« Prudence » toujours de mise mais, a priori, bonne nouvelle pour 2026. A ce stade, Saint-Etienne Métropole ne devrait finalement pas avoir à subir les pertes financières au titre du dispositif national « Dilico« . De quoi réduire significativement la dégradation de son épargne nette et donc adoucir, cette année, une trajectoire financière dans le sens de la descente côté confortabilité. Or, le mandat suivant risque de devoir faire face à des impératifs conséquents… Hier, l’assemblée métropolitaine a voté son budget 2026.

Un incinérateur de déchets à construire à la fin du prochain mandat. Soit initier l’acquittement d’une note pour Saint-Etienne Métropole, estimée actuellement entre 120 et 160 M€. « Derrière », il y a plusieurs sujets d’investissements à quelques dizaines de millions : ceux qui devraient se poursuivre, comme Cité du Design 2025, a priori, même en cas de sérieux rabotage par un nouvel exécutif. Comme celui qui commence à émerger : les travaux exceptionnels et de grande ampleur nécessaires sur la ligne T1 en hypercentre stéphanois…

Plus hypothétique : les éventuelle premières contributions – elles seront de taille – à la découverture du Gier dans le centre de Rive-de-Gier. Du moins si cette solution à 200 M€, minimum, considérée par l’Etat et l’intercommunalité comme la seule à même de la protéger des inondations dévastatrices se voit bel et bien appliquée et ce, dès 2030/2031. On pourrait ajouter, « honorer » l’exigence de l’Etat sur la conservation des œuvres du Musée d’Art Moderne et Contemporain impliquant un coûteux équipement de plus pour se conformer réellement aux normes… Et puis, il y a, enfin, ce que le Département de la Loire ne fait plus et ne pourra plus faire en faveur des associations, du sport, des structures sociaux éducatives et des communes directement…

Le PPI 2026/2032 déjà scellé ?

Le Département est dans une situation autrement plus délicate que Saint-Etienne Métropole. Mais s’il amplifie son repli – déjà en partie effectif – sur ses compétences « pures », alors les « perdants », dont les municipalités directement, vont se tourner vers l’intercommunalité, alertent des élus… Pendant ce temps, il faudra bien continuer à poursuivre les cofinancements de la Politique de la ville, à collecter et traiter les déchets, poursuivre les aménagements des rivières, à entretenir les barrages, les réseaux d’eau et enfin la voirie (25,5 % des investissements d’équipements à elle seule en 2026 !). Ce qui, pour ces deux derniers éléments, selon les interventions régulières de quelques maires à l’assemblée, n’a justement pas suffisamment été fait ces dernières années… C’est à se demander si le plan pluriannuel d’investissements (PPI) 2026/ 2032 n’est pas déjà en grande partie scellé, de facto.

Le projet d’incinérateur du sud Loire devrait ressembler à l’UTVE de Bourgoin-Jallieu : à lui tout seul, il devrait capter entre 120 et 160 millions des investissements lors du prochain mandat. Capture Google view

« Il y a effectivement déjà beaucoup de choses inscrites sur le mandat suivant », nous glissait hier un membre de l’exécutif entre deux échanges des débats de l’assemblée métropolitaine. Certes, qu’un mandat commence avec l’héritage des investissements et projets d’investissements lancés sous le précédent n’a rien de révolutionnaire. Mais peut-être pas dans cette ampleur là avec ce contexte là, façonné à la fois par ce qui est propre à la Métropole et ce qu’elle subit comme les autres entre difficultés budgétaire nationales et tensions internationales déstabilisatrices. Pour ce qui n’appartient qu’à Saint-Etienne Métropole, selon le maire de Fontanès, Michel Gandilhon, entendu et non contredit par l’exécutif le 8 janvier dernier, la capacité d’investissement de la métropole lors du prochain mandat (le total cumulé sur son ensemble) va osciller entre « 600 et 900 M€ ».

« Emballement » de 2021 et conséquences

Contre un peu plus de 800 M€ (on parle bien des investissements « d’équipements », l’entretien et le « neuf », sans compter donc le remboursement du capital de la dette) cumulés sur celui 2020/2026. Pour rappel, l’euphorie post Covid conjuguée avec des taux d’intérêt alors bas et la manne apportée par l’augmentation de la fiscalité propre à la Métropole en 2021 a provoqué un certain « emballement », comme résumait Sylvie Fayolle, fin novembre lors de la présentation des orientations budgétaires. Il faut certes relativiser aussi la gravité de la situation quand on sait qu’un cumul de 400 M€ avait été investi de 2014 à 2020. Cependant, le mandat suivant, avec l’inflation, les transferts de compétences strictes du Département (sur la voirie par exemple) rentrés en jeu, ne peut pas se targuer d’un réel doublement de l’investissement public.

