Manifestation en soutien aux revendications des prisonniers pro-palestiniens en grève de la faim dans les prisons britanniques (Lisbonne 29/12/2025). © Credit: Lua Eva Blue / Wikimedia Common Agrandir l’image : Illustration 1

Ils s’appellent Heba Muraisi (agée de 31 ans), Kamran Ahmed (28 ans), Lewie Chiaramello (22 ans), Teuta “T” Hoxha (29 ans), Qesser Zuhrah (20 ans), Amy Gardiner‑Gibson (30 ans), Jon Cink (25 ans) et Umer Khalid (22 ans). Ces huit militants de Palestine Action avaient entamé le 2 novembre 2025 une grève de la faim, qui s’est terminée pour les derniers le 14 janvier (Khalid l’a reprise depuis).

Leur action, entamée symboliquement à la date anniversaire de la Déclaration Balfour (lettre de 1917 dans laquelle le Royaume-Uni se déclare en faveur de l’établissement en Palestine d’un ‘foyer national pour le peuple juif’), visait principalement à protester contre les conditions de leur détention et à dénoncer la complicité du Royaume-Uni dans le conflit à Gaza.

Des inculpations pour actions ciblant des organisations jugées complices de génocide à Gaza

Ces militants sont détenus pour leur implication dans plusieurs actions directes contre Elbit Systems et la Royal Air Force (RAF). La plus spectaculaire remonte à la nuit du 6 août 2024, lorsque des activistes de Palestine Action ont attaqué le site d’Elbit Systems à Filton, près de Bristol. Arrivés en fourgon, ils ont détruit des drones quadricoptères et du matériel informatique, endommagé la signalétique et diverses installations, et utilisé fumigènes, feux d’artifice et fusées éclairantes. Les dommages ont été estimés à plus d’un million de livres sterling.

Elbit Systems, entreprise d’armement israélienne, est un acteur central de l’appareil militaire israélien, produisant notamment environ 85 % des drones utilisés par l’armée. Ses systèmes (drones, munitions, capteurs, mur « intelligent » autour de Gaza) sont directement utilisés dans les opérations contre la population de Gaza, ce qui en fait un acteur clé dans l’organisation de cette guerre génocidaire. Des rapports d’ONG et de médias attribuent à des drones Elbit les frappes qui ont tué des civils, dont les quatre enfants sur la plage de Gaza en 2014, et plus récemment l’attaque contre un convoi d’aide de World Central Kitchen près de Deir al‑Balah en 2024. Et cette société est également un fournisseur important des forces armées britanniques, avec plusieurs contrats significatifs, entre autres pour la Royal Navy en 2021, une participation au programme des Five Eyes, des drones, …etc.

Presque un an plus tard, le 20 juin 2025, deux activistes de Palestine Action ont pénétré sur une base de la RAF… en trottinette. Ils aspergent d’aérosols de peinture rouge deux avions utilisés pour des vols de surveillance au-dessus de Gaza. Les estimations des dégâts ont beaucoup varié : 30 millions de livres dans les premières heures, puis 7 millions selon une entreprise privée liée à la RAF, et plus récemment 1,7 million selon ITV. Six mois après l’incident, le ministère de la défense refuse toujours de communiquer un chiffrage officiel.

Image du réacteur d’un avion aspergé de peinture rouge par les activites de Palestine Action © Credit : extrait d’une video SkyTV. Agrandir l’image : Illustration 2 Une répression sans précédent et des arrestations massives pour de simples pancartes

Plutôt que de les poursuivre pour dommages matériels, comme cela se fait habituellement, le gouvernement britannique a choisi d’appliquer la législation antiterroriste pour proscrire Palestine Action trois jours plus tard (23 juin), plaçant le mouvement sur la même liste que des organisations telles qu’Al-Qaïda ou l’État islamique.

À partir de cette décision, toute mention positive de Palestine Action sur le sol britannique — hormis dans un cadre explicitement critique — expose désormais à une inculpation pour soutien à une organisation terroriste, passible de 14 ans de prison. Dans les faits, lorsqu’il s’agit de port de pancartes ou de slogans, les peines encourues sont généralement de l’ordre de six mois au casier (ce qui toutefois bloque de nombreux emplois) et d’amendes illimitées, mais l’inscription dans le cadre du Terrorism Act marque une rupture majeure pour des actions sans violence physique, limitées à des dégradations matérielles symboliques.

