DÉBAT – Beaucoup pronostiquent déjà un quatrième titre d’affilée pour le Stade Toulousain. Les raisons d’y croire ne manquent pas. Mais, cette saison, les triples champions de France ne semblent pas aussi souverains.
Oui, le Top 14 est déjà plié
À l’aube du début de saison, une seule interrogation agitait les têtes. Qui pourrait arrêter le champion de France dans la quête d’un quatrième Bouclier de Brennus consécutif ? Quinze journées de championnat plus tard, bien inspiré celui ou celle qui imagine tout autre dénouement qu’un nouveau sacre du Stade Toulousain. Ces dernières semaines, Sébastien Piqueronies et Karim Ghezal, managers de la Section Paloise et du LOU, ont fait la douloureuse expérience d’être giflés par l’ouragan haut-garonnais. «Il y a Toulouse et les autres», plantait après coup le premier. «Toulouse sera encore champion à la fin», se résignait le second.
Malgré des revers à Montpellier et Bayonne en début de saison, les Rouge et Noir font déjà cavalier seul (6 points d’avance sur le deuxième, Paris, 10 unités sur le troisième, Pau). Évoluent dans leur monde. Leur écrasante victoire face au dauphin palois, samedi dernier (59-22), en a donné la mesure. Quand Toulouse accélère… Près de soixante points et neuf essais passés à une formation qui se déplaçait pourtant avec ses meilleures armes. Plus effrayant encore ? Certains joueurs de renoms manquaient aux Rouge et Noir : Romain Ntamack, Ange Capuozzo, Pierre-Louis Barassi, Juan-Cruz Mallía, entre autres.
Domination exacerbée. D’autant plus que son principal concurrent, l’Union Bordeaux-Bègles – passée à rien de faire tomber son rival lors de la dernière finale -, semble moins impressionnant que les années précédentes. Les joueurs de Yannick Bru seront, à n’en point douter, au rendez-vous de la phase finale. Mais en Top 14, la fraîcheur prime plus que tout. Les Unionistes ont lâché de précieux points. Et accusent déjà un retard qui pourrait s’avérer rédhibitoire au moment d’enchaîner les matches. Qui pourrait alors concurrencer l’institution rouge et noire ? Pau, qui amène un vent de fraîcheur certain mais qui manquera encore d’expérience ? Le Stade Français et son retour en force sur le devant de la scène ? Montpellier ou Toulon ? Les espoirs sont minces.
Certes, le Top 14 et ses «playoffs» si chers aux amoureux du rugby français peuvent encore offrir des rebondissements (Castres avait justement éliminé Toulouse en demi-finales lors de la saison 2021-2022). Sur les trois précédentes saisons, les deux premiers au terme de la phase régulière ont néanmoins accédé à la finale. Les surprises se perdent. Et le Stade Toulousain fonce vers une nouvelle place directement qualificative pour les demies. Son expérience des moments cruciaux, son horreur de la défaite et son effectif pléthorique ne veulent pas en laisser une miette. Jamais rassasiés.
Si les Haut-Garonnais devaient à nouveau retrouver le Stade de France – ce serait alors la 6e fois en 7 ans -, ils pourraient s’appuyer sur une sacrée statistique. Cette génération, portée par Ugo Mola et Antoine Dupont – le capitaine du XV de France aura envie de connaître à nouveau la victoire après sa lourde blessure – n’a encore jamais échoué en finale, sur les sept qu’elle a disputées. (Pablo Guillen)
Non, Toulouse n’est pas à l’abri d’une désillusion
Le Stade Toulousain n’est pas aussi impérial cette saison que la précédente. Bien sûr, il inflige des cartons à domicile, mais, exception faite de Pau, souvent contre des équipes remaniées, venues à Ernest-Wallon en victimes expiatoires (Toulon, UBB, Sale…). En revanche, à l’extérieur, ça coince un peu plus : défaites à Montpellier, à Bayonne à Pau, à Perpignan, sans oublier les revers à Glasgow et chez les Saracens de Londres en Champions Cup. Compétition dans laquelle les triples champions de France ont souffert, pour des retrouvailles annoncées contre l’UBB à Bordeaux dès les quarts de finale.
La période qui s’ouvre, avec les (faux et vrais) doublons, ne va pas arranger la situation. Toulouse compte 11 joueurs «premium», donc préservés, dans la liste des 28 de Fabien Galthié. Plus quelques blessés (Ntamack, Mallia, Capuozzo, Merkler…). Bref, une équipe de titulaires en moins pour négocier, par exemple, un déplacement périlleux sur la pelouse du Stade Français en plein Tournoi. Des Parisiens qui, au match aller, avaient longtemps tenu tête à leurs hôtes avant de lâcher prise (29-17). Ils ont cependant eu le mérite d’avoir indiqué qu’il n’était pas impossible de faire tomber le monument de son piédestal…
Toulouse avait chuté à Bayonne début octobre.
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Au sortir du Tournoi, avec des joueurs qui auront été fort sollicités (ajoutons l’Écossais Blair Kinghorn ou Ange Capuozzo, qui sera appelé par l’Italie dès que sa main sera rétablie) par leurs sélections et une phase finale de Champions Cup qui sera énergivore, les Rouge et Noir ne sont pas à l’abri de nouvelles déconvenues. Ugo Mola en est parfaitement conscient, lui qui multiplie les mises en garde après chaque sortie de route cette saison. «Le truc insidieux, à force de t’entendre dire que tu es le meilleur, que tu vas évidemment gagner le Top 14…», résume le péril qui guette ses troupes : une suffisance pernicieuse, se voir trop beaux, ne plus faire tous les sacrifices nécessaires.
Le Stade Toulousain doit rapidement trouver la parade, resserrer quelques boulons sous peine de voir sa confiance grignotée petit à petit. L’usure de l’excellence guette. Les joueurs ont beau répéter que leurs ambitions sont intactes, qu’ils ne sont jamais rassasiés de titres, la concurrence est animée par une même volonté : être l’équipe qui réussira l’exploit de faire chuter le grand Toulouse. Et comme toute série, si brillante soit-elle, se rapproche inexorablement de sa fin… (David Reyrat)