Pas de différence fondamentale entre orientations budgétaires 2026 présentées en novembre (ici) et le vote du budget 2026 ce mercredi 28 janvier. ©If Saint-Etienne / XA

Reste que les projets élaborés/espérés par les vice-présidences il y a bientôt 5 ans, amenaient plus à un cumul 2020/2026 d’1 milliard, voire 1,2 milliard investis. La brutale redescente sur terre à partir de 2022, l’inflation, taux d’intérêt bancaires bien compris, la prise de conscience que le déficit structurel de l’Etat impactant les collectivités ne pouvait plus être « renvoyé » à la génération suivante : tout cela a changé la donne. Et au beau milieu d’une grave affaire judiciaire faisant plus que tanguer la cohésion de l’assemblée et mettant, assurent depuis plus de 3 ans les détracteurs de Gaël Perdriau, à l’isolement la métropole, en la coupant des financements régionaux et d’Etat. Rendant en tout cas assurément schizophrène la gouvernance du navire en l’absence du retrait réellement total de l’amiral original. Le navire n’a pas coulé. Mais il a fallu déjà, jeter par-dessus bord quelques unes des espérances de 2021.

145,1 M€ en investissements d’équipements

Suffisamment ? L’audit des finances par un cabinet extérieur, signe d’une incertitude croissante, présentait à l’automne 2024 comme « risqué » de continuer à investir 150 M€ en équipements par an au regard du contexte, et cela dès 2025 / 2026, comme pour les années suivantes, jusqu’en 2030. Le prix de la sécurité étant de se « limiter » à 100 M€ par an… Comme annoncé lors de la présentation des orientations budgétaires fin novembre, le budget primitif adopté hier par l’assemblée (- 15 abstentions : les élus d’opposition stéphanois et quelques maires ou élus d’autres communes) va consacrer 145,1 M€ en investissements d’équipements. La présidente Sylvie Fayolle argue de la prudence, du sérieux, des économies et renoncements appliqués pour boucler ce budget primitif 2026 avec au passage une augmentation de la Taxe des enlèvements des ordures ménagères (TEOM, taux de 8,3 % à 8,5 %) et de la Gemapi que les administrés vont forcément ressentir… L’exécutif souligne au passage, qu’il y a des autorisations de programme, des engagements enclenchés et pris contraignants.

Il faut ajouter dans la balance, ce n’est pas rien, que l’inscription de la somme est théorique et que sa consommation n’est jamais effectuée à 100 % mais plutôt à 70 % environ. Or, l’audit, sauf erreur de notre part, donne des scenarios où les enveloppes investissements sont consommées. Elément rappelé par Sylvie Fayolle hier. Son vice-président aux finances, Christian Julien, a introduit ses propos en réitérant que la conception du budget 2026 témoignait de la prudence induite par le contexte complexe. En tête de gondole : l’adoption – normalement d’ici une semaine – d’un budget national mouvant, incertain. A ce sujet, par rapport aux orientations financières présentées fin novembre, Saint-Etienne Métropole ne devrait finalement pas avoir à subir les pertes financières au titre du dispositif Dilico. De quoi réduire significativement la dégradation de son épargne nette (donc l’autofinancement nécessaire pour investir) : elle devrait s’élever à 15 M€ et non 10 M€.

Avec ou sans l’effet « Dilico »

Cependant, le montage de novembre reste. Par prudence, afin de ne pas avoir à payer un rebondissement de dernière minute dans le mauvais sens. Si le Dilico n’agit pas, « notre recours à l’emprunt sera alors moins fort : – 5 M€ sur les 80 envisagés au budget principal, de 98 à 93 M€ au total ». Et la capacité de désendettement de la dette – 409 M€ au 1er janvier 2026 – améliorée en conséquence. Elle est actuellement prévue pour être de 10,5 ans sur le budget principal, ce qui s’approche dangereusement de la zone rouge des 12 ans. Elle sera probablement à un peu plus de 9 ans, tous budgets confondus (principal + transports + eau/assainissement), en cas d’absence confirmé d’effet Dilico. « Si ce n’est pas pour cette année, ce sera réclamée pour la suivante. Nous avons obéré l’avenir durant ce mandat », répète Mac Chavanne, maire de Saint-Jean-Bonnefonds déjà sur cette ligne fin novembre.  

