Inspirée par l’harmonie et les belles proportions du style classique, Daphné du Barry, sculptrice, s’érige en représentante européenne de ce mouvement.

Certains berceaux ont été gâtés de pluies de grâces. Et celui de Daphné du Barry, 76 ans, en fait partie. Démontrant un travail d’une remarquable intelligence, la sculptrice néerlandaise aux multiples talents s’est bâtie une renommée artistique au fil des années – on lui doit notamment le Monument à Charles de Foucauld à Strasbourg, le Baptême de Clovis à Reims, ou encore la statue équestre de D’Artagnan dans le Gers. Portée par la recherche de la vérité et de la divine proportion, l’artiste à la foi bien ancrée ne cesse de mettre son art au service de Dieu.

Avant d’exceller dans l’art de couler le bronze, Daphné du Barry a garni son portefeuille d’une armée de compétences. Née en 1950 aux Pays-Bas, elle étudie d’abord les langues à l’université – aujourd’hui, elle en parle sept –, avant de s’intéresser aux lettres modernes et d’intégrer la Sorbonne. Elle s’essaie même au chant, signant un 45 tours à succès en 1982.

Daphné du Barry trouve finalement sa vocation dans le domaine de la sculpture, au détour de deux rencontres marquantes : à Paris, sa route croise celle du maître hongrois Akos Szabo, auprès de qui la jeune artiste étudie cinq ans le dessin, avant de rencontrer le maître Marcello Tommasi, qui l’accueille dans son atelier à Florence. La jeune artiste ne quittera plus cet art si pointilleux.

Une révélation « extraordinaire »

Sur les terres des anciens qui l’inspirent tant – elle voue une grande admiration à Michel-Ange et Donatello –, Daphné du Barry sublime les belles proportions et transcende l’expression de ses néréides. Et avec une humilité déroutante : « Dieu m’a beaucoup gâtée de tous ces dons. Grâce à ce cheminement, j’ai compris ce qu’Il voulait de moi : me servir de l’art pour frayer un chemin jusqu’à lui. »

Si la sculptrice justifie ce virage professionnel comme un message de Dieu, c’est à posteriori, car elle n’a pas toujours eu la foi. « Ma mère est issue d’une famille catholique et mon père protestant, sans que je ne me sois jamais posé de questions. Durant ma jeunesse, je me suis tournée vers différentes croyances et philosophies, sans que rien ne me satisfasse, » admet-elle.

La rencontre divine a lieu à la fin de sa trentaine, alors que la sculptrice éprouve des difficultés dans l’élaboration d’une Madeleine pénitente. « Je me suis surprise à me tourner vers le Seigneur pour lui demander de l’aide. » Pour la sculptrice érudite qui a tant lu dans sa vie, cette révélation « extraordinaire » est une évidence.

« Sans dimension spirituelle, une œuvre reste très matérielle »

Dans ses ateliers répartis entre la France, la Toscane et Monaco, cette brillante passionnée travaille en silence, ou guidée par des chants religieux. « Quand je sculpte, je prie. Cela me permet d’être en communion avec les protagonistes. Et plus une œuvre transcende l’âme, plus elle nous rapproche de Dieu. » Cette rencontre avec le Christ explique en partie son amour pour le mouvement classique, qui accorde tant d’importance au nombre d’or. « Nous portons tous en nous la divine proportion, car nous avons été créés à l’image de Dieu, » assure Daphné du Barry.

Comme Platon qui évoquait la splendeur du vrai et de l’harmonie, l’artiste voit dans la beauté des œuvres une simple retranscription de la vérité. « Une belle œuvre d’art est une élévation, donc elle est inévitablement porteuse d’une référence de l’au-delà. Sans dimension spirituelle, une œuvre reste très matérielle. »

Exposer pour éduquer

Mais comment déceler la beauté d’une œuvre ? « En se mettant sous l’égide du bon maître, » glisse Daphné du Barry, guidée par les préceptes de saint Thomas d’Aquin. « Le philosophe a donné trois conditions pour que la beauté délecte l’intelligence : l’intégrité, l’harmonie et l’éclat. Une œuvre est complète si ces trois éléments sont réunis. »

Mais ce n’est pas tout. Habituée des expositions, Daphné du Barry a compris avec le temps l’importance de présenter les œuvres au public. Avec émotion, elle se remémore la venue d’enfants handicapés lors d’une sortie scolaire : « Les enfants étaient dotés d’une grande sensibilité. Ils touchaient mes sculptures, puis revenaient vers moi et me touchaient le visage… J’ai compris qu’ils vivaient de sensations, c’était bouleversant. »

D’après l’artiste, la représentation aide à la compréhension. « À travers l’image, la personne comprend. Regardez dans les églises ! Les cathédrales sont remplies de symboles qui parlent de la vie de Jésus. L’art éduque, mais il peut aussi convertir. »