Condamnée en avril dernier à 25 ans de prison pour « actes de torture et barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, » Myriam J. est rejugée en appel, à Bourg-en-Bresse. Le 22 juin 2022, elle avait fait ingérer un produit caustique à un bébé qui n’a pas survécu. Ce vendredi 30 janvier, Myriam J. sera fixée sur son sort. La matinée s’est achevée sur les plaidoiries des parties civiles. Le verdict de la cour d’assises d’appel est attendu en fin de journée.
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Pompier, soignante, policière… Certains des professionnels aguerris appelés à la barre ont peiné à contenir leur émotion et leurs larmes en évoquant ce dossier très douloureux. Les parents de Lisa ont voulu, comme au premier procès, que des images de leur bébé débordant de vie soient diffusées. Non sans peine. Des jurés, des avocats, y compris de la défense, et de nombreuses personnes présentes dans le public n’ont pas pu retenir leurs larmes en entendant les rires et les gazouillis de la petite.

Lisa, la fillette de 11 mois, a succombé à une ingestion « massive » de produit caustique, de type déboucheur de canalisations. Ses parents, comme au premier procès, ont voulu montrer des images de leur enfant pleine de vie.
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© France tv / Dessin : Emmanuel Prost
« Elle dit que Lisa pleurait, que c’était une enfant pas si simple… Vous comprenez pourquoi c’était important pour les parents de montrer les photos de leur enfant », a expliqué lors de sa plaidoirie Me Bourgade, avocate des parents de Lisa.
« Pourquoi un nouveau procès ? »
« Un humain ordinaire peut faire, un matin ordinaire, quelque chose de monstrueux. » En fin de matinée, l’avocate de l’association L’Enfant Bleu, une des deux associations parties civiles, est la première à prendre la parole. « Quand on dit « mange et tais-toi, en lui enfonçant la bouteille dans la bouche, c’est pour qu’elle se taise… définitivement ! », reprend l’avocate qui évoque aussi le constat des blessures de Lisa. « Il y a cette enfant qui souffre et elle efface, nettoie, jette la bouteille et le body (…) qui fait ça quand on est dans un geste insensé ? », évoquant « le calcul » d’une femme devant « une enfant qui hurle ». « Elle a été capable d’une élaboration très précise, elle ment et s’organise. Aujourd’hui, ça reste une zone d’ombre, cette bouteille. Le déboucheur retrouvé n’est pas le produit qui a empoisonné Lisa », souligne l’avocate. « Qui peut croire cette femme qui n’a eu de cesse de mentir ? (…) Elle a non seulement privé Lisa de sa vie, mais les parents de ses derniers instants », affirme cette dernière.
MyriamJ. savait ce qu’elle faisait, elle ne pouvait pas ignorer la conséquence de son acte, elle a eu la volonté de tuer !
Avocate,
Association « Innocence en Danger » (partie civile)
La deuxième avocate de l’association « Innocence en danger » prend à son tour la parole pour ce dossier « qui prend aux tripes ». « Ce que cet enfant a reçu ce jour-là, ce n’était pas une erreur anodine, c’est une substance mortelle, de l’acide qui a été introduit dans la bouche de ce petit bébé ». « On ne peut pas diluer l’horreur derrière des pleurs et des excuses, Madame. » Et, elle continue : « Dans le box, elle apparaît courbée, fragile et triste. Ce n’est pas la Myriam du jour des faits. Au moment des faits, elle a saisi Lisa pour lui faire boire de l’acide et elle en a oublié la date ! ». « Après ce geste, elle ne s’occupera plus de Lisa, elle ira vaquer à ses occupations, puis elle essayera de maquiller son geste (…) Elle n’appelle pas les secours. Elle ment, elle cherche un moyen de s’en sortir, elle se demande uniquement si elle va être licenciée et tente de rendre la thèse de la gouache crédible (…) L’intention est au cœur de ce dossier ! » assure l’avocate.
Me Catherine Bourgade, avocate des parents de Lisa, se lève et commence sa plaidoirie. « Pourquoi un nouveau procès alors qu’elle a été déclarée coupable ? Le parquet général a interjeté appel et c’était le souhait des parents de Lisa. Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne nous va pas ? C’est une décision qui n’est pas le reflet de la réalité et qui dit : vous nous avez convaincus, vous n’avez pas voulu donner la mort à Lisa. Mais, pour les parents de Lisa, ce n’est pas la vérité ! », explique-t-elle. La méconnaissance de l’accusée des produits toxiques et du caractère nocif de celui qu’elle a administré à l’enfant, l’avocate ne peut l’admettre. « Elle sait très bien ce qu’elle a donné à Lisa ! (…) Elle lui ouvre la bouche et lui fait ingérer une dose massive de ce produit ». Me Bourgade décrit aussi une femme « qui s’adapte aux circonstances ».
« Elle a eu l’intention de tuer Lisa, on n’a pas compris pourquoi, les parents ne sauront jamais, ils n’auront jamais de réponse », lâche Me Bourgade qui rappelle que ses clients ne sont pas venus réclamer vengeance mais justice.
Qualification
« Ça fait 17 ans que je pratique des autopsies, c’est la première fois que je voyais ce type de lésions ! », s’est exclamé le docteur Isabelle Nahmani, psychiatre et médecin légiste, au deuxième jour du procès.
Lors de l’instruction et au premier procès d’assises, la trentenaire avait reconnu avoir fait ingérer un produit ménager caustique, un déboucheur pour canalisations, à la petite Lisa, une enfant de 11 mois. La fillette, ayant subi de graves brûlures internes, a succombé au bout de quatre heures ce 22 juin 2022, quelques jours avant son premier anniversaire.
Poursuivie pour « meurtre sur mineur de 15 ans », une qualification pour meurtre aggravé, Myriam J. a été jugée en avril dernier et condamnée à 25 ans de prison pour « actes de torture et barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Lors du premier procès d’assises, à Lyon, le ministère public avait requis 30 ans de prison. C’est le parquet général qui a fait appel, répondant ainsi au souhait des parties civiles.