Une dérive importante et même impressionnante qui hypothèque à terme notre capacité future d’investissement.

Jean Duverger, élu d’opposition stéphanois écologiste

Tandis que Jean Duverger pour les écologistes stéphanois s’alarme de la trajectoire : celle ayant fait passer « l’une épargne nette de plus de 25 M€ en 2022 à une estimation de 10 M€ dans le budget que vous présentez en 2026 soit une baisse de 40 % ! » la politique menée depuis 2021 a, selon lui, « généré une dérive importante et même impressionnante qui hypothèque à terme notre capacité future d’investissement. Cette capacité érodée devra pourtant relever de nombreux défis ». Et d’estimer ce budget certes « pas facile » à faire car plombé par des raisons exogènes, trop dispersé pour y répondre, l’élu arguant une fois de plus que les priorités – lutte contre le réchauffement climatique, transition écologique – sont mal ciblées.        

Fonds et transparence de fond

Isabelle Dumestre, élue d’opposition socialiste stéphanoise, disait de même : continuer à investir est une priorité oui, des éléments extérieurs contraignent indépendamment des choix, oui aussi. Mais selon elle, les sommes sont mal utilisées : le plan vélo reste sacrifié, estimait-t-elle avec ses 4,9 M€ consacrés en 2026. Et le « design » se voit investi de 13 M€ alors que la ligne « transition écologique » qui « prépare l’avenir » est dotée de 10 M€ en investissements. De quoi au passage la faire attaquer à nouveau « Cité du design 2025 » sur ce qu’elle désigne comme un manque de clarté persistant autour de ce projet majeur. A propos de transparence, Eric Berlivet, maire de Roche-la-Molière, appuyé par Marc Chavanne, en remettait une couche sur l’absence du bilan des investissements métropolitains commune par commune, persuadé qu’il est du favoritisme fait à la ville centre et au Gier au détriment, entres autres mais en particulier, de l’Ondaine.

Il y a un fléchissement de l’autofinancement mais il y a aussi de bons éléments qui nous autorisaient à aller plus loin. On est resté prudent, justement.

Christian Julien, vice-président aux Finances

S’autoqualifiant de « tout aussi têtu », Christian Julien lui répétait, à son tour, sa réponse automnale : la métropole n’a pas l’outil technique pour le faire. Avant que le maire de Saint-Genest-Lerpt n’ajoute dans un soupçon d’ironie : « J’imagine pourtant que chacun de vos communes, bien gérées, elles, avez cette possibilité en un clic de retrouver tous les financements accordés par Métropole à vos budgets ». A commencer par les fonds de politique de l’habitat, année après année ou, assenait il, quand il s’agit de venir sortir des villes de la « mouise » quand des problématiques d’assainissement éclatent… Pour ce qui est de l’horizon, « bien sûr que l’état du Département et les conséquences nous inquiètent. Sachez que quelqu’un y travaille sérieusement à Métropole pour anticiper », informe Christian Julien.

« Il y a aussi de bons éléments »

En faisant le choix d’inscrire 145 M€ d’investissements, « nous assurons pour l’exécutif suivant un budget véritable, raisonnable. Il y a un fléchissement de l’autofinancement (épargne nette) mais il y a aussi de bons éléments qui nous autorisaient à aller plus loin. On est resté prudent, justement. » Des choix douloureux ont déjà été effectués et d’autres devront l’être plus tard, ne cache pas l’exécutif. Sa présidente Sylvie Fayolle estime d’ailleurs que la transparence des dossiers est restaurée depuis 2023. Et « on a aussi supprimé, ralenti, des choses pour se concentrer davantage sur nos compétences primaires ». La maire de Saint-Paul-en-Cornillon rappelle qu’un diagnostic est lancé sur les dépenses design, sa Cité afin d’améliorer son efficacité et son apport à l’économie locale.

Elle annonce aussi une tournée, commune par commune, pour faire remonter ce qui va, ce qui ne va pas, selon les municipalités dans leur rapport avec Métropole. Bref, si tous les voyants ne sont pas verts, ils sont loin d’être tous au rouge pour autant. Reste que celui des finances, à ce stade et en songeant aux six ans qui viennent, est bien couleur orange…