Ce n’est pas un coup de tonnerre, pas un détail non plus mais le signe que la poutre de la majorité sortante à Nancy bouge et travaille ? Pour qui ? Voilà la question qui vient immédiatement à l’esprit. Avant d’extrapoler, penchons-nous sur les causes de la vaisselle cassée. Elles proviennent des bisbilles internes qu’affectionnent particulièrement les Verts. Travelling arrière. Au moment de toper un nouvel accord électoral avec Mathieu Klein, les troupes locales et régionales du parti présidé par Marine Tondelier ont éjecté Laurent Watrin, chef de file de leur mouvement à Nancy en 2020 et actuel adjoint délégué à la démocratie coopérative, à l’innovation des politiques publiques et à la ville numérique. Ce n’est pas la première fois qu’il y a de l’eau dans le gaz chez les écologistes nancéiens chahutés par divers courants – en 2020, Frédéric Maguin avait été victime d’un semblable oukase –, mais là, aucune boîte à outils n’a pu colmater les brèches. Happé par la déception, Laurent Watrin allait-il s’accommoder de la sentence ou rebondir ? Nous avons la réponse.
Peu décidé à se soumettre, il est aussitôt entré en réflexion. Comment préparer une nouvelle candidature hors du système des accords et des quotas attribués à telle ou telle formation dans la composition des listes ? Un temps annoncé à Villers-lès-Nancy – hypothèse qui n’a pas longtemps tenu la route car non conforme à ses aspirations –, Laurent Watrin prend « sans esprit de revanche » la tête d’une liste Nous Nancy 2026 dont il délivre en ces termes l’extrait de naissance : « Indépendante des partis politiques, tournée vers les citoyens et les habitants. »
Trois piliers
Sans fanfaronner mais en tordant le cou à l’idée qu’il serait devenu le sous-marin de quiconque – une issue qui résulte souvent des chamailleries entre anciens amis –, le nouveau prétendant à la mairie appuie son programme sur trois piliers. Premier axe : la fiscalité et l’utilisation de l’argent public. « Nous proposerons une consultation par référendum à chaque fois qu’il s’agira de faire évoluer les impôts communaux et nous demanderons leurs avis aux habitants sur les grands investissements qu’il faudra financer. » Le deuxième engagement porte « sur la question de l’espace public qui aujourd’hui est aussi numérique ». À cet effet, Laurent Watrin prévoit de doter la Ville « d’un réseau social territorial numérique ». Idée farfelue ? « Ça existe déjà à l’état embryonnaire avec des institutions qui passent par Mastodon. L’université de Rennes s’y est mis, l’université de Lorraine y réfléchit. Nous voulons faire une communauté d’espace public territorial numérique. » Enfin, le troisième mur porteur du programme, qui sera ultérieurement développé, consolide la charpente « qui fait l’histoire et constitue le patrimoine naturel de Nancy. Il faut faire des ressources naturelles et du vivant la priorité des priorités. L’eau et la forêt ont une place majeure dans notre territoire. Il faut passer des intentions aux actes, éviter la densification urbaine, travailler les filières déconstruction-reconstruction ».
« Je ne suis pas fâché avec Mathieu Klein. Notre liste est plutôt une liste d’addition et de complément. »
Laurent Watrin, candidat aux municipales à Nancy.
Nourrir le débat, lui apporter un souffle nouveau, extrayant les discussions de l’habituelle partie de ping-pong entre le bilan des sortants et les propositions des opposants, échapper ce qui est rabâché pour innover, donner la parole aux citoyens et les écouter, telle est l’ambition de Nous Nancy 2026. Soit, mais resurgit la question : pour qui roule Laurent Watrin ? « Je ne suis pas fâché avec Mathieu Klein. Notre liste est plutôt une liste d’addition et de complément. » Reste à trouver les 54 colistiers et le financement. « Notre campagne sera sobre. Nous montrerons que la politique est un engagement qui ne remplit pas les poches mais qui les vide… »
Faites la synthèse, c’est neuf mais aussi dans la continuité, le leader assure qu’il n’est ni vassal, ni partenaire, ni cheval de Troie mais fer de lance d’un fonctionnement préservé des vieilles figures et des alliances qui ligotent l’imagination et parfois la raison. La campagne s’annonce-t-elle plus riche qu’imaginé ? Une chose est sûre, il y a de potentiels empêcheurs de tourner en rond.