Cette nouvelle ligne répressive s’est immédiatement traduite dans la rue. Le 9 août, entre 500 et 600 personnes se sont rassemblées devant le Parlement britannique, brandissant des affiches proclamant : « I oppose genocide. I support Palestine Action » (Je m’oppose au génocide. Je soutiens Palestine Action.). La grande majorité des participants a été arrêtée pour avoir simplement tenu une pancarte, scandé un slogan ou exprimé publiquement leur soutien au mouvement. Au total 522 personnes ont été arrêtées, dont la quasi-totalité pour ces faits, et accusées de soutien à une organisation terroriste interdite

Un mois plus tard, la mobilisation prend une ampleur encore plus importante. Environ 1 500 personnes manifestent, entraînant cette fois-ci 890 arrestations. La direction de la police métropolitaine de Londres dénonce alors des actions coordonnées visant, selon elle, à « empêcher les forces de l’ordre de faire leur devoir ». On parle ici de s’asseoir au sol et de refuser d’obtempérer.

Mass arrests at Palestine Action protest: ‘I’m 73 and never hurt a fly’ © The Guardian

Le nombre total de personnes arrêtées depuis la proscription de Palestine Action reste flou mais le chiffre de 2 000 à 3 000 arrestations au total est généralement avancé (Amnesty International cite 2700 et le site Truthout parle de plus de 2000 personnes).

Des prisonniers politiques, à l’instar de ceux de l’IRA en 1981

Tout parait anormal et disproportionné dans ce dossier : Certains militants de Palestine Action sont incarcérés depuis 17 mois, alors qu’ils ne sont poursuivis que pour des faits de dégradations matérielles. Le premier des trois procès liés aux actions contre Elbit Systems n’a débuté qu’à la fin de l’année 2025. Le deuxième est programmé pour avril 2026 et le troisième pas avant juin 2026. Quant à l’affaire concernant la base de la RAF, l’ouverture d’un procès n’est pas attendue avant 2027.

Certains prévenus pourraient ainsi passer plus de deux ans en détention provisoire avant même que leur culpabilité ne soit examinée. Or selon la loi britannique, la durée maximale de détention provisoire pour ce type de délit est de 182 jours. Pour des primo-délinquants poursuivis pour des dommages matériels, même élevés — de l’ordre du million de livres — et sans mise en danger de vies humaines, les peines prononcées sont habituellement avec sursis ou de quelques mois d’emprisonnement.

Mais alors que les militants ont initialement été inculpés pour cambriolage aggravé et dégradations criminelles, les procureurs indiquent désormais leur intention de plaider un « lien avec le terrorisme », aidés par la décision du gouvernement en juillet dernier (postérieure aux faits) de classer Palestine Action comme groupe terroriste. Depuis cet été, les conséquences sont déjà palpables en détention : les militants sont régulièrement qualifiés de « terroristes » par le personnel pénitentiaire, et leurs conditions se sont brutalement durcies : restrictions des visites et communications, confinements prolongés, refus d’emplois en prison, et harcèlement des gardiens.

C’est dans ce contexte que les groupes désormais connus sous les noms de « Filton 24 » — en référence au site d’Elbit Systems — et des « Brize Norton 5 » — pour la base de la RAF — sont devenus, pour de nombreux soutiens, les premiers prisonniers politiques britanniques issus du mouvement de solidarité avec la Palestine.

Leur grève de la faim, la plus longue au Royaume-Uni depuis celle des prisonniers de l’IRA en 1981, visait plusieurs objectifs : libération sous caution, fin de la censure carcérale, levée de l’interdiction frappant Palestine Action et la fermeture d’Elbit Systems au Royaume-Uni.

