L’administration Trump joue au pompier sur l’ICE, après avoir soufflé sur les braises lors de la mort d’Alex Pretti. (photo d’illustration du président américain aux côtés de son conseiller sur l’immigration Stephen Miller en avril 2025)

JEFF KOWALSKY / AFP

L’administration Trump joue au pompier sur l’ICE, après avoir soufflé sur les braises lors de la mort d’Alex Pretti. (photo d’illustration du président américain aux côtés de son conseiller sur l’immigration Stephen Miller en avril 2025)

EN BREF L’administration Trump tente de calmer la situation après la mort d’Alex Pretti, abattu par la Border Patrol à Minneapolis, en reconnaissant une possible faute policière.
Des tensions internes émergent, avec des responsables se rejetant la faute pour protéger leur image.
Trump a annoncé une « désescalade » de la politique migratoire, alors que la tension pourrait avoir un effet désastreux pour les républicains aux élections de mi-mandat en novembre.

Les trumpistes cherchent à éteindre l’incendie. Le meurtre d’Alex Pretti, abattu par la Border Patrol (la police aux frontières) à Minneapolis le samedi 24 janvier, secoue l’administration américaine qui a fait de la lutte contre l’immigration un pilier de sa politique. Mais après avoir blâmé la victime, comme ils l’avaient fait suite à la mort de Renee Nicole Good, les conservateurs américains ont dû mettre de l’eau dans leur vin.

Le récit selon lequel le « terroriste » Alex Pretti aurait voulu attaquer la police a été battu en brèche par les médias, à renfort de vidéos accablantes pour la Border Patrol. Une prise de parole mardi résume à elle seule l’ampleur du revirement trumpiste : Stephen Miller, le très radical conseiller à l’immigration de Donald Trump, a reconnu qu’une faute était possible du côté des policiers.

Dans un communiqué repris par la chaîne CNN et le site Axios, ce trumpiste connu pour ses positions maximalistes sur l’immigration cherche à dédouaner la Maison Blanche qui « a fourni des directives claires » au ministère de la Sécurité intérieure (DHS), dont dépend la Border Patrol envoyée en renfort de l’ICE (la police de l’immigration) dans le Minnesota. Ces « effectifs supplémentaires (ont été) envoyés dans le Minnesota pour assurer la protection des agents », explique Stephen Miller.

Les policiers devaient se concentrer sur l’arrestation de « criminels étrangers » ciblés ou contrôler les « perturbateurs » venus gêner l’ICE, assure le communiqué avant de renvoyer la faute à la CBP, le service des douanes qui chapeaute la Border Patrol. « Nous examinons pourquoi l’équipe de la CBP n’a possiblement pas respecté le protocole », souligne le conseiller qui avait pourtant défendu les agents samedi. C’est « l’un des virages les plus significatifs à ce jour » dans les rangs trumpistes, s’étonne la journaliste de CNN.

Les trumpistes se tirent dans les pattes

La Maison Blanche est en fait en opération de sauvetage pour limiter l’impact du drame de Minneapolis sur son image, à quelques mois d’élections de mi-mandat qui pourraient s’avérer compliquées.

Les têtes de pont de l’administration Trump qui craignent d’être éclaboussées par le scandale se tirent ainsi allègrement dans les pattes. Très critiquée pour ses propos mensongers sur Alex Pretti, la patronne du DHS Kristi Noem a ainsi « jeté Stephen Miller sous les roues du bus pour sauver son poste », ironisait mardi le Daily Beast. La ministre trumpiste, surnommée « ICE Barbie », aurait déclaré en privé : « Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait sous la direction du président et de Stephen [Miller]. »

De son côté, le conseiller présidentiel a reproché au DHS de Kristi Noem son « premier communiqué », prouvé comme faux et fondé « sur des remontés de terrain » des agents de la Border Patrol – qui dépendent eux aussi de l’autorité de la « ICE Barbie ». Une stratégie de défense culottée à en croire CNN. Des sources proches du dossier ont indiqué à la chaîne que ce sont des responsables de la Maison Blanche, dont Stephen Miller, qui ont demandé à Kristi Noem d’adopter une ligne dure, quitte à sombrer dans le mensonge.

Une « désescalade » de la politique migratoire ?

Le scandale autour de la mort d’Axel Pretti a déjà coûté sa place à Greg Bovino, commandant de la Border Patrol. Il a été évincé par Donald Trump qui a confié la supervision des opérations à Minneapolis à Tom Homan, son « tsar des frontières » chargé de sa politique d’expulsion. La Maison Blanche ni en bloc la rétrogradation de Greg Bovino, mais le président a lui-même tenu des propos ambigus sur l’homme de 55 ans.

Il « est très bon, mais c’est un type plutôt excentrique », a jugé Donald Trump dans une interview sur Fox Now mardi, que vous pouvez écouter ci-dessous. « Dans certains cas, c’est une bonne chose. Peut-être que ça ne l’était pas ici », a ajouté le président américain au sujet de celui qui était un des visages de sa politique migratoire. Le milliardaire républicain a aussi joué les pompiers en annonçant « un peu » de « désescalade » dans le contrôle de l’immigration dans le Minnesota.

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Deux jours plus tôt, il s’était voulu rassurant et mesuré dans une interview au Wall Street Journal. Il avait annoncé que son administration était en train de « tout examiner » au sujet du meurtre d’Alex Pretti, qu’il s’était pourtant empressé de décrire samedi comme un « tireur », à rebours des vidéos prouvant que l’infirmier abattu n’a pas sorti son pistolet.

« Trump va perdre les élections de mi-mandat »

Dans son entretien au Wall Street Journal, Donald Trump avait aussi cherché à présenter un visage plus humain et empathique – en rupture avec les attaques de son administration envers Alex Pretti. « Je n’aime pas les fusillades, je n’aime pas ça », confiait-il alors. La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, en a remis une couche lundi, essayant de « maintenir des distances » entre la présidence et la « vague d’indignation », comme l’a analysé le New York Times.

« Personne à la Maison Blanche, y compris le président, ne veut voir les Américains blessés ou tués », a-t-elle déclaré. La communicante en cheffe de Donald Trump s’est en outre gardée de reprendre les éléments de langage agressifs utilisés par Kristi Noem et Stephen Miller dans les heures suivant le drame. Interrogée sur l’emploi du terme « terroriste », Karoline Leavitt a rétorqué : « Je n’ai pas entendu le président décrire M. Pretti de cette manière. »

Le revirement des trumpistes, s’il est indéniable, ne signifie pas pour autant qu’ils renoncent à leur violente politique migratoire. Si Donald Trump insiste sur son souhait de collaborer avec les démocrates du Minnesota pour faire face à la crise, Karoline Leavitt les a encore accusés lundi d’être responsables de la mort d’Alex Pretti. L’objectif pour la Maison Blanche est surtout de rassurer les élus républicains (et de se rassurer au passage) en vue des « midterms ».

Les élections de mi-mandat prévues début novembre s’annoncent compliquées pour le camp présidentiel, dont des membres inquiets pour leur siège ont haussé le ton après la mort d’Alex Pretti, comme l’a relevé le Washington Post. Symbole de ce malaise : la cofondatrice du mouvement des « Latinas pour Trump », Ilena Garcia, est allée jouer les oiseaux de mauvais augure mardi dans le New York Times. « Je pense vraiment qu’il [Trump] va perdre les élections de mi-mandat à cause de Stephen Miller », a-t-elle prédit en taclant l’architecte de la politique migratoire de la Maison Blanche.