Restauratrice de tableaux installée en Touraine, Osanne Darantière, 34 ans, redonne vie à des tableaux avec patience et humilité depuis près de quinze ans. Une exigence professionnelle nourrie par une foi qui a pris une dimension particulière lors d’une mission bénévole en Irak.

Dans son atelier installé à domicile, en Touraine, Osanne Darantière redonne patiemment vie à des œuvres fragilisées par les années. Restauratrice de tableaux depuis près de quinze ans, cette artisan d’art de 34 ans a fait du temps et de la précision les piliers de son métier. Après dix années passées à Paris, où elle partageait un atelier avec d’autres restaurateurs, Osanne a choisi de s’éloigner de la capitale. « C’est stimulant de confronter son avis avec d’autres professionnels, mais aujourd’hui j’apprécie aussi de travailler seule, chez moi », confie-t-elle. 

Rien ne prédestinait Osanne à la restauration d’art. Issue d’une famille éloignée du milieu artistique, elle ressent pourtant un attrait pour l’artisanat : « J’ai toujours voulu faire quelque chose avec mes mains », explique-t-elle. Le déclic survient au lycée, en découvrant une vidéo de présentation des métiers de l’art avec son père. « Le travail de la peinture m’a tout de suite parlé. Redonner vie aux œuvres était quelque chose d’évident. »

RESTAURATION-TABLEAUX-OSANNE« Dans notre milieu, le bouche-à-oreille est essentiel, mais il faut du temps. Il ne faut pas être pressé. »

Raphael de Bellevile

Après un premier stage chez une restauratrice à Marseille, elle intègre une formation spécialisée en restauration de tableaux à Rennes. Trois années d’apprentissage intensif et elle se lance dans la vie professionnelle. Soutenue sans réserve par ses parents, Osanne mesure aujourd’hui « la chance immense » d’avoir été encouragée dans cette voie exigeante.

Se faire un nom, patiemment

Comme beaucoup de restaurateurs issus d’écoles privées, Osanne se met rapidement à son compte. « Dans notre milieu, le bouche-à-oreille est essentiel, mais il faut du temps. Il ne faut pas être pressé », souligne-t-elle. Aujourd’hui, sa clientèle est majoritairement composée de particuliers mais son travail s’étend aussi aux églises, aux communes et aux commissaires-priseurs. Elle intervient ponctuellement pour des monuments historiques, un secteur plus contraignant, soumis à des appels d’offres et à des autorisations administratives. « Heureusement, il y a énormément de magnifiques tableaux qui ne sont pas classés », observe-t-elle.

Restaurer sans trahir

La restauration d’un tableau obéit à des règles strictes, à la fois éthiques et techniques. Osanne distingue quatre grandes étapes. La restauration curative d’abord, pour traiter moisissures ou infestations ; la restauration conservative afin de stabiliser l’œuvre (refixage de la toile, réparations des déchirures, remise à plat) ; la restauration esthétique (nettoyage, allègement du vernis, masticage et retouches) et enfin, la conservation préventive qui permet d’assurer la longévité de l’œuvre grâce à des systèmes de protection adaptés.

« On restaure toujours de la même manière, selon trois principes fondamentaux », insiste-t-elle : la réversibilité des matériaux, la lisibilité de l’œuvre et la compatibilité des produits utilisés. Un cadre strict, souvent mis à mal par les restaurations anciennes. « On est parfois obligé de “dé-restaurer” ce qui a été fait auparavant. Certaines colles durcissent, certains matériaux n’étaient pas adaptés. C’est un énorme travail de patience. »

Si elle restaure principalement des tableaux, Osanne intervient aussi sur des objets d’art polychromes : paravents, boîtes peintes, éventails.

Atelier Osanne

Si elle restaure principalement des tableaux, Osanne intervient aussi sur des objets d’art polychromes : paravents, boîtes peintes, éventails. « Ça change, et c’est très agréable », sourit-elle.

Des chantiers qui marquent une vie

Mais certains projets laissent une empreinte plus durable que d’autres. Par leur ampleur — comme le chemin de croix monumental restauré pendant cinq ans dans l’église Saint-Joseph de Bruxelles — ou par leur complexité extrême. Mais c’est un chantier de restauration bénévole en Irak qui a profondément transformé son regard.

À l’origine de cette mission, le départ en Irak d’une de ses collègues, Ségolène d’Ornellas, restauratrice de livres anciens, engagée auprès de SOS Chrétiens d’Orient, une association qui vient en aide aux chrétiens d’Orient. Inspirée par cette initiative, Osanne décide à son tour de s’engager. Aux côtés de sa consœur et amie, Sophie de Joussineau, également restauratrice de tableaux, elles choisissent de donner de leur temps pour restaurer des tableaux dont une Madone de Mossoul. Catholiques toutes les deux, il leur tenait à cœur de soutenir l’action de SOS Chrétiens d’Orient par leur savoir-faire. Partie deux semaines sur le terrain, Osanne prend alors pleinement conscience de la portée spirituelle et symbolique de son travail. « Quand le prêtre nous a dit : “Vous avez restauré ce pour quoi on se fait massacrer”, j’ai compris que, pour eux, c’était un geste immense. »

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Atelier Osanne

Depuis, chaque tableau religieux est abordé différemment. « Je pense à son contexte de création, à ceux qui ont prié devant lui et à ceux qui le feront par la suite. Restaurer, c’est aussi aider à transmettre cette ferveur qui réunit les croyants. »

Ce qu’elle aime avant tout dans son métier ? La diversité. Les tableaux s’enchaînent, se répondent, se reposent pendant les temps de séchage. « On ne se lasse jamais », assure-t-elle. Après avoir restauré entre 300 et 400 tableaux, Osanne continue d’apprendre, d’expérimenter, de se remettre en question. Car restaurer une œuvre, ce n’est pas seulement réparer : c’est dialoguer avec le passé avec humilité pour que le regard d’aujourd’hui puisse encore s’y poser demain.