Heba Muraisi, hospitalisée en état critique après 73 jours sans nourriture, a égalé le record de survie de Kieran Doherty — l’Irlandais mort après le plus long jeûne parmi les dix prisonniers de 1981 (Bobby Sands, premier décès, après 66 jours ; Martin Hurson après 46). Les trois derniers grévistes, Heba, Kamran Ahmed (66ᵉ jour) et Lewie Chiaramello (46ᵉ jour) ont interrompu leur jeûne mi-janvier, à la suite de l’annonce par le ministère de la Défense de ne pas renouveler un contrat majeur d’Elbit Systems (2 milliards de livres sterling pour la formation de 60 000 soldats britanniques par an). Umer Khalid a repris la grève le 10 janvier et menace d’une grève de la soif. Tous demeurent sous surveillance médicale étroite, conformément à la Déclaration de Malte (interdiction de l’alimentation forcée, contrairement aux pratiques en cours aux États-Unis)

Le silence médiatique

Plusieurs analyses publiées en décembre 2025 ont mis en lumière le faible traitement médiatique de la grève de la faim menée par des militants de Palestine Action, en dépit de la gravité de leur état de santé et de la mobilisation de responsables politiques.

Dans un article paru le 10 décembre 2025, Novara Media relevait que la BBC et la majorité des grands titres britanniques étaient restés silencieux pendant des semaines, alors que plusieurs grévistes avaient déjà été hospitalisés et que des députés, dont Jeremy Corbyn et Zarah Sultana, s’étaient rendus à leur chevet. Cette absence de couverture intervenait alors que la grève avait pourtant été annoncée publiquement dès le 20 octobre 2025.

Ce silence tranche particulièrement avec le traitement accordé à d’autres grèves de la faim, contemporaines ou historiques, souvent jugées médiatiquement légitimes. À la même période, la BBC consacre trois articles  et un vidéo à la grève de la faim d’un couple de Britanniques détenus en Iran, tandis que des cas similaires faisaient l’objet de reportages en Italie et en Tunisie. Historiquement, les grèves de la faim des Suffragettes en 1909 ou des membres de l’IRA en 1980 et 1981 avaient, elles, suscité une couverture médiatique soutenue et un débat public intense au Royaume-Uni.

À l’inverse, la grève menée par des militants de Palestine Action n’a bénéficié que d’une visibilité marginale. Certes quelques titres spécialisés ou tournés vers les questions internationales et moyen-orientales — Middle East Eye, Democracy Now!, Al Jazeera ou Al-Estiklal — ont bien publié des articles sur le sujet, mais, dans l’ensemble, la couverture est restée tardive, sporadique et souvent cantonnée à de simples brèves.

Cette marginalisation est confirmée par une analyse publiée le 19 décembre par Bart Cammaerts, professeur à la London School of Economics. S’appuyant sur une étude quantitative couvrant la période du 20 octobre au 10 décembre, il montre que les principaux quotidiens britanniques n’ont mentionné le mouvement qu’à douze reprises sur l’ensemble de cette période. Aucune couverture n’a été relevée dans les tabloïds, à l’exception du Daily Express, ni dans le Financial Times.

Dans ce paysage médiatique largement silencieux, The Guardian fait figure d’exception relative. S’il n’a pas couvert la grève de manière continue dès ses débuts, il demeure le grand média britannique ayant accordé le plus d’attention au mouvement (4 mentions sur la période). Le journal a notamment publié un éditorial le 19 décembre 2025, appelant explicitement à la libération sous caution des grévistes, avant que la couverture ne s’intensifie plus largement à partir de la mi-décembre. La BBC a, finalement, publié plusieurs articles les 10, 17 et 24 décembre, puis à nouveau mi-janvier, marquant une inflexion tardive dans son traitement du sujet.

Pour Bart Cammaerts, cette asymétrie de traitement ne relève ni du hasard ni d’un simple retard journalistique. Elle témoigne d’un choix éditorial structurant, révélateur de la manière dont le système médiatique britannique hiérarchise les grèves de la faim et, plus largement, les vies jugées dignes d’attention, en reléguant celles des militants palestiniens et de leurs soutiens aux marges de l’espace public.

Déni et minimisation du gouvernement

Si la grève de la faim des militants de Palestine Action n’a obtenu qu’une couverture tardive et fragmentée, le gouvernement a lui aussi largement ignoré le sujet. Dans une vidéo devenue virale on peut voir David Lammy, le ministre de la Justice, se faire interpeller par la sœur d’un gréviste et lui répondre qu’il « ne savait rien » de la grève. Or un courrier lui avait été envoyé en amont par les familles et plusieurs députés, dont Zarah Sultana et John McDonnell (tous deux figures de l’aile gauche et mis à l’écart du Labour par Starmer), affirment lui avoir également écrit à ce sujet. Si un porte‑parole du ministère de la Justice explique que le courrier aurait été « délégué à un ministre approprié », selon la procédure habituelle, il n’a pas précisé si les courriers spécifiques des députés avaient eux aussi été détournés, ce qui alimente l’accusation d’un mensonge politique destiné à couvrir l’inaction.

