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TRIBUNE. L’Union européenne négocie actuellement un accord de libre-échange majeur avec l’Inde. Dans un monde marqué par le retour brutal des rapports de force, ce dialogue n’est pas absurde, selon Angéline Furet, députée européenne du Rassemblement national.

Publié le 30 janvier 2026 à 21h00

Le Premier ministre Narendra Modi négocie actuellement avec l'Union européenne un nouvel accord majeur. Photo © PHILIPPE MAGONI/SIPA

Le Premier ministre Narendra Modi négocie actuellement avec l’Union européenne un nouvel accord majeur. Photo © PHILIPPE MAGONI/SIPA

L’Inde est une grande puissance émergente, un acteur stratégique face à la Chine, et le Premier ministre Narendra Modi assume pleinement une politique de défense des intérêts nationaux indiens. Sur ce point, il n’y a aucune ambiguïté : l’Inde protège son industrie, son marché et ses emplois. Le problème n’est donc pas l’Inde.

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Le problème, c’est l’Union européenne — ou plutôt la façon dont Bruxelles négocie systématiquement ses accords commerciaux. À Davos, Howard, secrétaire américain au Commerce, a mis des mots sur ce que beaucoup de peuples occidentaux subissent depuis vingt ans : les effets destructeurs d’une mondialisation dérégulée.

l’Union européenne semble rester figée dans le monde d’avant

Les États-Unis en tirent aujourd’hui les conséquences et changent de cap : produire à l’étranger pour maximiser les profits tout en privant les travailleurs nationaux d’emplois n’est plus politiquement acceptable. Washington assume désormais une doctrine claire : le commerce doit servir la souveraineté économique et l’emploi national. Pendant ce temps, l’Union européenne semble rester figée dans le monde d’avant.

Quand cette dernière ouvre son marché sans exiger la réciprocité, ce sont nos travailleurs qui paient.

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On l’a vu avec l’ouverture totale du marché européen aux céréales ukrainiennes : afflux massif de produits à bas coût, effondrement des prix locaux, agriculteurs européens étranglés, puis aides d’urgence financées par l’argent public. Même logique dans l’industrie : en laissant entrer sans protection durable les panneaux solaires chinois, l’Union européenne a sacrifié sa propre filière, provoquant des faillites en chaîne et une dépendance stratégique totale.

Ces faits ne relèvent ni de la théorie ni de l’idéologie. Ils relèvent de l’expérience vécue.

Certains affirment que l’accord UE–Inde n’est « pas un nouveau Mercosur ». C’est l’argument classique de Bruxelles avant chaque accord déséquilibré. En effet, ce ne sera pas la mise à mort du modèle agricole français, mais celle de pans entiers de notre industrie et de nos services. Les risques de l’accord UE–Inde sont clairs et productifs : automobile, sidérurgie, chimie, textile, électronique, services.

Cet accord se traduira par davantage d’importations et moins de production

Dans tous ces secteurs, l’Inde produit à bas coûts, protège strictement son marché par des règles, normes et procédures qui ferment l’accès aux entreprises étrangères, tandis que l’Union européenne demeure largement ouverte.

Sans exigence de réciprocité stricte, cet accord se traduira par davantage d’importations, moins de production au sein de l’Union européenne et, in fine, des emplois sacrifiés. Il ne s’agit pas de refuser le commerce, ni de se replier sur soi. Il s’agit de cesser d’être les seuls à jouer selon des règles que nos partenaires n’appliquent pas. Un accord équilibré suppose des clauses de sauvegarde effectives, un accès réellement symétrique aux marchés publics, des normes comparables et un contrôle démocratique réel. Sans cela, le libre-échange devient une idéologie, pas une politique.

Narendra Modi défend les intérêts de l’Inde. Les Américains défendent les intérêts américains. Il est temps que l’Union européenne fasse enfin la même chose, non pas contre le reste du monde, mais pour ses peuples, ses travailleurs et son industrie.