d’exploiter à la fois les mots, la voix et le contexte pour mieux évaluer le degré d’urgence, tout en intégrant des contraintes fortes de protection des données personnelles.

Changer d’échelle

Au-delà de la recherche, Enact a également intégré le réseau AI Factory France et obtenu un soutien financier du fonds européen Feder. Des leviers destinés notamment à renforcer l’accès à la puissance de calcul, enjeu central pour les travaux en intelligence artificielle.

Pour 2026, plusieurs priorités sont affichées, avec notamment le recrutement de neuf chaires externes, le lancement de nouveaux appels à candidatures pour des doctorants, la constitution d’un pool d’ingénieurs en IA et le développement de l’offre de formation. « Le but est de former à la fois en formation initiale et continue », avec l’ambition affichée de structurer des parcours adaptés aux besoins académiques et économiques du territoire. Enact pose ainsi les premières briques d’un écosystème régional qui cherche désormais à changer d’échelle.