Le Premier ministre Keir Starmer n’a quant à lui rien déclaré publiquement, hormis une réponse sibylline lors d’une interpellation parlementaire en décembre, affirmant que « les règles et procédures » étaient suivies en ce qui concerne la gestion de la grève.

Début janvier, le ministère de la Justice et le ministre des Prisons, James Timpson, ont explicitement indiqué qu’ils ne rencontreraient ni les grévistes ni leurs représentants. Ils ont invoqué les « procédures normales » encadrant les refus de s’alimenter en détention, tout en soulignant que « les prisonniers font face à de graves accusations, et qu’aucun gouvernement ne pourrait accepter leurs demandes ». Timpson a par ailleurs minimisé l’ampleur du mouvement, rappelant qu’il y aurait « plus de 200 incidents de grève de la faim par an » dans les prisons anglaises et 9 morts depuis 1999 (pour comparaison, on parle de plusieurs dizaines en France mais il n’y a en fait aucune transparence, le ministère de la Justice ne publiant pas de chiffres) .

Bien qu’aucun décès ne soit à ce stade à déplorer (à l’heure où j’écris ces lignes), le parallèle avec la grève de la faim des prisonniers de l’IRA en 1981 s’impose dans le débat public. L’épreuve de force entre le gouvernement de Margaret Thatcher, demeuré inflexible, et les grévistes avait profondément marqué les esprits. Plusieurs d’entre eux furent élus alors qu’ils étaient en grève : Bobby Sands devint député au Parlement britannique, tandis que Kieran Doherty et Paddy Agnew furent élus lors des élections générales irlandaises de 1981. Sands et Doherty figurent parmi les dix prisonniers morts en détention à l’issue de cette grève. On se souviendra des mots de Thatcher, qui jusqu’au bout n’aura exprimé aucune compassion à l’égard des grévistes :

« Je ne peux pas intervenir dans une grève de la faim ; nous ne pratiquons pas l’alimentation forcée. Si ces personnes poursuivent leur grève de la faim, cela n’aura absolument aucun effet. Cela ne fera que leur coûter la vie, ce que je regretterai profondément, car je pense que c’est une chose ridicule à faire, une manière ridicule de tenter d’obtenir quelque chose. »

Dans les deux cas, le gouvernement refuse de reconnaître un statut politique aux prisonniers, adopte un discours de criminalisation insistant sur la gravité des faits reprochés et rejette tout dialogue avec les grévistes. Mais une différence majeure distingue les deux périodes. En 1981, dans un contexte de conflit insurrectionnel en Irlande du Nord, marqué par des centaines de morts chaque année et une couverture médiatique internationale, Margaret Thatcher assumait publiquement sa ligne politique à travers discours, interviews et déclarations au Parlement. À l’inverse, Keir Starmer et David Lammy semblent privilégier l’évitement : laisser la routine pénitentiaire gérer la situation, minimiser la portée symbolique du conflit et, au moins dans un premier temps, aller jusqu’à nier en avoir connaissance.

La Palestine comme ligne rouge du Labour, avec calcul électoral à la clef

Ce traitement exceptionnel ne peut toutefois être compris indépendamment de l’orientation politique de ceux qui l’ont décidé. La répression judiciaire de Palestine Action s’inscrit dans une ligne plus large portée par la direction travailliste sous Keir Starmer, dans laquelle le soutien à Israël et l’hostilité aux campagnes de boycott constituent désormais des marqueurs idéologiques assumés.

Depuis l’arrivée de Keir Starmer à la tête du Labour, la ligne du parti au sommet de son appareil s’est nettement redéfinie sur la question israélo-palestinienne. Là où la direction de Jeremy Corbyn se montrait plus attentive aux revendications palestiniennes, le leadership actuel assume une position beaucoup plus alignée sur Israël. Keir Starmer, de son côté, n’a jamais caché son attachement personnel et politique à Israël. S’il se déclare lui-même athée, sa femme est juive et leurs deux enfants sont élevés dans la foi judaïque (ils sont membres de la synagogue libérale St John’s Wood).

