Cet aveux de Philippe cache-t-il un (timide) mea culpa envers Macron ?

BENOIT TESSIER / AFP

Cet aveux de Philippe cache-t-il un (timide) mea culpa envers Macron ?

Si tu reviens, j’annule tout. Édouard Philippe a lancé, mardi 28 janvier, sa campagne pour les élections municipales au Havre, premier juge de paix de ses ambitions élyséennes. Un meeting inaugural au cours duquel l’ancien chef du gouvernement (2017-2020) a esquissé un petit aveu. Pour mieux solder sa brouille avec Emmanuel Macron ?

« Le président de la République m’a fait l’honneur de me nommer (Premier ministre). Je lui dois ça », a-t-il lancé à son auditoire, selon le récit de plusieurs journalistes sur place. Jusqu’ici, rien de très neuf : le Normand a toujours expliqué qu’il devait son bail à Matignon au chef de l’État, « for sure », mais pas le début de sa carrière politique, en 2010, comme successeur d’Antoine Rufenacht au Havre. La suite de cette tirade, en revanche, est singulière.

« Parfois je m’exprime de façon trop brutale. Je ne devrais pas… », a ainsi continué Édouard Philippe, laissant apparaître un rare mea culpa à l’endroit d’Emmanuel Macron, président dont il a fustigé les choix, crescendo, depuis son éviction du gouvernement il y cinq ans. Au point de brouiller durablement leur relation.

Le début d’une réconciliation ?

L’acmé de ces reproches remonte, bien sûr, à l’automne dernier, quand le maire du Havre et président du parti Horizons, a plaidé dans les médias pour la démission anticipée du président de la République, l’appelant à endosser la responsabilité du bourbier politique actuel. Un crime de lèse-majesté pour les derniers soutiens d’Emmanuel Macron.

D’autant qu’Édouard Philippe, désireux de se détacher d’un président toujours plus impopulaire, n’en était pas à son coup d’essai. Depuis son départ de Matignon, printemps 2020, il a tour à tour accusé Emmanuel Macron d’avoir « tué la majorité » avec sa décision « funeste et absurde » de dissoudre l’Assemblée, de ne pas « respecter » suffisamment les institutions ou de contraindre ses Premiers ministres.

Plus concrètement encore, ses troupes ont refusé de valider les budgets de Sébastien Lecornu cet automne, jugeant qu’ils aggravaient la situation économique de la France. Au risque de fracturer encore davantage un « socle commun » déjà bien ébréché.

De fait, cette stratégie d’éloignement n’a pas franchement payé. S’il reste encore le mieux placé des prétendants au centre et à droite pour accéder à l’Élysée, selon les sondages, ses différentes diatribes à l’égard d’Emmanuel Macron n’ont pas permis d’endiguer l’érosion de sa popularité. Au contraire, les troupes qui soutiennent le chef de l’État ont été heurtées par son appel déguisé à la démission.

D’où ce changement de pied soudain, à seize mois de la présidentielle ? Comme un début de réconciliation à l’heure où les ambitions s’aiguisent pour 2027 ? Il n’est pas le seul, en tout cas, à plaider une forme d’apaisement, si l’on en croit cette sortie récente d’un proche du chef de l’État dans La Tribune : « Le président respecte le fait qu’Édouard Philippe ait créé son espace et son parti après Matignon. Gabriel Attal, lui, a tout récupéré sans lui dire ‘merci’. » Un bon point qui en appelle d’autres ?