• Yevgeny Shevchenko a été désigné par l’entreprise NewsGuard comme étant le « désinformateur » de l’année 2025.
  • De nature discrète, le Russe est à l’origine de près de 300 faux sites d’actualité visant à influencer l’opinion des sociétés occidentales.

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L’info passée au crible des Vérificateurs

En ligne, Yevgeny Shevchenko cultive la discrétion. Son nom n’apparait pas, ou très peu, au fil de nos recherches et ses réseaux sociaux sont inexistants ou bien privés, comme son compte VK (le Facebook russe) dont voici une archive (nouvelle fenêtre). Et pourtant, le Russe âgé de 37 ans est à l’origine d’un réseau tentaculaire de faux sites d’actualité, utilisant « Pravda » comme noms de domaine et visant à inonder les Occidentaux de fausses nouvelles. Pour l’ensemble de son œuvre en 2025, le jeune homme a été désigné plus grand « désinformateur » de l’année par la société NewsGuard, qui lutte contre les fake news. 

L’ombre de la société russe TigerWeb

Le dispositif Pravda, ou Portal Kombat, dont il est l’auteur, a connu une explosion de son activité en 2025, comme le renseigne NewsGuard (nouvelle fenêtre) : « Composé de 286 sites d’information vraisemblablement automatisés », le réseau « a publié 6,3 millions d’articles provenant de sources pro-Kremlin en 49 langues. De fausses allégations de corruption visant les dirigeants ukrainiens au ciblage de candidats pro-occidentaux lors d’élections en Europe de l’Est, le réseau Pravda a produit en moyenne 17.000 articles par jour sur l’année ». 

Originaire de Crimée et homonyme d’un ancien député ukrainien, Yevgeny Shevchenko a fondé la société TigerWeb en 2015 : c’est elle qui crée, gère et référence ces centaines de faux sites Pravda (ci-dessous, une capture d’écran de la version francophone en date du 30 janvier). L’agence française Viginum, chargée au nom du gouvernement de traquer les ingérences numériques étrangères, a été la première à faire le lien (nouvelle fenêtre) entre TigerWeb et Pravda. Elle soupçonne (nouvelle fenêtre) d’ailleurs Yevgeny Shevchenko d’avoir fondé son entreprise avec son frère, Denis, un ancien joueur de football en Crimée. 

Le site en français de Pravda, faisant partie de ce réseau de désinformation russe visant l'Ukraine et l'Occident  - DRLe site en français de Pravda, faisant partie de ce réseau de désinformation russe visant l’Ukraine et l’Occident – DR

Ces faux sites visent l’Occident depuis l’invasion russe de l’Ukraine et cherchent à saper le soutien apporté à Kiev, mais ils se sont d’abord concentrés sur le public russe et ukrainien en Crimée. Et cela, dès l’année 2013, comme nous le soulignions dans une précédente enquête (nouvelle fenêtre). En effet, Yevgeny Shevchenko développe et alimente des sites web au moins depuis 2013, selon Viginum. En parallèle, de 2015 à 2016, ce dernier a offert ses services à l’entreprise publique russe Krymtechnologii et aurait plus tard perçu des revenus de Yandex, l’équivalent de Google en Russie. 

Aujourd’hui, le jeune homme semble encore vivre en Crimée et pourrait avoir échappé à la conscription grâce à ses loyaux services rendus au Kremlin, selon NewsGuard, bien que Moscou ne puisse être directement rattaché à Pravda et au réseau Portal Kombat. 

Par ailleurs, les activités de Yevgeny Shevchenko lui valent de figurer sur la liste des sanctions européennes. En juillet 2025, l’Union européenne a inscrit le fondateur de TigerWeb sur sa liste noire (nouvelle fenêtre) pour sa responsabilité dans « la mise en œuvre et le soutien d’actions et de politiques imputables au gouvernement de la Fédération de Russie qui menacent la stabilité et la sécurité de l’Union ou d’un ou de plusieurs de ses États membres, en participant à l’utilisation de la manipulation coordonnée de l’information et de l’ingérence ou en la facilitant de quelque autre manière ». Ses avoirs en cryptomonnaie sont également gelés par Bercy. (nouvelle fenêtre) 

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En 2025, le ministère français des Armées a alerté (nouvelle fenêtre) sur l’interdépendance de plusieurs dispositifs de désinformation, dont le réseau Portal Kombat, qui « agissent de manière coordonnée pour atteindre un triple objectif : polariser la société française, affaiblir le soutien à l’Ukraine, et fracturer la cohésion nationale ».

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Caroline QUEVRAIN