Avant de disputer le Championnat du Monde de cyclo-cross, Amandine Fouquenet occupe la 3e place du classement UCI. Ce samedi, l’athlète de 24 ans peut rêver en grand à Hulst (Pays-Bas). Pourtant, rien n’a été simple pour elle pendant une grande partie de la saison où elle a couru sans savoir de quoi son avenir serait fait en raison de l’arrêt de la formation Arkéa-B&B Hôtels le 31 décembre. Grâce à des performances de haut niveau, elle a finalement pu s’engager en toute fin d’année en Belgique, chez la Pauwels Sauzen-Altez Industriebouw. Maxime Pasturel est revenu, pour DirectVelo, sur la saison vécue par sa compagne, durant laquelle il n’a jamais été très loin pour l’aider à poursuivre sa carrière professionnelle. 

« Nous avons commencé à perdre notre équipe de cœur où on était tous les deux salariés à partir de juillet. En août, on est partis en vacances et en rentrant, il fallait préparer une saison de cyclo-cross en étant complètement dans le flou. On est partis à La Plagne (Savoie) pendant trois semaines en septembre, et pour moi, ce fut une période de batailles au téléphone.

On est allés sur sa première course, à Ruddervoorde, sans camping-car, juste un trafic. Elle termine 3e pour sa course de reprise. Je me suis alors dit que je devais vraiment trouver des solutions. J’ai appelé Manu (Hubert), avec qui je suis assez proche. L’équipe a mis des choses en place pour la première partie de saison. Mais plus les week-ends passaient, plus on se rapprochait du 31 décembre et de la fin de son contrat. Pendant ce temps, elle enchaînait les résultats.

« UN CHOIX PLUS FAMILIAL QUE FINANCIER »

J’ai eu un premier contact, en octobre, avec la Pauwels. Nous étions allés au service course, tout était calé mais malheureusement, il y avait une histoire de fusion. Ça ne s’est pas fait et ça a donné un coup au moral. Jusqu’à la veille de la course de Zolder, le 23 décembre, elle avait des touches avec des équipes mais rien de sûr. Le vélo, c’est bien mais ça coûte cher. Même si elle a un super niveau, il faut gagner de l’argent à la fin du mois. Puis elle gagne à Zolder et le soir de cette victoire, ça a un peu explosé. Elle avait cinq ou six propositions d’équipes, dont les deux meilleures équipes mondiales sur le papier. On s’est rencontrés une nouvelle fois avec Pauwels, le soir de Gavere, avec Jurgen (Mettepenningen), le patron, et Thomas (Joseph), le directeur sportif.

Après cette rencontre, on avait 48 heures pour choisir l’équipe. Il y a eu un choix plus familial que financier. Elle aurait gagné plus ailleurs mais est-ce que sa carrière aurait pu durer aussi longtemps… Avec Pauwels, on a les clés en main. On a une équipe avec nous, et je peux rester auprès d’elle, rien ne change. Elle a un super DS, un super mécano qui était celui d’Eli (Iserbyt) et la fin de sa carrière a accéléré les choses. C’est incroyable d’en être là après s’être retrouvés dans une galère terrible. Je suis resté tête de sanglier, en disant qu’elle aura un contrat. Parfois, des gens n’étaient pas d’accord mais j’y ai toujours cru. Mentalement, elle n’a jamais eu de gros coup de moins bien.

« AVANT, J’ARRIVAIS À TENIR »

Amandine travaille très dur. C’est ma septième saison de cyclo-cross avec elle. On fait tous les entraînements ensemble. J’ai roulé avec elle avant la Coupe du Monde de Benidorm, elle m’a impressionné. C’est la première fois que j’explose trois fois pendant une sortie depuis neuf ans qu’on est ensemble. Avant, j’arrivais à tenir. Ça montre qu’elle a passé un cap intéressant.

On vivra cinq mois en Belgique la saison prochaine. Je vais la suivre dans l’aventure. Toute seule, dans un appartement loin de chez toi, ce n’est pas facile si tu as un ou deux mauvais résultats. La semaine peut être longue. Elle a besoin que je sois là pendant la saison. Pauwels a confiance, ils savent que je la connais par cœur.

« UN MOTEUR INCROYABLE »

Je lui ai rabâché tellement de fois qu’elle avait un moteur incroyable… Elle ne faisait pas totalement le job. Il y avait plein de petites choses qu’elle ne faisait pas. Elle a changé d’entraîneur. Guillaume (Benoist) l’a poussée pendant dix ans de manière incroyable puis elle est passée avec Léo (Cosnier). Maintenant, un entraîneur doit passer par une école. Au niveau qu’elle a atteint désormais, elle doit tout structurer.

On vit vélo à fond mais on sait décrocher. On a notre vie, notre maison, notre chien… On est rentrés en Bretagne pour faire le jour de l’an avec des amis alors qu’on aurait pu le faire en Belgique. Elle a envie de vivre, je ne suis plus coureur mais je la booste tout le temps, on fait le job ensemble… Il n’y a pas de miracle. Il faut bien s’entraîner, bien manger et se faire masser plusieurs fois par semaine. Si tu as le moteur, ça doit le faire. Il y a un truc de fou qui peut arriver ce samedi à Hulst. Elle a fait trois semaines d’hypoxie pour préparer le Mondial. Ce n’est pas simple de dormir en tente pendant trois semaines, il faut la monter et la démonter quand on change d’endroit. Si elle réussit à s’en sortir, plein de jeunes peuvent le faire. On n’avait rien sur les premières courses à part un trafic et là, elle peut être Championne du Monde. C’est une belle leçon pour les jeunes ».