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Rédaction Seine-Saint-Denis

Publié le

30 janv. 2026 à 7h38

Quatorze mille cinq cents dossiers jugés l’an passé, contre 9 400 en 2024, et une croissance de 54 % en six ans. En Seine-Saint-Denis, le tribunal correctionnel de Bobigny, deuxième de France après Paris, est au bord de l’asphyxie. L’alerte a été donnée en début de semaine par le procureur de la République, Éric Mathais, lors de l’audience solennelle de rentrée.
En cause, selon le responsable de l’action publique pénale dans le département le plus pauvre de France métropolitaine à la population continuellement croissante (1,7 million d’habitants) : l’accroissement du nombre et la plus grande gravité des dossiers, notamment en matière de narcotrafic, violences intrafamiliales et proxénétisme des mineurs. « Le temps nécessairement consacré à juger ces faits plus graves et ces délinquants plus nombreux croît également, et de manière spectaculaire », a-t-il souligné.

« Nous devons classer beaucoup d’affaires »

Son constat est sans appel, il est « celui de la saturation des voies de poursuites correctionnelles à Bobigny, malgré les évolutions positives ». Mais, du fait de la « nécessité vitale de se concentrer sur les dossiers les plus graves », le procureur déplore que son parquet doive « classer beaucoup » d’affaires.

La Seine-Saint-Denis est le département où le nombre d’habitants mis en cause pour trafic de stupéfiants est « le plus élevé » (2,5 sur 1 000 en 2024), selon son discours, évoquant une « imprégnation » – ancienne et diffuse – du territoire. La tendance y est cependant à la baisse pour le nombre d’homicides et tentatives liés au narcotrafic : 82 en 2025 contre 88 en 2024.

Sept homicides en lien avec les stupéfiants ou la criminalité organisée ont été recensés en 2025, a précisé à l’AFP le parquet, quand la juridiction avait compté 15 narchomicides en 2024 et 4 en 2023. Par comparaison, une vingtaine de narchomicides ont été commis en 2025 dans les Bouches-du-Rhône, selon un décompte de l’AFP.

Le parquet national anticriminalité organisée traite « le très, très haut du spectre », le reste revenant à Bobigny, tels les dossiers « ordinaires » des trafics de cité.

Des permanences spécialisées suspendues

« L’explosion » de l’exploitation sexuelle des mineurs par la prostitution a marqué l’année écoulée : le nombre de procédures traitées par la Division Famille Jeunesse (DIFAJE) du parquet a presque doublé. Mais, « avec 11 magistrats, la DIFAJE ne peut plus maintenir les permanences spécialisées ‘proxénétisme’, qui vont devoir être suspendues », a déploré le procureur.

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« On entend parfois que la justice est laxiste. Ce n’est pas usuellement la réalité quotidienne au tribunal de Bobigny », a insisté le magistrat. Il a cité le procès de 21 personnes impliquées dans un vaste trafic de stupéfiants à Saint-Ouen, les principaux auteurs ayant été condamnés en octobre à cinq à sept ans d’emprisonnement.

La présidente du tribunal, Anne Auclair Rabinovitch, a, de son côté, évoqué la hausse continue des « affaires criminelles jugées : 68 en 2023, 91 en 2024 et 115 en 2025 », tout en constatant que le « stock représente à ce jour 234 affaires dans lesquelles sont détenus 96 accusés ».

Elle a cependant rappelé que le ministère de la Justice annonçait de nouveaux recrutements d’ici à 2027 qui pourraient « représenter un important renfort » pour sa juridiction. Le tribunal judiciaire de Bobigny avait été doté, entre 2017 et 2025, de 22 magistrats supplémentaires (+12%) et de 69 greffiers (+34%), selon la Chancellerie, qui précise qu’entre 2025 et 2027, il est prévu qu’il reçoive 28 magistrats et 32 greffiers.

avec AFP

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