Cette ligne est également portée par son principal stratège, Morgan McSweeney. Financé en grande partie par le millionnaire pro-israélien Sir Trevor Chinn, McSweeney a évoqué par le passé un séjour de plusieurs mois dans un kibboutz en Israël, une expérience souvent présentée par son entourage comme structurante dans sa vision politique. Depuis 2015, il a été à la manœuvre dans l’orchestration d’une reprise en main du Labour et dans une purge méthodique de l’aile gauche du parti, menée au nom d’une lutte contre l’antisémitisme que nombre d’observateurs jugent largement instrumentalisée.

Steve Reed s’inscrit pleinement dans cette même direction. Loin d’être un acteur secondaire, l’actuel ministre des Collectivités locales appartient au premier cercle de la direction travailliste. Dans le livre Get in, les journalistes du Times Patrick Maguire et Gabriel Pogrund expliquent que c’est Reed qui souffle à Keir Starmer le nom de Morgan McSweeney, futur architecte de la prise de contrôle du parti par l’actuel Premier ministre.

Cette convergence idéologique se traduit aujourd’hui très concrètement sur le terrain des politiques locales. À l’approche des élections municipales de printemps, Steve Reed a relancé la polémique autour des municipalités envisageant de boycotter Israël dans leurs marchés publics. Plusieurs exécutifs locaux — presque tous travaillistes — comme Newcastle, Oxford, Bristol ou Islington (un arrondissement de Londres), ont exprimé leur volonté de ne plus contractualiser avec des entreprises jugées complices des crimes de guerre israéliens, qu’il s’agisse de fournisseurs d’armes à Israël ou de sociétés tirant profit des activités de colonisation en Cisjordanie. Reed a brandi la menace de poursuites judiciaires contre ces autorités locales, ravivant ainsi la bataille entre le gouvernement central et le mouvement BDS. Une bataille d’autant plus significative que la justice britannique avait déjà écarté, en 2016, les accusations d’antisémitisme portées contre les campagnes de boycott.

Ce durcissement sur la question palestinienne s’inscrit plus largement dans un virage autoritaire et sécuritaire du Labour de Keir Starmer, qui s’accélère depuis plusieurs mois. Dernier épisode en date (digne du Gorafi !) le gouvernement a choisi de s’inspirer de méthodes trumpistes en diffusant des vidéos d’expulsions de migrants. Un compte TikTok dédié, baptisé Secure Borders UK, a ainsi été lancé. « Presque 50 000 migrants expulsés du pays depuis juillet 2024 », annonce l’une des vidéos, avant de conclure : « et ça ne fait que commencer ».

À quelques mois d’élections locales que les sondages annoncent catastrophiques pour le Labour, le parti semble avoir fait le choix d’ancrer une rhétorique sécuritaire et droitière dans son discours, dans l’espoir de retenir les électeurs tentés par Reform UK. Le calcul est risqué : il repose sur l’hypothèse que l’électorat de gauche restera captif, alors même que les Verts apparaissent désormais comme une alternative crédible.

La nervosité est palpable dans les rangs du parti. Reed, encore lui, a donné la possibilité à plus de la moitié des conseils municipaux (63 municipalités sur les 136 renouvelées en mai prochain sont concernées) de reporter leur scrutin, officiellement pour des raisons de redécoupage administratif. En réalité, vingt-deux des vingt-huit demandes proviennent de bastions travaillistes, soucieux de repousser l’échéance électorale.

Tandis que des militants de Palestine Action poursuivent leur combat dans un silence politique assourdissant, l’appareil travailliste semble prêt à sacrifier ses derniers restes de cohérence idéologique pour séduire la droite la plus dure. Une stratégie qui, à en juger par les sondages, paraît vouée à l’échec. Mais comme les Shadoks nous l’ont appris : « plus ça rate, plus on a de chances que ça marche ». Le Labour, visiblement, a décidé de tester la théorie jusqu’au bout.

Pour aller plus loin, je vous conseille encore une fois (très fortement puisque j’en suis l’auteur !) de vous plonger dans : L’effet Starmer : comment les travaillistes sont devenus un parti de droite, aux éditions Le Bord de l’Eau.
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L’Effet Starmer © Le Bord de l’Eau éditions