L’accusée Myriam J. lors de son interrogatoire, au 2e jour du procès devant les assises, à Lyon. 2/4/25
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© DR : Dessin de presse Emmanuel Prost
Avec ce nouveau procès, les parents de Lisa espèrent « une peine exemplaire » et une peine de sûreté à l’encontre de l’ancienne employée de la micro crèche privée « Danton Rêve » appartenant au groupe People & Baby.

Les parents de Lisa et leurs proches, parties civiles.
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© France tv / Dessin : Emmanuel Prost
« Court-circuit », « débordement psychique »
« Elle s’est finalement construite autour d’un équilibre fragile dans un environnement restreint », a expliqué ce vendredi matin le docteur Francois Renault qui a témoigné en visioconférence ce vendredi matin, à l’ouverture de cette troisième et dernière journée d’audience. « Elle s’est sentie débordée par la situation, sans que ce soit adossé à des problèmes psychiques », indique le médecin psychiatre, « et comme elle a un fonctionnement très pauvre, ce qui a pu s’exprimer, c’est une forme de court-circuit de la pensée pour aller vers un acte qu’elle a remodelé ». Le professionnel évoque « un débordement psychique », « un moment de clivage ». Myriam J. ne souffre d’aucune maladie mentale et son acte « n’est pas relié à son parcours biographique ».

Myriam J., rejugée en appel à Bourg-en-Bresse du 28 au 30 janvier 2026
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© France tv / Dessin : Emmanuel Prost
Une nouvelle fois, lors de ce procès, la personnalité de Myriam J. a été passée au crible pour tenter de comprendre son geste. Globalement, les experts psychiatres et psychologues s’entendent pour décrire une personne « introvertie », « discrète », « peu autonome », voire « dépendante », ou encore « immature », « froide », « avec peu de capacité d’empathie ». Myriam J. était âgée de 27 ans au moment des faits, elle vivait chez ses parents et venait de décrocher son premier emploi stable dans cette micro crèche du 3ᵉ arrondissement de Lyon.
La veille, le docteur Isabelle Nahmani, psychiatre et médecin légiste, qui a examiné la puéricultrice en garde à vue, « au plus près de la commission des faits », a présenté l’accusée comme une personne ayant tendance à l’affabulation. Elle a également évoqué « un attrait » de la mise en cause pour les produits toxiques, un aspect du dossier « non investigué » selon elle. « Son rapport aux produits chimiques est vraiment central », a insisté cette professionnelle. Pour ce médecin aussi, aucun trouble psychiatrique ne permet d’expliquer son passage à l’acte.