Visite de Wang Yi, ministre des Affaires étrangères de la République populaire de Chine, à la Commission européenne en juillet 2025

©European Union,2025

Dans un contexte de redéfinition des rapports de force internationaux, l’Union Européenne tente de réduire sa dépendance vis-à-vis de la Chine, dans le secteur des matériaux critiques afin de développer sa propre industrie et dans un second temps, se tourner vers d’autres partenaires.

Le constat d’une dépendance dangereuse

Prendre son téléphone, utiliser une voiture électrique, installer des panneaux solaires… Ces gestes devenus presque banals nous font oublier que les principaux composants de ces objets sont au cœur des enjeux actuels géopolitiques, économiques et environnementaux.

Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission Européenne, l’a rappelé le 20 novembre 2025 en réagissant à la déclaration du gouvernement chinois sur l’élargissement du contrôle de l’exportation des terres rares : « À court terme, nous nous concentrerons sur la recherche de solutions avec nos homologues chinois. Mais nous sommes prêts à utiliser tous les instruments dont nous disposons si nécessaire ».

Les matières premières, qui peuvent être aussi bien des métaux que des éléments chimiques, sont définies comme indispensables dans la mesure où leur défaut d’approvisionnement peut avoir des impacts industriels ou économiques négatifs importants. Cependant, leurs présences se révèlent primordiales dans des domaines omniprésents tels que les énergies renouvelables, l’électromobilité, l’industrie, les technologies, l’aérospatial et la défense. C’est-à-dire dans des objets du quotidien (le lithium dans nos téléphones) et dans les outils nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique (les aimants dans les éoliennes). La détention de ces terres rares et minéraux confère alors une puissance facile de pression en faveur des pays exportateurs. Or, lorsqu’un rapport de la Commission des affaires européennes de 2025 affirme qu’on « ne fait pas la transition écologique sans la Chine ». Cela laisse entrevoir la difficulté de combiner objectif environnementaux et prise de distance avec le premier producteur mondial de matériaux critiques.

En effet, parler de monopole n’est pas une hyperbole, la Chine détient 90% de la production mondiale des terres rares et 60% [https://infos.ademe.fr/energies/2025/les-materiaux-critiques-piliers-invisibles-de-la-transition-energetique/] des importations européennes de silicium proviennent de ce pays. Cependant, il est difficile pour l’Union Européenne d’être une concurrente sérieuse à court terme lorsque l’on sait que le coût d’extraction des métaux rares est 30 à 50% plus élevé sur le continent européen qu’en Chine ou en Afrique. Et cela se ressent dans le déficit commercial de l’UE avec la Chine qui s’élève à 305 milliards d’euros. Par ailleurs, à ces tensions économiques s’ajoutent des désaccord diplomatiques notamment sur la question de la guerre en Ukraine comme cela a été rappelé lors du sommet Chine-UE, le 24 juillet 2025, et qui ne facilite pas les relations.

Zoom au coeur des stratégies chinoises

Lancée par le gouvernement chinois au printemps 2015, le projet “Made in China 2025” visait à faire passer la Chine du statut de géant industriel à celui de « puissance manufacturière mondiale » et ciblait les secteurs clés, des biotechnologies aux technologies de l’information en passant par les semi-conducteurs et les véhicules électriques. De nombreuses subventions étatiques ont permis une croissance rapide de ces secteurs technologiques orientés vers l’innovation, et qui dans le même temps ont favorisé la diminution de la dépendance chinoise vis-à-vis des autres pays. Dix ans après, ce plan est devenu le symbole de la menace que représente l’ascension de la Chine.

Pourtant, le rayonnement d’une puissance chinoise n’est pas un phénomène nouveau puisque autour de l’an 0, l’Empire du Milieu avait déjà développé un large réseau de commerce reliant l’Asie, l’Europe et le nord de l’Afrique. C’est d’ailleurs, sur ce modèle que s’appuie l’actuel président chinois Xi Jinping, pour mettre en œuvre le « Belt and Road Initiative” ou en français le “projet des Nouvelles route de la soie”. Initié en 2013, “le projet du siècle”, comme surnommé par Xi Jinping, vise à créer une nouvelle génération de comptoirs transnationaux avec un vaste réseau routier et ferroviaire reliant économiquement la Chine à l’Europe, en intégrant les espaces d’Asie Centrale et incluant des espaces africains riverains de l’Océan indien pour le versant maritime. Il concerne plus de 68 pays regroupant 4,4 milliards d’habitants. Les objectifs sont multiples : il s’agit d’accroître ses exportations, de trouver de nouveaux marchés pour ses entreprises de bâtiments et de travaux publics et d’étendre son influence. Par ailleurs, en solidifiant des accords de coopérations avec des pays comme le Sri Lanka, le Bangladesh ou la Birmanie, elle assure en même temps la sécurité de ses nouvelles routes d’approvisionnement. C’est ainsi que des contrats qui offrent des infrastructures contre l’accès à des ressources ont été conclus un peu partout dans le monde.

La Chine a également renforcé sa sécurité stratégique et son autonomie énergétique en développant massivement ses capacités de stockage de matières premières. C’est par exemple le cas pour le pétrole brut qui a vu sa capacité de réserve passer de 1,7 à 2 milliards de barils depuis 2020. La crise du Covid-19 puis les taxes douanières imprévisibles de Trump ont accéléré ce processus qui s’étend désormais aussi aux céréales et au soja.
Enfin, le 22 août 2025, la Chine étend son système de quotas aux matières premières importées. Diminuer ses importations et augmenter ses exportations pour consolider davantage son contrôle sur la chaîne d’approvisionnement mondiale de ces minerais.

Le réveil progressif de l’Europe

Renforcer l’autonomie et favoriser la transition écologique, telles sont les motivations mises en avant par le Conseil européen qui a adopté en mars 2024 une réglementation européenne sur les matières premières critiques intitulée Critical Raw Materials Act. Parmi les objectifs fixés pour 2030 on trouve la volonté de se recentrer sur l’UE en maîtrisant au moins 10% de l’extraction et 40% de la transformation des matières premières critiques. Dans un même temps, elle souhaite améliorer la circularité et la durabilité des métaux en inscrivant dans la législation le désir de voir au moins 25 % de la consommation annuelle de l’Union [https://www.consilium.europa.eu/fr/infographics/critical-raw-materials/] provenant du recyclage domestique. Validé en octobre 2025, le programme RESourceUE mobilise de nouveau les idées de ce projet et témoigne de la volonté nette de réaffirmer la souveraineté européenne.

Enfin, dans une politique d’ouverture vers d’autres États, l’Union européenne a signé le 20 novembre 2025, quelques jours avant le début du G20, un partenariat sur les minéraux critiques avec l’Afrique du Sud, pays hôte de ce rassemblement. Le président africain Cyril Ramaphosa se dit satisfait de voir que « l’Afrique du Sud puisse commencer à monter en gamme » lors d’une conférence de presse commune avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président du Conseil européen, Antonio Costa. De l’autre côté de la Méditerranée, cet accord montre l’intention claire de réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis de la Chine. Le politologue américain Abraham Newman avertissait les Européens sur le risque de “passer d’une dépendance à une autre” en faisait allusion au passage des Etats-Unis à la Chine. L’Union européenne répond et se mobilise en diversifiant ses partenaires et en dynamisant ses propres entreprises.