Par

Benjamin Forant

Publié le

28 janv. 2026 à 6h10

Depuis de nombreuses années, la santé économique des commerces de centre-ville est un sujet qui agite habitants, commerçants et élus. En effet, avec le développement des centres commerciaux et d’internet, réussir à faire vivre sa boutique n’a rien d’évident.
Alors que de nombreuses demandes sont faites aux villes, notamment concernant le manque de stationnement auprès de ces dits commerces, le collectif « Vélo Île-de-France » a décidé d’effectuer une enquête, notamment à Chelles (Seine-et-Marne). Et les résultats sont surprenants.

Cette dernière est simple et est expliquée par le collectif. « Le Collectif Vélo Île-de-France a mené une enquête de terrain quantitative à Chelles, Ermont, Antony et Rosny, quatre villes de « moyenne couronne » où la voiture est encore omniprésente, pour savoir si les clients prennent réellement la voiture pour aller faire leurs courses » détaillent-ils en introduction du rapport final.

La majorité des clients sont piétons

À Chelles, c’est l’association « Chelles à vélo » qui s’est occupée de l’enquête. « Nous devions délimiter un cadre, explique Richard, membre de l’association. Nous avons donc décidé de nous limiter à l’avenue de la Résistance, qui nous semblait être un lieu d’étude intéressant car c’est un endroit central, très passant pour les véhicules motorisés et sans aménagement cyclable. Nous avons récolté 172 réponses de clients des commerces de la rue ainsi que des commerçants eux-mêmes ».

Et les résultats sont frappants : les clients sont, dans 63 % des cas, des piétons. 11 % utilisent les transports en commun, 8,5 % le vélo ou la trottinette et « seulement » 17 % la voiture. « Cela est logique quand on voit le lieu d’habitation de ces clients, continue Richard. Près de 50 % d’entre eux habitent dans le centre-ville, 30 % viennent des autres quartiers de Chelles et 23 % de l’extérieur de la commune. »

Selon le rapport, trois quarts des piétons viennent plusieurs fois par semaine en centre-ville.

L’atout majeur de Chelles réside dans l’ancrage local de sa clientèle.

Le Collectif Vélo Ile-de-France

Une perception différente chez les commerçants

Cette étude a également permis de montrer aux commerçants qu’ils avaient une vision éloignée de la réalité vis-à-vis des moyens de déplacement de leurs clients. « Nous avions l’intuition qu’il y avait une différence entre ce que les commerçants pensaient de leurs clients et la réalité, et cela s’est vérifié », ajoute Richard.

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En effet, les commerçants pensaient à 40 % que leurs clients venaient en voiture, alors que ce véhicule n’est utilisé qu’à 17 %. « Pour eux, 40 % venaient à pied alors qu’en réalité, ils sont 63 % », détaille le membre de « Chelles à vélo ». Même constat, dans une moindre mesure, pour le vélo et la trottinette (3 % dans l’esprit des commerçants, 9 % en réalité) et pour les transports en commun (7 % pour les commerçants, 11 % en réalité). « Les clients en voiture sont trois fois surestimés, et c’est significatif de ce que les gens pensent car, quand on parle d’aménagement pour les mobilités douces, on entend les commerçants être persuadés que ça les desservira, alors que ce n’est pas forcément le cas. Avoir une avenue apaisée ça peut aider à avoir plus de clients. »

Dans ce contexte, selon Richard, les commerçants surestimeraient la difficulté des clients à se stationner car, dans les faits, très peu viennent en voiture. « En proportion, les commerçants viennent bien plus en voiture que leurs clients (38 % vs 17 %), ils ont donc une sensation liée à leur expérience. »

La voiture… un frein à l’achat ?

La question de la voiture est donc essentielle. Selon le rapport, « les automobilistes viennent un peu moins souvent que les piétons et mais achètent des quantités comparables à ces derniers. De plus, ils ne dépensent pas davantage que le reste. Il ne s’agit donc pas de la clientèle la plus intéressante pour les commerces chellois. »

En effet, en se penchant sur les chiffres, on peut voir que près de la moitié des piétons interrogés indiquent venir en centre-ville tous les jours ou presque, et un quart dit venir au moins une fois par semaine. Du côté des automobilistes, moins de 10 % se rendent en centre-ville quotidiennement.

Malgré tout, l’avenue de la Résistance reste une voie où énormément de véhicules circulent. Cette surabondance de voitures serait pointée du doigt par les clients des commerces. « La situation est sensiblement la même qu’à Rosny-sous-Bois : la rue est considérée comme conviviale et accueillante par une grande majorité (86 %) des usagers. Cependant, les clients des commerces chellois trouvent aussi qu’il y a trop de voitures dans l’avenue de la Résistance et que celles-ci sont trop bruyantes », peut-on lire dans l’étude.

Des éléments que confirme Richard.

Quand on a interrogé les clients, 43 % étaient tout à fait d’accord à l’affirmation  »il y a trop de voitures » et 26 % étaient plutôt d’accord. Même constat pour les cyclistes.

Les recommandations du collectif

Pour le collectif « Vélo Ile-de-France » et l’association « Chelles à vélo », la conclusion est une évidence : il faut diminuer le trafic et aménager des infrastructures cyclables sécurisées. « Réduire la place de la voiture et faire plus de place aux mobilités douces pourrait être quelque chose de positif pour les commerces », explique Richard. « Autour de nous, comme à Pantin ou Saint-Denis, il y a des perspectives d’évolutions. Pour Chelles, un apaisement de l’avenue permettrait à plus de gens de venir à pied et de fréquenter davantage les cafés ou restaurants. Beaucoup de gens se plaignent des vélos et trottinettes sur les trottoirs, mais la route est tellement dangereuse qu’une piste cyclable conviendrait à tout le monde », conclut-il.

Une présentation publique du résultat du baromètre vélo ainsi que de l’étude sur les déplacements des clients du centre-ville est prévue le jeudi 5 février de 20h à 21h au local des Ciboulettes, gare de Chelles-Gournay.

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