En Asie du Sud-Est, les aéroports sont placés en état d’alerte après la confirmation de deux cas de contamination au virus Nipah dans l’État du Bengale-Occidental, en Inde. Depuis dimanche 25 janvier, la Thaïlande a instauré des contrôles sanitaires pour les passagers en provenance de cette région. À Taïwan, les centres pour le contrôle et la prévention des maladies envisagent de classer Nipah en catégorie 5, un niveau qui signale un risque élevé pour la santé publique et déclenche des mesures de contrôle renforcées. Une centaine de personnes ayant été au contact des malades ont déjà été placées en quarantaine.
Pourquoi une telle mobilisation pour seulement deux cas? La réponse tient en un chiffre glaçant: le virus Nipah affiche un taux de létalité compris entre 40 et 70%. Encore largement méconnu du grand public, il se transmet à l’homme au contact de certains animaux, notamment les porcs, ou par la consommation d’aliments contaminés. Le Bangladesh a ainsi connu plusieurs flambées épidémiques attribuées au jus de datte cru infecté par des chauves-souris.
Abonnez-vous gratuitement à la newsletter de Slate !Les articles sont sélectionnés pour vous, en fonction de vos centres d’intérêt, tous les jours dans votre boîte mail.
Une fois transmis à l’homme, le virus se propage par contacts rapprochés et prolongés entre pairs, bien loin de la contagion rapide du SARS-CoV-2, à l’origine du Covid-19. Pour contenir l’épidémie, les experts recommandent une surveillance accrue dans la région du Bengale-Occidental et un dépistage systématique des voyageurs.
La période d’incubation du virus varie de quatre à quatorze jours. Les premiers symptômes se traduisent par de la fièvre, des maux de tête, de la toux, des douleurs musculaires et des difficultés respiratoires. À mesure que l’infection se développe, le cerveau peut être atteint: de nombreux cas d’œdème cérébral, parfois fatal, ont été observés lors de précédentes épidémies, comme le précise le Washington Post.
Une première apparition en 1999
Ce n’est pas la première fois que cet agent infectieux frappe l’Asie. En 1999, le personnel médical le découvrait en Malaisie, avec un bilan tragique: 100 personnes décédées, en particulier des éleveurs de porcs. Depuis, le virus refait surface presque chaque année sur le continent asiatique, souvent au Bangladesh ou en Inde. Les chercheurs évoquent un «schéma saisonnier prévisible», établissant un lien entre la période de récolte de la sève de dattier (entre décembre et avril) et la recrudescence de Nipah.
Les citoyens du Bengale-Occidental s’étaient pourtant habitués à son absence. La dernière épidémie dans l’État remontait à 2007. «Le retour du virus Nipah dans cette région après une longue période d’absence est préoccupant du point de vue de la surveillance», avertit Lauren Sauer, directrice du Réseau de recherche sur les agents pathogènes au centre médical de l’Université du Nebraska, aux États-Unis.
Face à l’inquiétude, les autorités indiennes se veulent rassurantes. Elles assurent prendre «toutes les mesures de santé publique rapides et complètes, conformément aux protocoles établis». Selon le ministère de la Santé, une surveillance accrue est désormais en place, combinant tests en laboratoire et enquêtes sur le terrain, afin de contenir la propagation.
À ce jour, il n’existe aucun traitement ou vaccin contre le virus Nipah, pourtant identifié depuis 2018 par l’OMS comme un agent pathogène prioritaire pour la recherche de solutions thérapeutiques. Lauren Sauer reste optimiste, rappelant que des vaccins prometteurs sont actuellement en phase d’essais cliniques. En attendant, les regards se tournent vers la prévention. L’OMS préconise de sensibiliser la population aux facteurs de risque, notamment en limitant l’accès des chauves-souris aux sites de collecte de sève de dattier.
Pour les personnes infectées, les soins sont aujourd’hui limités à «du soutien et une prise en charge au chevet du patient de haute qualité et exigeante en ressources», résume la chercheuse. À ce jour, aucun cas n’a été détecté en Europe… et les autorités sanitaires espèrent que cela restera ainsi.