«C’est la course » pour Alderic Tardivel, gérant d’une entreprise de pompes funèbres à Nantes. Et ce, depuis la mi-décembre. Même refrain pour les autres services funéraires du coin. « Avec les fêtes, ça n’a rien arrangé, la vague de décès s’est prolongée jusqu’à mi-janvier et a engorgé les chambres funéraires et les crématoriums de l’agglomération » mais aussi de « Saint-Nazaire et de Rennes », constate le responsable.
Chaque année, sauf exception, l’hiver n’est pas une saison anodine pour les professionnels du funéraire. Une période où les épidémies de grippe sévissent. « En décembre, nous avons recensé l’équivalent de trois mois de décès », affirme Alderic Tardivel. Il assure que les familles attendent parfois une dizaine de jours entre le décès et l’inhumation ou la crémation du défunt. Même constat à Angers, où les délais sont passés de trois jours à une semaine. « Nous devons gérer plus de décès avec le même nombre d’heures de travail et les mêmes effectifs de personnel », explique Fabio Tombini, gérant d’une entreprise de pompes funèbres familiales dans l’agglomération angevine.
« Si beaucoup font le lien avec l’épidémie de grippe, rien ne nous permet d’affirmer cette hypothèse, rappelle le spécialiste. Car nous ne demandons jamais la cause du décès aux familles. » Son confrère de la région nantaise acquiesce : « Rien ne prouve que les défunts dont nous avons la charge sont morts à cause de l’épidémie. On ne peut pas toujours expliquer les vagues de décès. »
La grippe, une raison parmi tant d’autres ?
Pour Elisabeth Charrier, déléguée générale de la fédération nationale du funéraire (FNF), les pompes funèbres et crématoriums peuvent être plus encombrés que la moyenne en raison de plusieurs critères : « la zone géographique, la densité de population, l’âge moyen de la population, la présence de crématoriums et leur activité » ou encore « les conditions météo et la disponibilité des personnels ».
A Nantes, Alderic Tardivel ne nie pas l’impact de l’épidémie de grippe sur la mortalité hivernale mais met en évidence d’autres raisons qui peuvent expliquer la surcharge des services funéraires. Sur son département, il évoque le manque d’effectifs dans la police nationale, dont la présence est obligatoire pour la surveillance de certaines opérations funéraires. « Ici, nous n’avons que deux policiers pour surveiller les crémations ce qui peut retarder la prise en charge de certains défunts comme cela a pu être le cas lorsque ces deux agents se sont relayés pendant les vacances de Noël. »
Dans les zones sans virus, pas de surcharge
Selon la cartographie du site Sentinelles, qui répertorie de façon hebdomadaire l’évolution du nombre d’infections respiratoires aiguës (IRA) en France, « le taux d’incidence des cas de grippe vus en consultation de médecine générale pour une IRA a été estimé à 186 cas pour 100.000 habitants » sur la semaine du 19 au 25 janvier. Seules quelques zones dont l’Ile-de-France, le centre de la France ou encore la pointe finistérienne échappent à cette vague d’infections dite « modérée ».
Sur ces territoires où les cas de grippe sont moindres, les services funéraires disent ne pas être dépassés par les demandes et enregistrent un rythme « plutôt habituel », comme l’attestent le gérant d’une entreprise de pompes funèbres à Saint-Denis et une employée d’une entreprise funéraire brestoise.
Notre dossier sur l’épidémie de grippe
D’après les données de l’Insee, l’hiver est une période où la France enregistre le plus de décès. En 2025, le pays répertorie 69.384 décès au mois de janvier contre 46.795 au mois de juin. Des données constantes d’une année à l’autre.