Ce test sanguin inédit peut-il prévoir votre santé à 10 ans
?

Une simple prise de sang qui donne un score global de risque à
horizon 5 à 10 ans : l’idée circule, portée par un panel de
protéines sanguines. La promesse intrigue autant qu’elle rassure.
Anticiper sans attendre les symptômes, c’est l’ambition. Reste à
comprendre ce que mesure vraiment ce signal.

Le contexte pèse lourd. En Europe de l’Ouest, près de 20
%
des hommes et 11 % des femmes meurent
avant 70 ans. Six leviers de mode de vie — tabac, alimentation,
obésité abdominale, hypertension, sédentarité, alcool —
expliqueraient 57 % des morts prématurées, jusqu’à
74 % chez les fumeurs actuels. D’où l’intérêt
d’outils qui détectent des fragilités invisibles. Une piste se
dessine.

UK Biobank et PLOS One : comment fonctionne ce test
prédictif

Pour l’évaluer, des chercheurs ont exploité la UK
Biobank
. Ils ont analysé le sang de 38
150
adultes de 39 à 70 ans, suivis sur 5
ans
et 10 ans. Près de 3
000
protéines plasmatiques ont été mesurées par personne.
Objectif : détecter des associations entre profils protéiques et
risque de décès toutes causes confondues. L’étude a été publiée
dans PLOS One le 21 novembre 2025.

Les auteurs résument clairement leur démarche : « Nous avons
identifié des centaines de protéines liées à la probabilité globale
de mourir de toutes causes confondues, et à la probabilité de
mourir de maladies spécifiques, notamment le cancer et les maladies
cardiovasculaires. Notre équipe de recherche a ensuite analysé ces
longues listes afin d »isoler un petit nombre de protéines, appelées
panels protéiques. Ces panels contenaient dix protéines associées
au risque de mortalité toutes causes confondues sur dix ans, et six
protéines associées au risque sur cinq ans », résument les
scientifiques, cités par ScienceAlert. Parmi les protéines les plus
associées au risque figurent PLAUR,
SERPINA1 ou CRIM1. Elles
interviennent dans l’inflammation, la régulation cellulaire ou le
remodelage vasculaire.

Ce que dit le score de mortalité à 10 ans et ce qu’il ne dit
pas

Le modèle obtenu repère un risque global, pas une maladie
précise. Sa précision se situe entre 62 % à 68 %
selon l’horizon, mieux que l’âge ou les habitudes de vie seuls.
Concrètement, il classe des individus comme plus vulnérables dans
une population donnée. Il n’annonce ni cause, ni date de décès. Il
sert d’alerte précoce.

Les signaux biologiques captés restent discrets mais parlants.
Des protéines comme PLAUR,
SERPINA1 ou CRIM1 sont liées à
l’inflammation, à la régulation cellulaire et au remodelage
vasculaire. Des niveaux élevés vont de pair avec une probabilité
accrue de décès dans les dix ans. Le petit panel de dix protéines
améliore la prédiction au-delà de l’âge et du mode de vie. C’est ce
gain qui intéresse la prévention.

À quoi servirait ce test sanguin
prédictif dans votre suivi médical ?

Et après, que fait-on d’un score élevé ? Utilisé en complément
d’un suivi classique, un profil à risque peut déclencher des
examens plus réguliers, une surveillance ciblée ou un
accompagnement préventif renforcé. Les chercheurs le formulent
ainsi : « Ce type de stratification des risques revêt une importance
croissante face au vieillissement de la population et à
l’augmentation des maladies chroniques, qui exercent une pression
grandissante sur les systèmes de santé. Un tel test pourrait aider
les médecins à mieux cibler les soins. Les recherches futures
permettront de déterminer la faisabilité de cette vision »,
terminent les chercheurs.

Des limites s’imposent. L’intégration clinique reste lointaine,
la technologie de mesure n’est pas encore de routine et des
validations externes sont nécessaires, au-delà d’une population
surtout britannique. Ce test ne livre pas de diagnostic, ni une
certitude individuelle. Il affine une stratification du
risque
qui peut guider la prévention et le suivi. Pour
l’instant, il n’existe pas en version commerciale.