l’essentiel
Les agriculteurs de la Coordination rurale et d’une intersyndicale départementale ont joué au chat et à la souris avec les forces de l’ordre, mardi 27 janvier, sur les allées Jean Jaurès à Toulouse où une manifestation était prévue. Des échauffourées avec les CRS et des refus d’obtempérer ont occasionné six interpellations.
Coiffés du bonnet jaune de la Coordination rurale (CR), ils étaient venus pour redire leur incompréhension du stand-by du protocole sur la gestion de la DNC (dermatose nodulaire contagieuse), demander la suppression de la taxe engrais, dire non au marché de libre-échange entre l’Union européenne et l’Amérique du Sud (Mercosur), évoquer le stockage de l’eau, mais ces revendications légitimes n’ont pas brillé, mardi 27 janvier, lors d’une manifestation qui a tourné au vinaigre.
Dès le début de la matinée, un jeu du chat et de la souris s’est engagé entre les agriculteurs en colère qui devaient se rassembler sur les allées Jean Jaurès à Toulouse et les forces de l’ordre. Certes, le parcours – de Jean Jaurès à la cité administrative de Jolimont – n’a pas été du goût des manifestants, dont la marche était autorisée par la préfecture de la Haute-Garonne au profit de la Coordination rurale et d’une intersyndicale départementale (Jeunes agriculteurs, CR 31, Confédération paysanne et FDSEA).
« On ne va pas à la cité administrative »
Mais au bout d’une heure d’une mobilisation qui ne comptait que quelques dizaines de bonnets jaunes (Coordination rurale), aucun agriculteur n’avait « envie d’aller jusqu’à la cité administrative, c’est pour nous éloigner du centre-ville », confiait l’un d’eux. Peu à peu, les rangs de manifestants ont grossi pour atteindre 130 personnes en fin de matinée, selon les chiffres de la préfecture, avant que cela ne dégénère devant et derrière le bâtiment de l’ancien cinéma UGC, place François Mitterrand.
Des cris, une bousculade musclée, échanges de coups, invectives, un manifestant plaqué au sol, un policier également à terre, une interpellation. Dans la mêlée, Sébastien Durand, président de la CR de l’Ariège qui confiait, peu de temps avant, « ça suffit, les dossiers n’avancent pas, que des paroles ». Résultat, tirs de grenades lacrymogènes et de désencerclement de la part de la police face à des badauds médusés cherchant à se mettre à l’abri.
Quatre interpellations dès le matin
Quatre autres interpellations et gardes à vue ont lieu dès potron minet, du fait notamment de la tentative d’intrusion sur les allées Jean Jaurès de tracteurs bravant les interdictions. La préfecture a noté une trentaine d’engins convergeant vers Toulouse, certains ayant été bloqués à Colomiers où une quarantaine d’agriculteurs.
Les tracteurs et engins agricoles interdits
« Au regard des engagements pris par les organisateurs, ces manifestations n’ont pas été interdites, étant précisé cependant que la circulation des tracteurs ou engins agricoles et des poids lourds transportant des tracteurs et engins agricoles, hors motif légitime lié à des travaux agricoles et à la desserte locale, est interdite du lundi 26 au jeudi 29 janvier, a précisé le préfet de région Pierre-André Durand. Cette interdiction est la conséquence des actions constatées ces dernières semaines en Haute-Garonne et dans les départements voisins, ayant donné lieu à des dépôts de déchets, dégradations de biens publics, blocages, entraves et troubles à l’ordre public ».
« Des contacts directs avec les forces de l’ordre »
Une délégation devait être reçue par le préfet, par ailleurs dénoncée par l’intersyndicale qui n’a pas été invitée à la table des négociations. Les bonnets jaunes n’ont rien lâché. Dans l’après-midi, une poignée d’irréductibles a tenté de braver à nouveau les interdictions dans le quartier Jean Jaurès quadrillé par les forces de l’ordre disposant de plus d’une dizaine de véhicules dont un canon à eau, qui avait pris position dès midi près de la station de métro.
130 manifestants sur les allées Jean Jaurès et autant de policiers
La préfecture fait le bilan : « Des tentatives de sortie du parcours déclaré, intrusions en centre-ville et contacts directs avec les forces de l’ordre, malgré plusieurs sommations, ont été constatés, nécessitant l’usage de la force à l’encontre de quelques manifestants véhéments. On notait au premier rang des manifestants, allant au contact direct des forces de l’ordre, certains organisateurs de la manifestation. Au total, la participation au mouvement s’établit à 130 personnes sur les allées Jean Jaurès et 40 personnes au niveau de la sortie 5 de Colomiers, ces derniers ayant désormais quitté les lieux, pour rentrer dans leurs départements ».