La violence invisible des dossiers, des attentes et des refus s’invite sur les planches du Théâtre de la Vignette. Avec Retour de la préfecture, Sophie Lagier adapte le texte de Jessica Biermann Grunstein sur la violence des rouages administratifs et l’épreuve intime que représente la quête d’un titre de séjour.

« On va gagner du temps, ce sera beaucoup plus simple », « ne me mentez pas, c’est inutile », « tout a beaucoup changé récemment » : autant de phrases qu’un couple, composé d’un demandeur d’asile, entend lors d’un rendez-vous à la préfecture. Cette litanie administrative constitue le gimmick dramatique de Retour de la préfecture, pièce mise en scène par Sophie Lagier et jouée pendant trois soirs au Théâtre de la Vignette.

Résister

Sur scène, Valentine Carette et Yanis Skouta livrent le récit d’un couple confronté à la violence administrative lors d’une demande de titre de séjour après leur mariage. Tirée de l’ouvrage éponyme de Jessica Biermann Grunstein, la pièce donne voix à l’humiliation, à la colère, à la honte et à la désagrégation des corps face aux mots de l’administration, mais aussi à la nécessité de tenir, de résister.

Le politique rejoint l’intime

Dans un décor volontairement épuré, dessiné par la lumière – une chaise, quatre micros aux angles du plateau, quelques néons – la place est laissée aux corps en tension et à la puissance de la langue, ponctuée d’éclats musicaux. Si le texte dresse le constat d’une stratégie d’État visant à maintenir des « travailleurs souples, malléables, soumis, sérieux et sans papiers », il mêle aussi, sous la forme d’un poème dramatique à deux voix, un récit intime captivant à une dimension résolument politique.

Mardi 27 et jeudi 29 janvier à 19 h 15, mercredi 28 janvier à 20 h. Théâtre de la Vignette, Montpellier. Tarifs : 10 à 20 €.