Autrement dit, faire tourner son lave-linge ou recharger sa voiture électrique à la mauvaise heure peut coûter cher. Pour aider les ménages à s’y retrouver, IKEA propose une application qui affiche les prix du lendemain dès le début de l’après-midi. Encore faut-il avoir le temps, l’attention et parfois l’équipement nécessaire pour adapter ses habitudes.

Une révolution silencieuse du rapport à l’électricité

Avec cette offre, IKEA ne vend pas seulement de l’énergie, mais une nouvelle manière de la consommer. L’électricité devient un produit qu’on surveille, qu’on anticipe, presque qu’on “joue” en bourse à l’échelle domestique. Pour certains foyers très connectés, déjà équipés de domotique, de panneaux solaires ou de batteries, ce modèle peut faire sens. Pour d’autres, notamment les ménages précarisés ou peu technophiles, il risque au contraire d’ajouter une couche de complexité à un budget déjà sous pression.

C’est là que le modèle pose question. En Allemagne, IKEA mise sur l’installation gratuite de compteurs intelligents pour permettre cette tarification en temps réel. En Belgique, la situation est différente : les compteurs communicants sont encore loin d’être généralisés, surtout en Wallonie, et la méfiance vis-à-vis des nouvelles offres énergétiques reste forte depuis la crise de 2022.

Et chez nous, une fausse bonne idée ou un avant-goût du futur ?

Pour l’instant, IKEA ne propose pas encore d’offre d’électricité en Belgique. Mais difficile d’imaginer que le groupe se limite durablement au marché allemand. D’autant que l’infrastructure progresse : compteurs intelligents, voitures électriques, appareils connectés et incitations à la flexibilité énergétique font partie des priorités européennes. À Bruxelles comme en Wallonie, les autorités encouragent déjà une consommation plus intelligente de l’électricité, même si la réglementation reste prudente face aux tarifs dynamiques.

Ce que montre l’initiative d’IKEA, c’est surtout une évolution profonde du marché : l’énergie devient un produit intégré dans un écosystème global, mêlant équipement, données et automatisation. Une logique qui pourrait séduire une partie des consommateurs urbains, mais qui risque aussi d’accentuer les inégalités entre ceux qui peuvent optimiser leur consommation… et les autres.

Derrière l’armoire, la stratégie

En se positionnant comme fournisseur d’électricité, IKEA ne cherche pas seulement à casser les prix. Il consolide une stratégie plus large : devenir un acteur central de l’habitat durable, du meuble à l’énergie, en passant par le numérique. Reste à savoir si cette vision profitera réellement aux ménages ou si elle transformera l’électricité en un produit réservé aux foyers les mieux équipés et les plus informés.

Car si l’idée de payer moins en consommant mieux séduit, elle pose une question essentielle : dans un contexte de transition énergétique, jusqu’où peut-on demander aux citoyens de devenir des gestionnaires experts de leur propre consommation ?