Par

Rédaction Actu

Publié le

26 janv. 2026 à 21h16

Depuis le début de l’année 2026, plusieurs cas d’infections au virus Nipah ont été signalés en Inde chez des soignants, sans que l’origine exacte de leur contamination soit encore connue. On parle, pour ce virus, d’une zoonose, c’est-à-dire que ce sont des animaux qui le transmettent principalement à l’humain, dans un premier temps.
S’il n’est pas inconnu des scientifiques, qui ont observé « quelques flambées en Asie » à partir de 1999, selon l’OMS, le virus Nipah peut être inquiétant dans la mesure où « il s’agit d’un virus très agressif, parmi les plus redoutables que l’on connaisse », comme le résume à actu.fr Antoine Flahault, épidémiologiste et professeur à l’université Paris Cité – Inserm.

Symptômes variés

Les personnes infectées peuvent être tout à fait asymptomatiques. La maladie n’en demeure pas moins dangereuse, puisqu’elle peut entraîner une infection respiratoire aiguë voire une encéphalite mortelle (soit, une inflammation du cerveau).

Les sujets infectés (et symptomatiques) sont d’abord victimes de fièvre, de céphalées, de myalgies (comprendre, des douleurs musculaires), de vomissements et de maux de gorge. Peuvent ensuite apparaître « des vertiges, de la somnolence, une altération de l’état de conscience et des signes neurologiques évocateurs d’une encéphalite aiguë », détaille l’OMS.

Certains sujets peuvent aussi présenter une pneumonie atypique et des problèmes respiratoires sévères, y compris une insuffisance respiratoire aiguë. Dans les cas graves, on observe une encéphalite et des convulsions, qui évoluent vers le coma en 24 à 48 heures. La plupart des patients qui survivent à l’encéphalite aiguë guérissent complètement, mais des affections neurologiques à long terme ont été signalées parmi les survivants. Environ 20% des patients gardent des séquelles neurologiques, comme des troubles convulsifs et des altérations de la personnalité. 

Organisation mondiale de la santé (OMS)

La période d’incubation, qui correspond au temps écoulé entre l’infection et l’apparition des symptômes, varie quant à elle de quatre à 14 jours. « Cependant, des périodes d’incubation plus longues, pouvant atteindre 45 jours, ont aussi été observées », note encore l’OMS.

Jusqu’à 75 % de taux de létalité

Si le virus Nipah inquiète tout particulièrement les autorités sanitaires, c’est en raison du danger que représente cette maladie. L’OMS estime ainsi que le taux de létalité se situe « entre 40 et 75 % ».

Votre région, votre actu !

Recevez chaque jour les infos qui comptent pour vous.

S’incrire

Ceci étant dit, « la mortalité très élevée s’explique en partie par la faiblesse des infrastructures sanitaires recevant les patients infectés, le plus souvent dans des villages reculés de Malaisie, d’Inde ou du Bangladesh », nuance auprès d’actu.fr Antoine Flahault. Ce qui ne veut pas non plus dire qu’en France, le risque est nul : même avec une prise en charge optimale, la maladie reste très dangereuse.

Même sans la sous-estimer, il faut aussi garder en tête que cette maladie se transmet par sécrétions, bien plus difficilement qu’avec le Covid-19 par exemple. Au-delà de ça, la comparaison avec le SARS-CoV-2 s’arrête là.

« Il pourrait muter comme le Covid-19 »

Le Pr Flahault se veut toutefois rassurant : « jusqu’à présent, les épidémies dues au virus Nipah, découvert en 1999, sont restées très limitées tant en taille qu’en nombre, essentiellement en Asie ». Et le taux de reproduction (R0) du virus « est toujours resté inférieur à la valeur 1, c’est-à-dire sans risque épidémique ni donc pandémique ».

Mais ne veut pas laisser de place au doute : « le virus Nipah est un virus à ARN, c’est-à-dire qu’il pourrait muter comme le Covid-19 et être la cause de plus importantes épidémies voire d’une future pandémie ». C’est vraiment ce risque d’évolution qui provoque des inquiétudes dans la communauté scientifique.

Nous devons garder en mémoire l’émergence du Covid-19, dû à un virus très transmissible quelques années après l’épisode du SRAS et du MERS, ces deux dernières maladies dues aussi à des coronavirus – moins aisément transmissibles – hébergés par des chauve-souris.

Antoine Flahault
Épidémiologiste et professeur à l’université Paris Cité – Inserm

C’est un scénario qu’il est difficile de prédire « mais qui n’a rien d’impossible », poursuit l’épidémiologiste, pour qui « l’anticiper et mieux s’y préparer aujourd’hui sont les meilleures décisions que l’on pourrait prendre à son sujet ».

Pas de vaccin pour le moment

Notons au passage que, pour le moment, aucun vaccin efficace n’existe. « L’un des candidats semble prometteur », commente Antoine Flahault.

Le Serum Institute of India (le plus gros producteur mondial de vaccins) pourrait assez rapidement constituer des stocks de vaccins si les essais s’avéraient concluants et qu’un vaccin contre le virus Nipah pouvait être homologué prochainement.

Antoine Flahault
Épidémiologiste et professeur à l’université Paris Cité – Inserm

En février 2024, l’OMS estimait le risque au niveau mondial « faible », en raison de l’absence de cas confirmés en dehors du Bangladesh, de l’Inde, de la Malaisie et de Singapour. « Les flambées d’infection à virus Nipah sont saisonnières au Bangladesh, des cas survenant généralement chaque année entre décembre et avril, pendant la période où la sève de palmier dattier est récoltée et consommée », ajoute-t-on sur le site internet. 

S’il n’y a pas lieu de s’inquiéter du virus, comme l’explique l’épidémiologiste, il faut tout de même rester vigilants et « anticiper ce risque ».

Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.