À contre-courant des récits dorés du star-système, Lio livre
aujourd’hui un témoignage d’une rare sincérité. À 60 ans, l’icône
pop, révélée dans les années 1980, évoque sans détour sa précarité
financière, son absence de patrimoine et son rapport conflictuel à
la propriété. Dans une interview exclusive accordée à
Au Féminin
, la chanteuse revient sur une trajectoire
marquée par le succès fulgurant, des choix instinctifs… et un
héritage familial qui l’a durablement éloignée de l’idée de
posséder.

Lio : un succès fulgurant, une illusion de sécurité

Lorsque
Lio
connaît le triomphe avec Les brunes comptent pas pour
des prunes ou Banana Split, elle croit à une forme
d’évidence : celle d’un succès éternel, indissociable d’une aisance
financière durable. « Comme j »ai eu un très gros succès avec mes
titres Les brunes comptent pas pour des prunes et pareil
pour Banana Split, pour moi, l’argent et le succès c’était
forever. » confie-t-elle à Au Féminin. Cette certitude
façonne son rapport à l’argent, vécu sans retenue ni stratégie
patrimoniale. « Quand j’ai eu beaucoup d’argent, je l’ai dépensé. »
Une phrase qui résume une époque, mais aussi une manière d’être :
instinctive, immédiate, étrangère à toute logique
d’accumulation. Derrière cette insouciance assumée se cache
pourtant une construction plus profonde, transmise dès
l’enfance.

Chez Lio, la propriété n’est pas seulement une
question économique. Elle est idéologique. « Ma mère ne voulait pas
que je sois propriétaire. Pour elle, c’était devenir une sale conne
de bourgeoise. » Une phrase crue, mais fondatrice. La propriété est
perçue comme une rupture avec un monde populaire,
presque comme une trahison sociale. Cette vision explique en partie
l’absence d’ancrage revendiquée par l’artiste, qu’elle formulait
déjà ainsi dans Gala : « Je n’ai pas d’ancrage. »
Pourtant, au fil des années, Lio tente à plusieurs reprises de se
poser. En 1993,
elle s’installe à Vitrac-Saint-Vincent, en Charente
, avec le
musicien Alexis Tikovoï. Le couple achète une
maison simple, entourée de verdure. Une période de construction
personnelle, marquée par la naissance de leur fils Igor et l’envie
d’un rythme plus apaisé. Ce lieu deviendra un refuge temporaire,
une parenthèse de stabilité.

Lio : sa maison à Sérignac, qu’elle a acheté et rénové

Il y aura aussi cette vaste propriété à Sérignac, dans
le
Gard
. En 2015, Houzz consacre un reportage à
ce domaine de caractère, alors pensé pour un projet de
gîtes
. Située à Sérignac (30), en Languedoc-Roussillon,
la bastide s’étend sur 2 500 m² de bâti, au cœur
de 2 hectares de terrain plantés d’arbres aux
essences variées, entièrement couverts d’herbe. « Le mas a
appartenu à la chanteuse Lio et toutes les ferronneries ont été
réalisées par son mari. C’est pour cette raison que les grandes
portes et baies vitrées sont aussi nombreuses », indique le
propriétaire actuel.

À l’intérieur, la
cuisine
occupe une place centrale : une vaste pièce à vivre où
la famille se retrouvait tout au long de la journée. Les objets,
chinés dans les brocantes environnantes, racontent
une esthétique faite de patience et de récupération. « Elles
étaient complètement peintes en marron. Je les ai nettoyées et
décapées pour retrouver leur brillance métallique et leur belle
couleur bleutée émaillée », précise Serge le propritétaire à propos
des chaises disposées autour de la grande table.
Attenant à la cuisine, un salon organisé autour d’une
cheminée monumentale invite à la discussion. Les
travaux ont toutefois imposé des choix contemporains : « Nous avons
donc opté pour du béton ciré dans toutes les maisons », après
l’impossibilité de conserver la terre cuite d’origine lors de la
remise aux normes électriques.

Lio : sa maison à Lisbonne

Désormais installée à
Lisbonne
, dans un quartier populaire, Lio a choisi un mode de
vie plus simple, plus discret,
porté par un coût de la vie plus accessible et une atmosphère qui
lui ressemble davantage. L’ancrage qu’elle n’a jamais vraiment
trouvé dans la pierre se construit aujourd’hui autrement : à
travers les relations, les projets, et une liberté revendiquée,
fidèle à ses convictions les plus anciennes.

«Je suis partie vivre à Lisbonne pour tenter de régénérer mes
racines ». confiait-elle à Nous Deux en 2019.» Un
retour chargé d’émotion, au cours duquel elle a
renoué avec sa culture d’origine et adopté un
tempo plus apaisé, plus lent. « J’habite un quartier populaire,
j’aime l’énergie de cette ville, sa lumière aussi… »,
confie-t-elle.