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Rédaction Actu
Publié le
29 janv. 2026 à 21h32
Après plusieurs jours de menace, finalement, ce jeudi 29 janvier 2026, les ministres des Affaires étrangères européens ont décidé de désigner comme « organisation terroriste » le Corps des Gardiens de la Révolution (CGRI), armée idéologique de la République islamique d’Iran.
Les Occidentaux l’accusent d’avoir orchestré début janvier la répression du vaste mouvement contestataire qui a secoué le pays et fait des milliers de morts.
L’Union européenne s’aligne ainsi sur la position des États-Unis, du Canada et de l’Australie, qui l’ont classé comme organisation terroriste respectivement en 2019, 2024 et 2025.
Les Gardiens de la Révolution, c’est une force extrêmement organisée, contrôlant des pans entiers de l’économie.
Qui sont-ils ?
Les « Pasdaran » (« gardiens » en persan) ont été créés en 1979 par le guide suprême peu après la révolution islamique « afin de propager les idéaux » de celle-ci, rappelle Clément Therme, chercheur associé à l’Institut international d’études iraniennes.
Leur nombre approche les 200 000 hommes, selon une source diplomatique occidentale ayant requis l’anonymat.
[Au-delà de l’idéologie, cette force] fonctionne comme une armée d’élite avec des moyens terrestres, maritimes, aérospatiaux mais elle est mieux entraînée, mieux équipée, et mieux payée que l’armée [régulière].
Source diplomatique occidentale
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Le CGRI est également le relais de Téhéran auprès de ses alliés dans la région, comme le Hezbollah libanais ou les groupes armés du Hachd al-Chaabi en Irak. La Force Al-Qods, son unité d’élite qui agit à l’étranger, est également soupçonnée d’être derrière une attaque contre une synagogue à Bochum (en Allemagne) en 2021.
Constitutionnellement, tous les dirigeants du CGRI sont nommés par le guide suprême.
En juin dernier, Ali Khamenei a nommé à sa tête Mohammad Pakpour pour succéder à Hossein Salami, tué en juin lors de la guerre de 12 jours avec Israël. C’est un vétéran de la guerre Iran-Irak.
Quels sont leurs moyens ?
« C’est un empire dans un empire », résume David Khalfa, chercheur de la fondation Jean-Jaurès.
Les « Pasdaran » détiennent ou contrôlent des sociétés dans tous les secteurs stratégiques de l’économie iranienne. « Ils ont une position quasi monopolistique », que ce soit dans les infrastructures (ports, transports, barrages, etc.), l’énergie (gaz et pétrole), les technologies, les télécoms ou les secteurs financier et bancaire, dit-il.
Leur budget militaire est estimé à entre six et neuf milliards de dollars par an, soit environ 40 % du budget militaire officiel iranien, selon les données récoltées par le chercheur. « Ils contrôlent de facto l’économie iranienne. »
Comment fonctionnent-ils ?
Les Gardiens ont mis en place un vaste réseau de renseignement, « le plus étoffé, le plus performant du régime iranien », explique David Khalfa.
Leur pénétration de la population leur permet de démanteler soigneusement, et dans des délais records, des réseaux de contestation, en identifiant en quelques minutes les meneurs.
Ils s’appuient sur une milice paramilitaire, les Bassidj, recrutée essentiellement dans la jeunesse et qui agit comme une organisation idéologique insérée dans toutes les institutions et strates de la société.
Ces milices compteraient entre 600 000 et 900 000 personnes – dans un pays de plus de 92 millions d’habitants –, dit David Khalfa, sur la base des données croisées de divers centres de réflexion américains.
Quel rôle ont-ils joué dans la répression ?
Les Gardiens ont été au cœur de la répression des mouvements de contestation qui ont régulièrement secoué l’Iran ces dernières décennies.
Les pertes humaines de la répression de janvier, menée alors qu’Internet a été coupé à l’échelle nationale, sont considérables. D’après un bilan actualisé de l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, 6 373 personnes, dont 5 993 manifestants, ont été tuées.
L’ONG, qui dispose d’un vaste réseau de sources dans le pays, enquête sur plus de 17 000 possibles décès supplémentaires et recense au moins 42 486 personnes arrêtées dans une répression qui se poursuit.
Amnesty International dit avoir réuni des preuves montrant l’implication du CGRI, notamment de ses bataillons Bassidj, et de diverses divisions de la police iranienne, connue sous son acronyme persan « Faraja », ainsi que d’agents en civil.
Ils jouent un rôle central dans la répression parce qu’aujourd’hui, plus que jamais, ils sont le pilier du régime iranien, le pilier de sa pérennité, de sa survie.
David Khalfa
Chercheur de la fondation Jean-Jaurès
Avec AFP.
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