C’est une comptabilité macabre, mais elle donne la mesure de la férocité de la guerre qui se poursuit sans relâche en Ukraine, à l’approche du quatrième anniversaire de l’invasion russe, le 24 février. Et du prix que Vladimir Poutine est prêt à payer en termes humains pour arriver à ses fins.

La Russie aurait eu 1,25 million de victimes, morts, blessés et disparus, dont 325.000 morts depuis 2022. C’est plus que le total de toutes les guerres russes et soviétiques depuis 1945 ; 17 fois le bilan de dix ans de guerre soviétique en Afghanistan

Le chiffre a été calculé par un think tank américain, le CSIS, sur la base de sources ouvertes et d’évaluations occidentales et ukrainiennes. Il n’est donc pas vérifiable et a été qualifié par le Kremlin d’« absolument pas crédible ». Mais il est considéré comme réaliste par de nombreux experts militaires.

On comprend pourquoi Moscou réfute ces chiffres : ils montrent deux fois plus de victimes côté russe qu’ukrainien, pour des gains territoriaux modestes. L’Ukraine, elle, compte selon cette étude quelque 600.000 victimes au total, dont entre 90.000 et 140.000 morts.

Si Poutine arrête cette guerre, ça ne sera pas à cause des pertes. La différence de population entre les deux pays, 143 millions d’habitants pour la Russie, contre 39 millions côté ukrainien, explique en partie ce rapport différent aux pertes humaines. Mais aussi la nature du système, la possibilité de s’exprimer : on connait beaucoup plus par exemple, les réticences en Ukraine à la conscription que ce qui se passe dans les minorités nationales de Russie qui fournissent une bonne partie des troupes.

Le président russe mène parallèlement une guerre à outrance contre les civils ukrainiens. Il a frappé durement les infrastructures énergétiques, plongeant une partie du pays dans le noir et dans le froid, alors que les températures hivernales descendent jusqu’à moins 20. La solidarité européenne joue à fond : plus de 6000 chaudières ou groupes électrogènes ont été promis à l’Ukraine.

Dernière escalade, l’attaque par un drone russe cette semaine d’un train de voyageurs civils en mouvement, une première qui a fait cinq morts. Les attaques contre les installations civiles constituent des crimes de guerre – mais là encore, ça n’arrête pas Poutine.

Pendant ce temps-là les négociations continuent… Les négociateurs ukrainiens, russes et américains doivent se retrouver dimanche à Abu Dhabi pour un deuxième round de discussions. Les États-Unis poussent l’Ukraine à accepter ce qu’elle refuse jusqu’ici : céder à la Russie des territoires que celle-ci ne contrôle pas militairement. Mais les discussions se poursuivent car ni Kiev, ni Moscou, ne veulent apparaître comme responsables d’un échec aux yeux de Trump.

La guerre continue donc, avec son bilan, on l’a vu, colossal qui ne cesse d’augmenter, les souffrances extrêmes infligées à la population ukrainienne, et un environnement international toxique provoqué par la politique américaine. Vladimir Poutine a ainsi été invité par Donald Trump au sein de son « Conseil de la paix », alors qu’il condamne au même moment des millions d’Ukrainiens à vivre dans le froid et le noir et envoie ses hommes à la mort. Orwell n’aurait pas trouvé mieux.