
20 février 2020 : en marge d’une manifestation des gilets jaunes, Alexandre Mahfoudhi crève l’œil sur une photo de Brad Pitt utilisée pour une publicité en faveur de Boursorama, et peint le bord en rouge.
Fabien Cottereau
Les débats n’ont pas porté sur les faits. Ceux-ci sont reconnus par les deux prévenus, Alexandre Mahfoudhi et Guillaume Mathieu, deux Girondins âgés de 49 et 33 ans. L’audience a eu plutôt pour objet d’opposer deux logiques : d’un côté, celle, économique, des parties civiles, l’entreprise Light Air, qui gérait cet affichage sur des bâches de 400 mètres carrés, et la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), pour qui ces recettes publicitaires finançaient la rénovation de sa toiture à hauteur de 43 % ; de l’autre côté, la logique « écocitoyenne » des deux prévenus.
Alexandre Mahfoudhi dit avoir voulu « ouvrir les yeux des gens sur une société qui pousse à consommer toujours plus au risque d’aggraver le dérèglement climatique ». Il a été appuyé par un ancien porte-parole de Greenpeace selon qui il est « légitime que des citoyens interviennent quand l’État ne fait rien contre l’urgence climatique – ces actes contribuent à l’intérêt général ».
« Ils croient s’attaquer à des multinationales mais ils s’en prennent à une PME de 34 salariés, qui apporte des moyens financiers quand l’État n’en a plus »
Ce qui fait bondir Julien Aguettant, l’un des dirigeants de Light Air : « Ils croient s’attaquer à des multinationales mais ils s’en prennent à une PME de 34 salariés qui apporte des moyens financiers quand l’État n’en a plus. » « Les combats des prévenus sont probablement respectables sur le fond, mais les moyens le sont beaucoup moins, insiste son avocat, Me Combier. Ces trusts qu’ils critiquent préservent notre patrimoine. Ces deux-là s’inventent une justice privée qui contourne la justice légale. » Intervenant pour la CCI, Me Develle estime que « ce qui est dangereux, c’est le dogme : les prévenus avaient d’autres moyens d’agir, en déposant un recours devant le tribunal administratif, par exemple ».
Désobéissance civile
« Ils ont trouvé une autre manière de sensibiliser à l’urgence climatique quand tous les débats politiques ou citoyens ne sont suivis d’aucun effet concret. Au final, on n’a jamais autant regardé cette photo de Brad Pitt », répond Me Galinat, l’avocat des prévenus. Son confrère, Me Brengarth, cite l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, qui reconnaît les faits de désobéissance civile comme relevant de la liberté d’expression.